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Massif des Ecrins

Les alpages, sentinelles du changement climatique

La sécheresse de 2003 a laissé des traces dans les alpages et les éleveurs y constatent chaque année les effets du changement climatique. Inquiets du devenir de la ressource fourragère, deux alpages isérois participent au programme "Alpages sentinelles" coordonné par le parc national des Ecrins. Basé à Lavaldens, celui du Sappey vient de rejoindre le réseau.
Les alpages, sentinelles du changement climatique
Depuis peu, les bergers du parc national des Ecrins ne surveillent plus seulement leurs troupeaux. Dans le cadre du programme "Alpages sentinelles" lancé en 2007, neuf groupements pastoraux et alpages individuels des départements de l'Isère et des Hautes-Alpes se sont engagés dans une campagne de relevés météorologiques.
Elevage et biodiversité
Représentant un large éventail de situations géographiques, ces neuf alpages ovins et bovins espèrent ainsi « anticiper l'impact des aléas climatiques sur la ressource fourragère ». Comme la mesure du changement climatique en alpages permet aussi d'anticiper les effets du changement climatique sur la faune et la flore de montagne, les partenaires agricoles du parc national des Ecrins (le réseau des chambres d'agriculture, le centre d'études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée, la fédération des alpages de l'Isère et la direction départementale des Territoires des Hautes-Alpes) se sont associés au Cemagref, aux laboratoires d'écologie alpine, d'étude des transferts en hydrologie et environnement et à l'écologue Olivier Senn, afin de donner vie à ce vaste programme de veille et de prospective.
Mais les alpagistes sont bien au cœur du projet, car la base du réseau des alpages sentinelles, c'est la caractérisation des saisons sur la base des relevés pluviométriques effectués par les bergers et les éleveurs, indispensable complément à ceux enregistrés par les stations de Météo France. Et puis, au-delà des mesures de températures (également assurées par Météo France), de l'enneigement (par satellite) et de la diversité végétale (par le biais d'inventaires), le programme "Alpages sentinelles" vise avant tout à évaluer l'importance de la ressource en herbe selon une méthode mise au point au laboratoire d'écologie alpine en combinant, notamment, la collecte d'herbe et la mesure de sa hauteur.
C'est pourquoi l'évolution des pratiques pastorales est également suivie par le biais de diagnostics pastoraux et de tournées de fin d'estives. Les secteurs, circuits et calendriers de pâturage, les effectifs des troupeaux, les niveaux de consommations d'herbe et bien d'autres données ont ainsi commencé à être consignées. En se plaçant d'ores et déjà dans l'optique d'un suivi sur une période longue, « l'objectif est d'évaluer l'adéquation des pratiques afin de trouver des solutions de rééquilibrage si nécessaire », indique le parc.
Jusque dans les vallées
Du coup, le lien avec les vallées a également été fait, car la façon dont les élevages utilisent les alpages dépend de l'organisation des exploitations, de leur autonomie fourragère, de la pression pastorale à laquelle elles doivent faire face...
En croisant les résultats obtenus par ces différents canaux, les partenaires du programme espèrent « préserver l'équilibre et la pérennité de l'espace pastoral en aidant à adapter les pratiques de pâturage ». Quatre nouveaux alpages ont fait part de leur volonté de rejoindre le réseau de "sentinelles" qui maille désormais les Ecrins.
C.F.
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Gérard Félix, président du groupement pastoral de la Roizonne
« Nous devons trouver comment remplacer l'herbe »
Président du groupement pastoral de la Roizonne qui exploite l'alpage du Sappey surplombant la vallée de la Roizonne, dans le massif des Ecrins, Gérard Félix constate déjà les effets du changement climatique sur son activité.
Qu'est ce qui vous a motivé à rejoindre le programme "Alpages sentinelles" ?
Tout simplement le fait que l'évolution de la végétation sous l'effet du changement climatique peut gêner le pâturage car, à une certaine altitude, on trouvera beaucoup moins d'herbe qu'avant. On a pu le vérifier en 2003 : du fait de la sécheresse, il n'y avait plus d'herbe du tout et j'ai l'impression qu'elle peine à revenir. D'ailleurs, les bêtes ne vont plus sur les sommets.
Nous constatons aussi que la végétation n'est plus celle d'il y a dix ans. Et, de manière générale, l'alpage ne me semble plus aussi bénéfique qu'avant pour le troupeau.

Quelles sont les tâches assumées par les membres du groupement dans le cadre de ce réseau ?
Eh bien, l'alpage a toujours été gardé depuis la création du groupement, voici une dizaine d'années. Du coup, le berger assure les relevés de pluviométrie quotidiens ainsi que le suivi du pâturage. C'est d'ailleurs lui que le coordinateur de la fédération des alpages de l'Isère, Bruno Carraguel, est venu former à cette dernière tâche et il est indemnisé du temps passé à accomplir ces différentes mesures. Le parc et ses partenaires font leurs propres relevés en parallèle. Mais nous, les éleveurs, on ne nous a pas encore sollicités. Nous commencerons à répondre à l'enquête sur le fonctionnement de nos exploitations dans le courant de l'automne.
On sait que le parc national des Ecrins n'est pas toujours populaire dans les vallées qui lui sont rattachées. Dans la Roizonne, vous fait-on parfois des remarques sur votre coopération avec le porteur de ce programme sur l'impact des aléas climatiques ?
Oui, car le parc ne fait pas l'unanimité parmi les habitants de la vallée. A Lavaldens, on a même pu voir des graffitis anti-parc sur la mairie ! Mais ce n'est pas la première fois que l'alpage du Sappey participe à un programme coordonné par le parc national et les gens sont maintenant un peu plus renseignés sur ses actions.
De toute façon, la collaboration avec le parc national ne fait pas débat au sein du groupement, surtout dans le cas d'"Alpages sentinelles", qui nous permet de motiver notre nouveau berger en les rémunérant un peu mieux.

Avez-vous déjà une idée des solutions qui pourraient être trouvées pour faire face aux conséquences du changement climatique ?
Honnêtement, je ne vois pas bien ce que nous pouvons faire à part adapter le calendrier de pâturage, les parcours et le chargement de l'alpage pour ne pas tuer nos pelouses. Nous savons déjà ce qui nous attend : c'est plus de boulot. Nous serons sans doute aidés pour en venir à bout, mais je crois qu'il faut passer par des programmes comme "Alpages sentinelles" pour éviter que trop d'éleveurs abandonnent. Les alpages, c'est quelque chose d'important pour nos exploitations. Nous devons trouver comment remplacer l'herbe.
Propos recueillis par Cécile Fandos
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