Réflexion sur la filière laitière du pays voironnais
Les éleveurs bovins laitiers bien armés pour la survie
Légitimement inquiets pour l'avenir de l'élevage bovin laitier de leur territoire périurbain, les élus du pays voironnais pressent les éleveurs du comité local de l'Adayg de se positionner sur leurs propositions. Mais celles-ci ne sont pas forcément en phase avec leurs préoccupations, concernant les façons de s'adapter à la hausse des charges et à la volatilité des prix. Mais sans tout chambouler.
Le pays voironnais a beau être une communauté d'agglomération, il rassemble près de 90 % du quota laitier de le région grenobloise, selon l'association pour le développement de l'agriculture dans l'Y grenoblois (Adayg). La collectivité ne peut donc omettre l'élevage laitier dans ses programmes d'actions en faveur du développement économique (qui est du ressort des intercommunalités). Le « maintien du potentiel laitier », « exigence fondamentale pour l'économie agricole comme pour l'entretien de l'espace », figure d'ailleurs dans la charte agricole rédigée en 2001, dans la foulée de la création de la communauté d'agglomération. L'élevage bovin laitier bénéficie déjà du soutien du pays voironnais à l'installation de nouveaux agriculteurs, à la création de magasins de producteurs ou à l'organisation de manifestations comme la semaine du goût par exemple. Mais la collectivité peine à identifier le projet fédérateur qui permettrait à la filière de rebondir.
Priorité aux circuits courts dans le Voironnais
La valorisation locale du lait est toutefois la piste de travail privilégiée par les élus, qui placent le développement des circuits courts au coeur de leur stratégie agricole, car ils sont susceptibles de « maintenir ou créer de l'emploi », mais aussi de « réduire l'empreinte écologique et les consommations énergétiques » et de « renouveler les formes de sociabilité au sein de la population ».
Pressés de se positionner par rapport à ces propositions voire d'en formuler de nouvelles, les agriculteurs membres du comité local Voironnais de l'Adayg ont souhaité prendre le temps de la réflexion et ont organisé une réunion d'échanges jeudi 25 novembre à Massieu. Conseiller de gestion au sein du Cer France Isère, le premier intervenant, Olivier Marcant, a d'abord rappelé le contexte dans lequel s'inscrit ce débat. « L'étude des résultats économiques de 81 exploitations laitières iséroises de 2007 à 2010 montre que le revenu disponible baisse pour tout le monde et la tendance est la même dans le pays voironnais », a exposé le technicien, qui explique le phénomène par la baisse du prix du lait, mais surtout par la hausse des charges des exploitations, puisque le cours du lait est retombé en 2009 à peu près au niveau de 2006.
Les préconisations du Cer France
Olivier Marcant s'est ensuite risqué à préconiser quelques pistes de travail pour « tenir le cap », en rappelant d'abord que « les résultats économiques dépendent des résultats techniques ». Ainsi, « la présence de cellules dans le lait n'entraîne que quelques centimes de pénalités de la part de la laiterie et on peut être tenté de continuer sur sa lancée. Mais mieux vaut chercher à rectifier le tir », pour le conseiller. « Le coût d'une vache incurable est rarement calculé, mais il est très important », a renchéri Laurent Vial, éleveur à Montferrat.
Ensuite, « c'est difficile quand on travaille avec du vivant, mais il faut pouvoir accroître sa production quand le marché est porteur », a estimé Olivier Marcant. Pour Laurent Vial, également administrateur de Sodiaal Sud-Est, il faut effectivement « se demander pourquoi le quota n'a progressé que de 4 % en Isère quand c'était possible alors que, dans le même temps, il progressait de 15 % en Bretagne. Est-ce un manque de stock fourrager ? De génisses à la vente ? »
« Profiter de la conjoncture, cela passe aussi par l'optimisation des charges : on peut essayer de négocier ou renégocier des contrats d'approvisionnement quand les cours sont intéressants », a complété Olivier Marcant, avant d'insister sur la gestion des investissements et l'optimisation des moyens humains et matériels de l'exploitation.
Un état des lieux personnalisé avec le diagnostic de conversion à l'AB
La présentation du diagnostic de conversion à l'agriculture biologique du Gaec des grands prés, par Jean François Perret, le technicien grandes cultures, polyculture et élevage de l'Adabio*, a ensuite illustré les économies pouvant être réalisées en évitant de gaspiller le concentré (« pas la peine de nourrir des vaches plafonnant à 7 000 litres de lait avec une ration calculée pour une production de 8 000 litres »), en misant plus fortement sur l'herbe quand on dispose de pâtures ou en ne réalisant pas forcément son quota si cela permet de faire baisser les charges, voire d'atteindre l'autonomie alimentaire de l'exploitation. Le cahier des charges de l'agriculture biologique interdit par ailleurs les traitements antiparasites préventifs, les réservant aux animaux effectivement parasités et réduisant d'autant les dépenses.
