Les chasseurs entre réflexion et communication
Menu copieux pour les chasseurs. Réunis en assemblée générale le 30 avril à Beaurepaire, ils vont devoir avaler plusieurs gros dossiers, à commencer par celui de la sécurité. Revenant sur l'accident qui a coûté la vie à un jeune randonneur dans la commune de Revel l'automne dernier, le président de la fédération a en effet l'intention d'insister sur « la volonté commune [des chasseurs] de ne plus revivre de tels instants ». A ce titre, Jean-Louis Dufresne évoquera le travail engagé à l'initiative de la préfecture de l'Isère sur « la sécurité à la chasse et le partage de l'espace ». Clémentine Bligny, chef du service environnement de la Direction départementale des territoires (DDT), en profitera pour livrer les premières réflexions menées en ce sens par le groupe de travail qui associe représentants des randonneurs, des associations de protection de la nature, des maires, de l'Office national de la chasse et du conseil départemental.

La mission de ce collectif hybride est triple : réviser le volet sécurité à la chasse du schéma départemental de gestion cynégétique, identifier les secteurs « à forte concentration » où randonneurs et chasseurs peuvent se côtoyer, et expérimenter une nouvelle signalétique dans cinq sites pilotes (1). Concernant le volet sécurité, il est d'ores et déjà acquis que la formation « sécurité et organisation de chasses collectives » est rendue obligatoire : tous les responsables de battue devront l'avoir suivie d'ici 2018. Obligatoire également le port de la couleur orange (baudriers, vestes, casquettes...) en chasse collective : le jaune ou le vert fluo sont désormais interdits. Enfin, les chasseurs n'ont plus le droit de poser leur arme chargée (approvisionnée et armée) « où que ce soit et de quelque façon que ce soit », ce qui devrait permettre d'éviter 15% des accidents de chasse.
Ne pas sur-réglementer
Pour le président de la FDCI, la réflexion ainsi engagée « n'a pas pour objectif d'exclure une activité de pleine nature au dépend d'une autre ». Elle vise plutôt à « apprendre à chacun « le vivre ensemble » avec pour principe général de ne pas « sur-réglementer » mais de mieux communiquer ». En la matière, la Fédération a quelqu'expérience. Cyné-Rando, relais Cyné, opération Un Dimanche à la chasse et désormais salon Sécurité début septembre, la FDCI a depuis longtemps démontré son savoir-faire. Présente sur les réseaux sociaux, elle mène plusieurs actions en interne comme en direction du grand public. Sa participation à la démarche Trame verte et bleue (2) illustre cette volonté de redorer une image un peu écornée. Dans le cadre du contrat Vert et bleu Bièvre Valloire, débuté le 1er janvier dernier, les chasseurs isérois ont ainsi été mis à contribution pour déterminer l'impact des infrastructures de transport sur la faune sauvage (cloisonnement, collisions...). La fédération doit également « tenter d'améliorer la perméabilité des espaces agricoles » grâce à l'implantation de 15 km de haies, de bosquets et de 750 hectares de « culture intermédiaires faunistiques ».
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Plus largement, la poursuite du travail engagé depuis trois ans avec les sociologues du laboratoire Pacte renvoie les chasseurs à la question de leur « véritable identité » ainsi qu'à certaines problématiques sociétales. De la façon de communiquer « sur la mise à mort de l'animal et son bien-être dans notre société » au « sentiment d'insécurité lorsque résonne un coup de fusil », ils se posent beaucoup de questions. Et se demandent quelles actions « développer demain pour garantir le maintien de [leur] activité ». Les premières pistes seront avancées samedi prochain.
Marianne Boilève
(1) Il s'agit de tester la signalétique « la mieux adaptée permettant à tous les usagers de la nature d'être informés des activités humaines qui s'y pratiquent », dont la chasse.
(2) Pilotée par le ministère de l'Environnement, la démarche Trame verte et bleue (TVB) vise à « restaurer le lien entre la nature et l'aménagement du territoire ».