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Filière laitière

Les coopératives parlent rapprochement

En Chartreuse, les coopératives de Miribel et des Entremonts évoquent la possibilité d'un rapprochement pour assurer l'avenir de la filière lait.
Les coopératives parlent rapprochement

Le maintien de l'élevage en territoire de montagne est souvent lié à l'existence d'une ou plusieurs coopératives, comme c'est le cas dans le massif de Chartreuse. Les chercheurs Agnès Bergeret et Sophie Madelrieux, dans le cadre du programme de recherche pour et sur le développement régional (PSDR4), ont longuement étudié la dynamique de ce bassin laitier, pour en décrypter les facteurs de maintien et en identifier les fragilités.
Le constat est sévère, à commencer par la baisse du nombre d'exploitations et la capacité des élevages laitiers à alimenter les coopératives qui ne captent que 25% du lait du massif, Sodiaal compris. Il n'y a plus que neuf producteurs qui livrent à la coopérative Miribel (coopérative de vente), alors que le seuil coopératif est fixé à sept apporteurs. De plus, bien que valorisé en IGP saint-marcellin par la fromagerie Sainte-Colombe (73), le lait fait défaut en volume. La coopérative des Entremonts (coopérative à gestion indirecte) est tout juste mieux lotie, mais manque d'environ 1 million de litres de lait et son fromager est sur le départ.

Apprendre du passé

Les précédents travaux avaient identifié différents points de fragilité tels que la tentation pour certains éleveurs d'abandonner la production laitière - ou résolument l'agriculture -, pour des raisons économiques, de conditions de travail ou de difficultés foncières. « L'enjeu (...) pour les coopératives est de maintenir une dynamique dans les bassins laitiers de montagne, d'aider à la reprise d'exploitations laitières par les jeunes, et de maintenir leur compétitivité et celle de leurs adhérents dans un paysage laitier en pleine reconfiguration où les territoires de montagne doivent garder leur place », était-il indiqué dans un précédent rapport.
Ces questions ont alimenté la réflexion de la dernière réunion sur le thème de la filière lait en Chartreuse, à laquelle ont participé, fin novembre, une quinzaine de producteurs chartrousins. Préparer l'avenir, c'est aussi apprendre du passé. L'histoire des coopératives se caractérise, par exemple, par l'alternance « de phases de plus ou moins fortes dépendances aux opérateurs aval (transformateurs, affineurs, détenteurs de marques de formes etc.) », l'émergence de certaines formes de solidarité, mais aussi le constat de « décalages entre les dynamiques collectives et les attentes des consommateurs, qui ne correspondaient pas forcément et ont pu amener à un essoufflement », soulignent les rapporteurs de la journée.

Rapprochement

« Noq deux coopératives sont assez liées. Elles partagent un peu la même histoire », confirme Frédéric Descote-Genon, le président de la coopérative Miribel. « La coopérative des Entremonts rencontre les mêmes soucis que nous il y a 20 ans. En Chartreuse, le lait est en déprise, mais que faire pour enrayer cela ? Le nombre d'adhérents ne cesse de baisser depuis que les coopératives existent. » Il se dit conforté dans les pistes avancées à l'issue de la rencontre. « Tôt ou tard, ces deux coopératives qui vivotent, avec un nombre d'adhérents en chute et des problèmes de gouvernance, sont appelées à se rapprocher. » Il défend l'idée de constituer « un pôle pour gérer les deux coopératives, en gardant les deux filières ».
Entremont, transforme le lait en fromages de montagne, notamment en IGP tomme de Savoie et raclette. Tandis que Miribel est entièrement dédiée à l'IGP saint-marcellin, une production de niche tout au bout de la zone IGP. « Nous avons besoin de conserver cette diversité », insiste Frédéric Descote-Genon. L'idée « d'unir les forces » a fait son chemin chez les participants à la dernière réunion, comme une évidence. Sur le terrain, les responsables des coopératives se disent « prêts à se rapprocher », reste à convaincre les éleveurs. « Les cahiers des charges comportent des similitudes, avec une grosse dominante herbe des deux côtés », constate encore le responsable. Il reconnaît cependant que le système saint-marcellin est coûteux en raison de la gestion fourragère et ajoute : « Nous devrons harmoniser nos pratiques. Il y a un gros travail de fond à engager. »

L'installation, la clé du système

A l'issue de la dernière réunion, il a donc bien été question de créer une structure unique, au moins pour mutualiser la gestion et la communication des deux coopératives « tout en assurant le maintien de systèmes et de valorisation différents ». Il a aussi été question de « travailler à l'identité Chartreuse », de « valoriser l'image fromages de Chartreuses », de raisonner en complémentarité de produits, voire d'envisager de « monter un magasin de vente avec les différents produits de Chartreuse ».
Tout cela passe bien entendu par une meilleure connaissance et de nouveaux échanges entre les acteurs du territoire, éleveurs et responsables des deux coopératives. Mais un pas a été franchi. « C'était une rencontre positive », déclare Frédéric Descote-Genon conscient que c'est un peu « la dernière chance ». Il résume les enjeux qui sous-tendent à la question de la filière laitière de Chartreuse : « pour avoir des fermes, il faut avoir des jeunes et donc un prix attractif. » L'installation est la clé de la survie du système. « Il faut anticiper sur l'arrêt de grosses structures pour ne pas perdre de volumes ». Il se met à rêver à un saint-marcellin entièrement fait avec du lait de Chartreuse. « Il y a moyen de faire des choses. Il faut jouer collectif. »

Isabelle Doucet
Visite

Un cahier des charges adapté

Le Gaec de la Fontaine à Miribel-les-Echelles compte deux associés, Frédéric Descote-Genon et Rémi Loridon. Le troupeau laitier est composé de 70 montbéliardes, tout le lait étant livré à la coopérative de vente Miribel dont Frédéric Descote-Genon est le président. « Mon principe est de bien gérer l'exploitation », insiste ce dernier qui organisait une visite de sa ferme, fin novembre en complément de la réunion sur l'avenir du lait en Chartreuse. « Le cahier des charges du saint-marcellin est bien adapté à nos exploitations, qui nous permet de gérer l'herbe comme on veut. » A cette occasion, Mathilde Vial, du contrôle laitier, a fait un focus sur les coûts de production, lesquels peuvent aller du simple au double sur le poste de l'alimentation animale. Certaines exploitations de Chartreuse, en système herbager, peuvent donc encore gagner en rentabilité.