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Syndicalisme

Les Anciens se penchent sur le futur

Réunis en assemblée générale le 4 avril à Colombe, les anciens exploitants de la FDSEA n'ont pas l'intention de se détourner de l'action collective et syndicale. Pour preuve : la teneur de leurs discours sur les réformes des retraites et l'adaptation de la société au vieillissement.
Les Anciens se penchent sur le futur

L'action syndicale ne s'arrête pas au retrait de la vie active. La combattivité de la section des anciens exploitants de la FDSEA en a encore apporté la preuve lors de son assemblée générale, tenue à Colombe le 4 avril. « Notre situation de retraités agricoles, en comparaison aux autres retraités de notre pays, ne s'améliore pas par le seul bon vouloir de nos gouvernements, mais c'est bien le travail au quotidien et l'action syndicale qui permettent des évolutions positives », a martelé Francis Annequin. Rendant hommage à Richard Didier, qu'il a qualifié de « père de la RCO (1) » , le président de la SDAE de l'Isère a rappelé qu'il fallait « sans cesse rabâcher et encore rabâcher pour que nous soyons entendus et avoir un jour des réponses à nos légitimes revendications (...). Une veille permanente est indispensable pour ne pas accepter sans réagir lorsque notre pouvoir d'achat est mis à mal par des hausses de charges à répétition sur le coût de l'énergie, des assurances, de la fiscalité et de nouvelles taxes ».

Réforme ou réformette ?

Invité à intervenir pour présenter les réformes en cours, Paul Billonnet, président de la section des anciens exploitants de Saône-et-Loire, ne le contredira pas. Evoquant la réforme des retraites votée en décembre dernier, l'homme, qui a porté les revendications des retraités agricoles au niveau national pendant six ans, a ironisé : « On nous avait promis une réforme magistrale... Une fois de plus, la montagne a accouché d'une souris. On s'est contenté de réformettes qui ne règlent que quelques problèmes. Concernant le volet agricole, conformément aux déclarations du candidat Hollande qui s'était engagé sur six propositions concrètes pour améliorer le sort des retraités agricoles, cinq figurent dans la loi de décembre et devraient prendre effet entre 2014 et 2017. Cette fois encore, grâce à la pression de notre section, nos revendications ont été partiellement entendues. »

Le syndicaliste a longuement détaillé les mesures en question, et notamment celles qui touchent le « stock » de retraités (2), autrement dit son auditoire... La première concerne l'attribution de 66 points gratuits de retraite complémentaire obligatoire (RCO) par an pour le collaborateur d'exploitation ou l'aide familial. La disposition devrait concerner 557 000 personnes, dont 75 à 80% de femmes, et représenter une augmentation moyenne d'une trentaine d'euros par mois. « Mais c'est une moyenne », a tempéré Paul Billonnet. Une seconde mesure a trait au montant total des retraites (pension de base et retraite complémentaire) qui devait être au moins égal à 75% du Smic net. « Le problème, c'est que notre RCO a décroché par rapport au Smic qui a bien été revalorisé : aujourd'hui notre RCO est à 70% du Smic. » Il y a donc encore du chemin à parcourir avant d'atteindre les 75%...

Arme à double tranchant

Le responsable syndical a également pointé du doigt la progression de la prime par attribution de point gratuits de RCO : « C'est une arme à double tranchant, notamment pour les exploitants qui n'ont pas exercé de carrière complète en tant que chef d'exploitation. » A commencer par les fils d'exploitants devenus chef d'exploitation sur le tard, au moment du départ à la retraite de leur père. De fait, 530 000 exploitants touchent actuellement la RCO alors que le nombre de retraités en agriculture s'élève à 1,6 million...  « Cette réforme ne nous satisfait pas, mais nous avons mis le pied dans la porte, a estimé Paul Billonnet. A nous de mettre la pression sur nos élus et les politiques pour obtenir une amélioration de notre situation. » Dans la salle, certaines oreilles ont dû siffler...

La dépendance, question cruciale

Les anciens se sont ensuite penchés sur une question devenue enjeu de société : le vieillissement de la population française et son corollaire, la dépendance. Avec un quart des Français âgés de plus de 60 ans (30% à l'horizon 2060), le problème est crucial pour une grande majorité de Français. Il devient même critique quand les revenus sont modestes, et n'a pas la même acuité selon que l'on habite en ville ou à la campagne. La perte d'autonomie ou l'organisation des soins posent en effet des problèmes autrement plus complexes en milieu rural qu'en milieu urbain. C'est ce qu'a fait valoir la FNSEA lors des réunions de concertation entamées fin 2013 pour dessiner les grandes lignes du projet de loi d'orientation pour l'adaptation de la société au vieillissement. Paul Billonnet a succinctement évoqué les trois « piliers » sur lesquels repose le projet de réforme : la prévention et l'anticipation de la perte d'autonomie, la prise en compte des besoins des personnes âgées dans les politiques de déplacement et d'habitat, et l'accompagnement de la perte d'autonomie. Les mesures relatives à ce troisième « pilier » sont destinées à « permettre à ceux qui le souhaitent de rester à domicile le plus longtemps possible ». Il est également prévu de réformer l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) à domicile en la rendant « plus généreuse », « plus accessible grâce à la baisse du reste à charge », mais également plus « professionnelle ».

