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Innovation

Les agriculteurs producteurs d'énergie durable

Nord-Isère durable s'est engagé dans une démarche Tepos (Territoire à énergie positive). Lors d'un forum consacré à la transition énergétique, le 13 décembre, il a été question d'associer méthanisation et photovoltaïque. Un piste très rentable... sous certaines conditions.
Les agriculteurs producteurs d'énergie durable

Pas facile de mobiliser les acteurs économiques d'un territoire sur une thématique comme la transition énergétique. En général, personne n'a le temps. Le 13 décembre, la Capi et les Vallons-de-la-Tour ont pourtant réussi à motiver plus de 80 élus, experts, agriculteurs, représentants d'entreprises et de collectifs citoyens. Tous sont venus à L'Isle-d'Abeau assister au forum Nord-Isère durable dans l'idée de « construire le Nord-Isère durable de demain ». Rien de moins.

Atouts de l'agriculture

Pour cette première édition, la réflexion s'est focalisée sur la construction et l'agriculture. Avec un pôle d'excellence dédié à la construction durable, une plateforme collaborative spécialisée dans l'innovation constructive (Astus) et un centre de recherche et d'expérimentation (les Grands Ateliers), le Nord Isère dispose d'une expertise connue et reconnue en matière de bâtiment durable. Ses atouts dans le domaine de l'agriculture le sont un peu moins. Il existe pourtant une dynamique ancienne, discrète, portée par des acteurs innovants, curieux, comme Jean-Luc Varnet, céréalier et producteur d'énergie photovoltaïque à Saint-Savin qui, depuis plus de vingt ans, multiplie les expériences pour favoriser la vie du sol (non-labour, participation au projet de recherche Azodure, mise en place d'une agriculture de précision sur une grande partie de ses parcelles) tout en installant des panneaux solaires sur ses bâtiments.

De telles initiatives ont désormais leur place dans le projet Nord Isère durable. La Capi et les Vallons-de-la-Tour ont en effet pris la mesure du rôle stratégique de l'agriculture dans la transition énergétique. Pour le territoire, l'enjeu est de taille. S'étant engagé dans la démarche Tepos (territoire à énergie positive), il doit en effet diviser par deux ses consommations énergétiques et produire autant d'énergies renouvelables à l'horizon 2050. D'après les données actuelles, il est en capacité d'y arriver... si tout le monde adhère à la dynamique.

En réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre et en développant la production d'énergies renouvelables, les agriculteurs deviennent des acteurs-clés. Lors de l'atelier consacré au volet énergétique, l'accent a été mis sur les ressources mobilisables : solaire thermique et photovoltaïque, géothermie, éolien, bois énergie, méthanisation... Toutes ces solutions sont séduisantes, mais plus ou moins aisées à exploiter, que ce soit pour des raisons techniques ou d'acceptabilité sociétale.

La méthanisation est un cas d'école. En Isère, il existe de nombreux petits projets collectifs (de 10 à 30 000 tonnes), mais seuls trois sont en phase d'étude, rappelle Jean-Paul Sauzet, conseiller énergie à la chambre d'agriculture. Comme le démontre le projet d'Anthon, le Nord-Isère a un potentiel. Encore faut-il qu'il soit pas condamné à rester dans les cartons sous la pression d'opposants. Nord-Isère durable affirme que ses élus « veulent porter des projets territoriaux ». Une chance que n'a pas eu Lionel Termoz-Bajat à Apprieu...

Rentabilité

La question se pose un peu différemment avec le photovoltaïque. Considérés comme de lucratives sources de revenus il y a quelques années, les projets sont désormais moins nombreux à voir le jour. En cause : le prix de rachat de l'électricité. « Si l'on n'a pas les surfaces de toit nécessaires, il est difficile de trouver des rentabilités aujourd'hui », reconnaît Sébastien de Turckheim, ingénieur d'affaire chez EDF ENR Solaire. Sauf à se regrouper au sein de dispositifs collectifs (du type centrales villageoises) ou à financer l'installation sur ses fonds propres, comme l'a fait Jean-Luc Varnet à Saint-Savin.

Christian Gagnaire, céréalier à Bourgoin-Jallieu, soulève une autre question-clé : « Tout le monde dit que nos bâtiments représentent un gros potentiel. Mais ils sont souvent isolés loin du village. Comment se raccorde-t-on si on est trop loin du réseau ? » L'ingénieur d'affaires d'EDF lui répond de manière détournée : « Actuellement, deux sujets tuent les projets : le financement (les banques sont extrêmement frileuses) et le raccordement. L'autoconsommation est une bonne solution. Aujourd'hui, les taux de rendement en autoconsommation sont viables. Il n'est pas idiot de traiter en parallèle le photovoltaïque et la méthanisation. Il y a une synergie intéressante à trouver. » L'expert pense surtout aux projets qui disposent de toitures (pour le séchage des intrants) et font de la cogénération. « Installer des panneaux dans ce cas, c'est très rentable. Les surfaces pour poser les panneaux existent, le tranformateur électrique aussi, ce qui permet de faire des économies sur le coût de raccordement. » Et accessoirement d'utiliser l'énergie produite par les panneaux photovoltaïques pour faire fonctionner le méthaniseur. 

Marianne Boilève
En marge du forum

La Capi s'engage dans le Plan Bâtiment durable

Lancé en 2009, le Plan Bâtiment durable fédère un réseau d'acteurs du bâtiment soucieux d'améliorer l'efficacité énergétique et environnementale du secteur. Dans les régions, il travaille en partenariat avec les collectivités territoriales. C'est dans ce contexte que Jean Papadopulo, président de la Capi, a signé le 13 décembre la charte volontaire sur le renouvellement énergétique du parc tertiaire de la collectivité.
Portée par le Plan Bâtiment durable, cette charte engage la Capi à diminuer les consommations énergétiques des bâtiments qu'elle gère ou occupe. Ceci en réalisant des travaux d'amélioration dans les bâtiments tertiaires ou exerçant une activité de service public. Pour améliorer l'efficacité énergétique de ces bâtiments, il lui faut créer une mobilisation volontaire du secteur. Mais il y a des difficultés persistantes telles que les coûts. Le Plan Bâtiment durable implique également de s'engager dans une réduction de la climatisation ou du chauffage.

Conseil en Energie Partagée

Ce dispositif soutenu par l'Ademe est une expertise d'énergie mutualisée entre plusieurs communes du Nord Isère durable. Dédié aux communes de moins de 10 000 habitants, il concerne 16 localités, dans lesquelles il détecte les bâtiments à enjeux. En deux ans, il a permis de placer des robinets thermostatiques électroniques dans les écoles primaires et les cantines. Il a aussi renforcé l'isolation par la mise en place de faux plafonds. Le tout pour un investissement total de plus de 4 000 euros, soit 18 % de la consommation énergétique de la commune.
Le Conseil en énergie partagée s'intéresse aussi aux performances architecturales, techniques, environnementales et sociales. Les matériaux utilisés pour les prochains bâtiments sont le bois, la terre coulée, la laine végétale, le béton coulé, le verre feuilleté, la laine de bois... Le confort ne sera pas oublié, mais seulement les systèmes à basse consommation seront utilisés.
Katia Medjebeur