Les chasseurs, co-utilisateurs du territoire
Dans un département densément peuplé comme l'Isère, comment arrivez-vous à organiser le partage du territoire entre les usagers de l'espace naturel ?
Cette thématique sera justement abordée lors de notre assemblée générale.
Notre objectif est de faire en sorte que les différentes activités qui se pratiquent en pleine nature puissent cohabiter. Nous voulons expliquer comment nous chassons, comment nous sommes organisés. On se rend compte que lorsqu'on réalise ce travail d'explication, on se comprend avec les autres usagers. Depuis un an, nous avons créé un groupe de travail de « partage de la nature ». Animé par la Direction départementale des territoires, il rassemble de nombreux partenaires (l'ONCFS (1), le conseil départemental de l'Isère, les associations de randonneurs, la Frapna (2), des représentants des maires, l'ONF(3), et la fédération de la chasse). L'objectif de ce groupe est de tester dans plusieurs sites expérimentaux (notamment Revel, les passerelles du Monteynard, Lans-en-Vercors, les Chambaran...), la signalétique la mieux adaptée qui permettrait à tous les usagers de la nature d'être informés des activités humaines - dont la chasse (avec les jours et les zones de chasse) - qui s'y pratiquent. Toujours dans l'esprit d'améliorer la communication, nous avons mis en place l'utilisation d'un panneau triangulaire « chasse en battue » et créé une application smartphone. Opérationnelle à partir du mois de juin, elle permettra de charger en n'importe quel lieu les réserves, les zones de chasse, les jours et toutes les informations utiles.
Et la sécurité ?
Au niveau de la sécurité, la fédération départementale organise un nombre plus important de formations pour les responsables de battue, de façon à répondre à la modification du schéma départemental de gestion cynégétique, qui stipule qu'à compter du 1er juillet 2018, tous les chefs de battue soient formés, sous peine d'amende. Nous avons également lancé une expérimentation, dans le secteur du plateau de Louze, de tirs à plomb sur les chevreuils dans les zones péri-urbaines. Ce type de tir est efficace et permet d'éviter les ricochets et les risques d'accidents.
Quelle est la situation concernant les dégâts de gibiers ?
Les dégâts de gibiers peuvent être dus à des chevreuils ou à des cervidés (dans un tiers des cas) et à des sangliers (dans les deux tiers restants). Les dégâts de chevreuils concernent davantage les maraîchers, notamment en agriculture biologique. C'est la raison pour laquelle, nous leur proposons de leur mettre à disposition des clôtures fixes qui s'avèrent efficaces. Au sujet des sangliers, cette saison, le montant d'indemnisation pour les dégâts qu'ils occasionnent est de 475 000 euros. Globalement, nous arrivons à les maîtriser, même s'il reste encore deux points noirs, du côté de l'UG 25 (Boucle-du-Rhône) et d'un petit secteur de l'UG 5 (sud-Grenoblois), qui est difficile à chasser.
Comment cela se passe-t-il avec le monde agricole ?
Aujourd'hui, nous entretenons avec le monde agricole de bonnes relations ; il y a eu une amélioration du dialogue. En principe, les problèmes sont réglés au niveau des comités locaux entre les représentants chasseurs et agriculteurs. Mais je sais « taper du poing sur le table » quand il le faut. Car les terres sont « le gagne-pain » des agriculteurs, alors que, pour nous, la chasse est un plaisir. Nous devons faire notre boulot. En plus, s'il y a trop de dégât et que le montant des indemnisations devient trop élevé, cela aura des conséquences sur le prix du timbre. Il faut que le nombre de sangliers soit supportable.
La présence du loup ne cesse de s'étendre. De nouvelles attaques ont encore eu lieu dernièrement. Comment intervenez-vous ?
C'est vrai qu'il y a une grosse pression. Le préfet, qui est notre maître d'œuvre, utilise tous les moyens qu'il a en sa possession pour permettre des actions. Mais le loup reste une espèce protégée. Il faut que les bergers ou les éleveurs suivent le protocole de façon à ce que des arrêtés puissent être pris et permettent des tirs. 1 000 chasseurs ont été formés par l'ONCFS. Mais même si nous sommes réellement aux côtés des éleveurs, nous n'intervenons que sur décision du préfet. Car s'ils ne sont plus là, les paysages vont se fermer et nous allons perdre de nombreuses espèces. D'ailleurs, dans certains secteurs, nous avons déjà observé des déplacements inhabituels de population de chevreuils, de cervidés, de mouflons et de chamois. Nous ne pouvons plus chasser comme avant. Nous avons remarqué aussi que les troupeaux éclataient et se rapprochaient de plus en plus des habitations.
(1) Office national de la chasse et de la faune sauvage
(2) Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature
(3) Office national de la forêt
Propos reccueillis par Isabelle Brenguier