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Forêt

Les communes forestières tiraillées entre déficit et intérêt général

Certaines communes propriétaires de parcelles forestières sont prises entre deux feux : celui de ne pas perdre de l'argent avec leur forêt et celui de préparer un meilleur rendement de ce patrimoine.
Les communes forestières tiraillées entre déficit et intérêt général

Les communes forestières (Cofor) veulent rester dans la boucle. C'est le sentiment qu'elles ont donné lors de leur dernière assemblée générale à Chatonnay dans le massif des Bonnevaux. La volonté est là mais l'argent se fait plus rare quant aux différentes aides auxquelles elles peuvent prétendre pour des projets structurants. Notamment en ce qui concerne les routes forestières. La nouvelle organisation administrative et les nouvelles orientations politiques de la Région leur font craindre une perte de dynamique locale.

Appréciation locale

« La remise en cause des Psader et des CDDRA (1) est une erreur, estime Roger Villien, président de l'Union régionale des Cofor. Car les routes forestières ont besoin d'une animation de terrain pour exister. » Yannick Neuder, en tant que vice-président de la Région, a avancé ses chiffres. « Je suis heureux d'arrêter le CDDRA dans lequel ma commune était, affirme-t-il. Pour un euro de la Région, 70 centimes partaient dans le fonctionnement et seulement 30 centimes dans l'investissement. Ce n'est plus acceptable dans le cadre de la rareté des financements. » Mais cela ne veut pas dire que l'argent n'arrivera plus. « Nous voulons privilégier l'investissement, mais dans des missions transversales, s'il n'y a pas d'animation, cela ne fonctionnera pas. Une charte forestière est un bon exemple. L'animation dans ce cas est utile car elle accompagne des investissements et l'activité économique. Cela relève de l'appréciation de l'élu régional, véritable élu de proximité et de ses interlocuteurs locaux. » Mais Yannick Neuder ne cache pas qu'avec le Brexit, la contribution importante de la Grande-Bretagne n'est plus là et que cela va raréfier les sommes versées par l'Europe pour l'ensemble du territoire Auralpin au travers de la Région. Cette somme atteignait trois milliards d'euros jusque-là, un budget que chaque élu doit avoir à cœur d'aller chercher.

Sapin contre épicéa

Parallèlement l'ONF, gestionnaire des forêts communales, a pour mission d'augmenter les volumes exploités dans le cadre de la politique forestière nationale. Un gisement potentiel existe  dans les propriétés communales alors qu'un quasi équilibre est atteint en forêt domaniale. Mais il y a une inadéquation entre les attentes du marché et les bois disponibles. « Nous avons une ressource importante en sapin, mais ce n'est pas l'essence la plus recherchée, regrette Jean-Yves Bouvet, directeur de l'agence Isère de l'ONF. Si on n'arrive pas à la valoriser, nous n'atteindrons pas les volumes. » Cette remarque s'adressait aux scieurs qui ne se bousculent pas lors de vente de bois. Les professionnels de la première transformation expliquent que la région n'a pas la matière première adaptée au marché. « On a des bois potentiellement exportables en Afrique du Nord, mais nous sommes trop chers », avance Stéphane Eymard de la scierie éponyme. « Le sapin ne donne pas de boulot », et l'utilisation en rénovation est exclue car il faut des petits bois (donc avec de petits nœuds ), alors que les sapins disponibles sont plutôt de gros arbres. Le marché ne tirant pas vers le haut, la rentabilité est compromise. C'est ce qui freine certaines municipalités qui au mieux font quelquefois une opération blanche sur une récolte de bois, au pire perdent de l'argent. Et pour avoir de toute façon beaucoup de soucis dans la gestion entend-on dans la salle. « Du coup, nous avons du mal à réaliser les plans de gestion prévus », regrette le représentant de l'ONF.

Un financement structurant

Qui souligne cependant que « le plus important est d'approvisionner la filière locale en bois d'œuvre car cela représente au niveau du département 1 000 emplois directs ». Si dans le cadre d'une bonne gestion des ressources communales, il vaut mieux éviter des déficits dans la gestion des forêts, cette activité s'inscrit dans le temps et l'action d'aujourd'hui conditionne la rentabilité de celle de demain, ressort-il des débats. Et surtout possède des vertus au-delà du simple rapport financier. Le développement d'une filière structurée en est une, comme la participation à la qualité de l'air par le stockage carbone et l'absence de transport longue distance en est une autre. Mais pour favoriser l'extraction des bois et donc alléger les coûts d'exploitation, Bruno de Quinsonas, président de l'Union des forestiers privés de l'Isère, interpelle les élus locaux présents : « Quand vous prenez un arrêté de limitation de tonnage ou d'encadrement de la circulation des engins de débardage, n'oubliez pas les conséquences économiques qu'une telle décision comporte. » Tous les problèmes ne viennent pas de là, mais c'est une entrave supplémentaire.


(1) Contrat de développement durable Rhône-Alpes.

 
Jean-Marc Emprin