Les agriculteurs passent à l’innov’action
300 agriculteurs dévalent la pente pour admirer, comparer et essayer les différents matériels agricoles. Une quinzaine de constructeurs ont répondu présents à cette journée départementale coordonnée par la fédération des Cuma et la chambre d'agriculture de l'Isère, à Thodure. « Avec le réseau Cuma, on veut donner plus d'accès au machinisme et répondre aux risques de diminution des phytos et l'érosion des sols », présente Eric Greffe-Fonteymont, le président de la FD Cuma de l'Isère. Les trois thématiques choisies le prouvent : déchaumage, semis et désherbage mécanique. Chaque agriculteur peut ainsi suivre les présentations de chaque machine par le technicien-commercial.
A chacun son matériel
Chacun leur tour, les déchaumeurs démarrent leurs lignes de travail. Derrière eux, les agriculteurs venus de plus ou moins loin commentent le fonctionnement. Les chargés de mission de la chambre d'agriculture comparent la profondeur annoncée et la profondeur réelle. Au vu de la sécheresse du sol, difficile de juger. A chacun de faire son choix : un déchaumage superficiel de 3 centimètres ou approfondi de 15 centimètres, enfouir les couches supérieures ou les mélanger, un passage à 12 km/h ou plutôt 7 km/h... « On voudrait acheter un déchaumeur, on va attendre de voir les démonstrations. J'aimerais bien essayer Green Vision car c'est une entreprise qui se lance », explique Sylvain Novat, venu avec son père Jean-Claude, de Marcollin.
Côté semis, à disque ou à dents, les semoirs en intéressent plus d'un. Entre les semis classiques et les tentatives de semis sous couvert, le choix est délicat. « Tout dépend de la réussite du couvert », confirment les agriculteurs présents.
Dernière étape : le désherbage mécanique. Quelques herses étrilles et bineuses circulent sur la parcelle. « Je démarre ma conversion en bio et je suis intéressé par un herse étrille. J'aimerais investir par la Cuma de Thodure », explique Jean-Michel Bouchard, du Gaec du Champs-Rousset.
Chaque matériel présenté est pensé pour s'adapter à toutes les situations. Pour le déchaumage, il est possible de régler les ailettes latérales de certaines machines pour avoir un passage plus en profondeur. Les semoirs peuvent être complétés par d'autres matériels comme un ameublisseur ou un rouleau pour limiter les nombres de passages. Quand aux herses étrilles et aux bineuses, le choix est facilité entre les systèmes de guidage par caméra et les multiples réglages manuels. Le tout s'adaptant, si possible, à un nombre de chevaux minimum des tracteurs. « On doit baisser les coûts tout en optimisant le matériel », confirme Eric Greffe-Fonteymont.
Croiser les regards
Une journée départementale n'avait pas eu lieu depuis 2011. Alors que les démonstrations techniques au cours de l'année se focalisent sur une innovation en particulier, la journée permet de découvrir plusieurs machines et donc d'échanger entre agriculteurs aux besoins différents. « Les Cumas sont des lieux où les agriculteurs peuvent confronter leurs idées, être accompagnés dans la transition agro-écologique. La journée est une extension de ce qui se passe dans les coopératives », résume Jay Jivan Kessaodjee, animateur du réseau Cuma Isère-Savoie. Au vu de la taille et de la technicité des matériels présentés, il s'agit aussi de « promouvoir le modèle Cuma et d'arrêter d'acheter seul ». C'est aussi le mélange des générations. Les élèves des maisons familiales et rurales de Mozas, Moirans et Chattes sont conviés à l'événement ainsi que ceux des lycées agricoles de la Côte-Saint-André et de La Motte-Servolex. A l'image de la Cuma hôte de la journée, la Cuma de Thodure. « On est 20 adhérents avec une soixantaine de matériels. On a tous les profils, des passages en bio, des jeunes installés... », raconte Hervé Collombat, président de la Cuma.
Virginie Montmartin
Bien choisir son déchaumeur
Entre les démonstrations de semoirs et de herse étrille, une dizaine de déchaumeurs ont travaillé une parcelle de la Cuma de Thodure.
Choisir le bon déchaumeur n'est pas une mince affaire. Tout d'abord, il faut ajuster la profondeur de travail en fonction de l'humidité du sol. « En sol sec, on doit aller plus en profondeur, entre 10 et 15 centimètres », explique le commercial de Bugnot. Il faut aussi connaître les adventices de sa parcelle. Certaines espèces se développent dans les 8 premiers centimètres du sol. D'autres ont les racines plus profondes. Il faut aussi prendre en compte le type de technique utilisée. Certains déchaumeurs enfouissent les chaumes et les adventices tandis que d'autres mélangent la terre.Second déchaumageIl faut aussi réfléchir à son utilisation : couplée à une charrue, le déchaumage rappellera un labour. Couplé à un rouleau, le premier déchaumage favorise la levée des adventices avant le deuxième passage. Alors que certains déchaumeurs ne débutent qu'à 8 ou 9 centimètres de profondeur pour un premier déchaumage, d'autres ont anticipé « le second déchaumage » comme la machine de la marque Horizon qui peut travailler à partir de 3 centimètres de profondeur. Enfin, il faut connaître son terrain. Certains déchaumeurs sont parfaitement adaptés en terrain plat alors que d'autres ont mis en place des systèmes pour suivre les terrains difficiles ou ondulés. Enfin, certaines entreprises innovent sur les modèles. Par exemple, Green Vision a présenté un appareillage vertical, « pour faire un labour plus plat, ou plus dressé en fonction des besoins ». Le dernier paramètre reste le tracteur : en fonction de la largeur du déchaumeur voulu, le nombre de chevaux conseillé passe du simple au double.VM