Le financement de ces mesures, qui doit démarrer en 2015, reposera sur les 645 millions d'euros de la contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie (Casa), prélevée sur les pensions de retraite, de préretraite et d'invalidité depuis avril 2013. Revenant sur le faible montant des retraites agricoles, le syndicaliste a rejoint Francis Annequin sur l'utilité et la pertinence du combat syndical : « Les retraités sont des gens paisibles, respectueux des personnes et des biens. Il n'y a donc aucun risque à les faire croupir au fond des campagnes avec 652 euros pour une carrière complète alors que la moyenne nationale est bien plus élevée ! » Les applaudissements qui ont fait écho à ses propos ont montré, s'il en était besoin, que les anciens ne sont pas encore résignés à « croupir » sans broncher...

 

(1) Retraite complémentaire.

(2) Terme par lequel la Sécurité sociale désigne le nombre de retraités à une date donnée (par opposition au « flux » qui représentent le nombre de nouveaux retraités dans l'année).

Marianne Boilève

Le combat de l'AFM profite à toute la société

Alors que le projet de loi sur l'autonomie est dans les starting-blocks, la SDAE Isère a opportunément invité deux administrateurs de l'Association française contre les myopathies (AFM), Claude Martellet et Pierre Bogino, à venir présenter leur action. L'occasion aussi de faire le point sur les avancées de la recherche médicale et les nouvelles thérapies. Qu'il s'agisse du principe d'accessibilité, des questions d'autonomie ou des progrès de la médecine, le combat de l'AFM « profite » en effet tout autant aux personnes en situation de handicap qu'aux personnes âgées. Après avoir chaleureusement remercié la SDAE Isère et les organisations agricoles du département (FDSEA, JA et chambre d'agriculture) pour leur don dans le cadre de l'opération « solidarité 2014 » (1), Claude Martellet a rapidement brossé le portrait de l'AFM qui, depuis 1958, se bat au côté des malades et de leur famille contre des maladies neuromusculaires lourdement invalidantes. Il a ainsi rappelé les trois missions de l'AFM : le soutien à la recherche et le développement de thérapies innovantes, l'aide aux malades (accès aux soins, accompagnement, défense des droits, amélioration de la vie quotidienne...) et la diffusion des savoirs auprès des familles, des professionnels et du grand public.
L'administrateur s'est ensuite attardé sur la nécessité de faire progresser la question de l'accessibilité : « La loi de 2005 a prévu 15 milliards d'euros pour améliorer la situation. Seuls trois ont été dépensés. Les « bipèdes » ont l'impression que beaucoup de choses ont été faites, mais la réalité est bien différente pour ceux qui sont en fauteuil. D'autant que ces aménagements ne concernent pas seulement les personnes en situation de handicap : ils facilitent aussi la vie des parents avec des poussettes et celle des personnes âgées. » Rebondissant sur les propos de Robert Douillet, le maire de Colombe qui, en début de session, avait fustigé l'allongement des délais pour la mise en conformité des bâtiments publics et le « laxisme » qui risque d'en découler, Pierre Bogino a rappelé que l'accessibilité n'était pas une question de moyen : « C'est une question de volonté politique. La preuve : on a rendu le musée du Louvre accessible ! Ce que nous faisons, c'est dans l'intérêt de tous. Les personnes handicapées sont des citoyens à part entière. Pour la recherche, c'est la même chose. La science avance. Elle sert nos malades, mais aussi l'ensemble de la société. » Et Pierre Bogino de citer plusieurs cas de maladies rares, comme l'amaurose congénitale de Leber (maladie génétique rétinienne qui provoque une cécité progressive chez l'enfant), qui sont désormais traitée par thérapie génique, traitements qui peuvent être adaptés aux pathologies des personnes âgées.
MB
(1) Un chèque de  3960 euros a été remis à l'AFM, somme réunie grâce à la contribution de partenaires, ainsi qu'à la vente de billets de tombola et de noix récoltées par des agriculteurs retraités dans les vergers des familles Chaléas et Lombard.