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Abeilles et agriculture

Les bases d'un vrai dialogue et d'une volonté de progrès

Réunir des agriculteurs et des apiculteurs afin de susciter un dialogue constructif était la gageure que s'était lancé le Conseil général, il y a une quinzaine de jours à Saint-Siméon-de-Bressieux. Pour alimenter le débat, les premiers résultats de l'observatoire mis en place depuis trois ans ont été présentés. Il a servi de base de discussion et gagnerait à être dupliquer dans tous les départements.
Les bases d'un vrai dialogue et d'une volonté de progrès
Le débat public qui a eu lieu à Saint-Siméon-de-Bressieux, il y a quinze jours, s'est déroulé dans la sérénité et c'est en cela que c'est remarquable. De l'avis de nombreux participants, un tel débat aurait été difficile, voire impossible à tenir, dans d'autres départements ou régions. « L'expérience est unique et pilote, estime Yves François, vice-président de la chambre d'agriculture, l'Isère constitue une véritable tête de pont en la matière ».
C'est vrai, le débat entre les agriculteurs, les apiculteurs professionnels ou amateurs et les élus locaux, (dont Christian Nucci, vice-président du Conseil général chargé de l'agriculture) aurait pu tourner court, surtout lorsqu'on aborde la mortalité des abeilles. « Nous ne sommes pas là pour nous invectiver, estime Frédéric Chasson, président du syndicat apicole dauphinois -Sad-), mais plutôt pour analyser un dossier récurrent ».
Quatre zones étudiées
Pionnier et volontaire, le département de l'Isère, sous l'impulsion du Conseil général, mène depuis trois ans, une étude poussée sur les toxiques que l'on peut retrouver dans les ruches ou les abeilles. Cet observatoire, réparti dans quatre zones différentes du département (Salaise-sur-Sanne, Saint-Siméon-de-Bressieux, Miribel, Seyssins) a pour but de montrer que les abeilles subissent des pollutions en rapport avec leur environnement. « En appréhendant la qualité environnementale du territoire, on dispose d'indicateur afin de mettre en place des plans d'actions locaux » indique-t-on au Conseil général. Les matières recherchées comprenaient 76 molécules de produits phytosanitaires, une vingtaine d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des métaux lourds. Certains produits ont été décelés soit dans les cires, soit dans les abeilles au cours des trois dernières années. « Ces chiffres confirment que la mortalité des abeilles est multifactorielle » analyse Yves François. L'ennui est qu'aujourd'hui, l'étude soulève davantage de questions qu'elle n'en résoud. Pourquoi trouve-t-on certaines molécules dans les abeilles et pas dans les cires, qu'est-ce qui explique la répartition géographique des polluants, quel est le poids de chacun dans la mortalité globale ? Les connaissances scientifiques actuelles ne peuvent y répondre. Ce qui est certain, c'est que l'agriculture est loin d'être la seule responsable des affaiblissements de colonies ou du comportement anormal de certaines abeilles.
Multiples contacts
Pour leur part, les agriculteurs sont bien conscients du rôle qu'ils peuvent jouer dans la sauvegarde de ces insectes. « Certaines attitudes sont quelquefois encore aberrantes, c'est vrai, reconnaît Yves François, mais la profession fait globalement beaucoup d'efforts en la matière ». Et tout ne dépend pas d'elle. Jean-Michel Bouchard, éleveur de bovins, de lapins, et ... d'abeilles, explique : « L'étude retrouve des mélanges d'insecticides et de fongicides, mais cela ne veut pas dire que l'abeille les a prélevés au même endroit. Son périple peut l'avoir amenée à être en contact avec les différentes matières sur un territoire ». Car la butineuse rayonne entre un et trois kilomètres autour de la ruche. La variété de plantes, d'environnement et de toxiques rencontrés par l'insecte peut donc être large. Un autre agriculteur fait remarquer que son rôle est « de bien utiliser le produit selon les préconisations de l'AMM*, que c'est une référence et que sa compétence ne peut pas aller au-delà ». Nicolas Guintini, vice-président de l'Adara, s'est aussitôt emparé du sujet pour dénoncer « les lacunes dans le process d'homologation. L'Administration ne reproduit pas les expériences décrites dans les dossiers demandes d'AMM, mais lit simplement les descriptions du demandeur. Il peut y avoir alors d'énormes erreurs dans les validations ». L'impact des fongicides sur les abeilles fait l'objet de peu d'études.
De la même manière, Nicolas Guintini dénonce « le quasi déni de recherches lors d'intoxications d'abeilles. L'Administration se déplace très peu pour réaliser des prélèvements lorsque des cas sont signalés, notamment par les professionnels ». En cause, le manque de budgets. Extrêmement restreints, ces derniers ne permettent qu'une poignée d'analyses. Les cas étudiés sont donc ceux où la perte est massive, brutale et soudaine. « Je constate une véritable défaillance de l'administration tant en amont qu'en aval », analyse Christian Nucci, qui ne met pas en cause le travail des fonctionnaires, mais l'environnement juridique et financier qui entoure la gestion de ces dossiers. « Mon devoir est de saisir les parlementaires » assure-t-il.

*Autorisation de mise sur le marché
Jean-Marc Emprin

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Pratiques culturales
Une réelle prise de conscience face à de nombreuses contraintes

CHAPEAU

Conscients de leurs responsabilités, les agriculteurs se trouvent confrontés à de grandes difficultés pratiques au cours de l'année culturales. « La réglementation a supprimé 50 molécules dangereuses. Très bien, souligne Yves François, mais en face on ne nous a pas donné de méthodes alternatives. Nous devons travailler avec moins de produits phytosanitaires, nous ne le nions pas, mais la condition indispensable est que la production agricole reste viable économiquement et qu'elle continue à exister pour nourrir la planète ». Il est rejoint dans cet argumentaire par Jean-Michel Bouchard, éleveur dans la Bièvre, qui rappelle que « les agriculteurs ne sortent pas le pulvérisateur par plaisir. Aujourd'hui entre toutes les contraintes, compréhensibles, je ne sais plus comment protéger le colza contre les attaques de méligèthes. Nous devons nous remettre en cause, c'est entendu, mais l'approche doit être raisonnée et en concertation avec les apiculteurs ». Jean-Yves Collomb, représentant de la coopérative Dauphinoise, insiste sur « l'impossibilité de supprimer les traitements. Nous travaillons déjà sur la sensibilisation dans l'évolution des pratiques, quel que soit l'intervenant. La formation des techniciens, des commerciaux, des agriculteurs est en marche ».

JME
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