Ces changements de fond ne doivent pas être introduits à la légère. « Convertir son exploitation suppose de modifier sa façon de travailler », a souligné Jean-François Perret, pour qui « la bio n'est pas une bouée de secours. Mieux vaut attendre d'y voir clair sur le plan économique pour réfléchir sérieusement à l'opportunité d'une conversion ».
Il n'y aura pas de tout bio
Au vu des chiffres issus du diagnostic (hausse de 12 % de l'excédent brut d'exploitation hors valorisation bio, rien qu'en modifiant le système de production), on comprend toutefois que le Gaec des grands prés réfléchisse sérieusement à limiter ses achats d'aliments. Même si cette ferme basée à Massieu ne valorisera pas forcément son lait en bio, étant donné l'absence de collecte dans ce secteur, « il faut être prêt à passer à un système moins gourmand en intrants », pour David Gros-Flandre, l'un des associés.
« Il n'y a pas de barrières infranchissables entre la bio et le reste de l'agriculture, estime pour sa part Laurent Vial. Les méthodes alternatives sont de plus en plus appliquées dans des fermes conventionnelles et nous devrions peut-être tous faire ce diagnostic afin de faire établir un état des lieux complet de notre exploitation (dont le coût est ramené à 100 euros grâce aux subventions), même si nous ne nous convertissons pas tous à la bio ».
Le décalage entre élus et agriculteurs
Les agriculteurs du Voironnais préfèrent donner la priorité à l'amélioration de la gestion de leurs exploitations plutôt qu'à la conversion à l'agriculture biologique ou à la création d'un atelier de transformation collectif, également promue par les élus de la communauté d'agglomération. Par contre, les agriculteurs attendent les responsables politiques du secteur sur un point précis : la préservation de leurs terres. « La communauté d'agglomération du pays voironnais est sur le point d'acheter des terrains juste à côté d'une ferme qui vient de déménager, précisément pour sortir de l'enclavement dans lequel l'avait plongée l'urbanisation », s'est insurgée Sylvie Budillon-Rabatel, éleveuse à Voiron, au cours de la réunion. Malgré le temps de réflexion pris jeudi 25 novembre, les débats sur les priorités de la politique agricole du pays voironnais ne semblent donc pas près d'être clos.
Cécile Fandos
* Adabio : association pour le développement de l'agriculture biologique dans l'Ain, l'Isère et les deux Savoie.
Priorité aux circuits courts dans le Voironnais
La valorisation locale du lait est toutefois la piste de travail privilégiée par les élus, qui placent le développement des circuits courts au coeur de leur stratégie agricole, car ils sont susceptibles de « maintenir ou créer de l'emploi », mais aussi de « réduire l'empreinte écologique et les consommations énergétiques » et de « renouveler les formes de sociabilité au sein de la population ».
Pressés de se positionner par rapport à ces propositions voire d'en formuler de nouvelles, les agriculteurs membres du comité local Voironnais de l'Adayg ont souhaité prendre le temps de la réflexion et ont organisé une réunion d'échanges jeudi 25 novembre à Massieu. Conseiller de gestion au sein du Cer France Isère, le premier intervenant, Olivier Marcant, a d'abord rappelé le contexte dans lequel s'inscrit ce débat. « L'étude des résultats économiques de 81 exploitations laitières iséroises de 2007 à 2010 montre que le revenu disponible baisse pour tout le monde et la tendance est la même dans le pays voironnais », a exposé le technicien, qui explique le phénomène par la baisse du prix du lait, mais surtout par la hausse des charges des exploitations, puisque le cours du lait est retombé en 2009 à peu près au niveau de 2006.
Les préconisations du Cer France
Olivier Marcant s'est ensuite risqué à préconiser quelques pistes de travail pour « tenir le cap », en rappelant d'abord que « les résultats économiques dépendent des résultats techniques ». Ainsi, « la présence de cellules dans le lait n'entraîne que quelques centimes de pénalités de la part de la laiterie et on peut être tenté de continuer sur sa lancée. Mais mieux vaut chercher à rectifier le tir », pour le conseiller. « Le coût d'une vache incurable est rarement calculé, mais il est très important », a renchéri Laurent Vial, éleveur à Montferrat.
Ensuite, « c'est difficile quand on travaille avec du vivant, mais il faut pouvoir accroître sa production quand le marché est porteur », a estimé Olivier Marcant. Pour Laurent Vial, également administrateur de Sodiaal Sud-Est, il faut effectivement « se demander pourquoi le quota n'a progressé que de 4 % en Isère quand c'était possible alors que, dans le même temps, il progressait de 15 % en Bretagne. Est-ce un manque de stock fourrager ? De génisses à la vente ? »
« Profiter de la conjoncture, cela passe aussi par l'optimisation des charges : on peut essayer de négocier ou renégocier des contrats d'approvisionnement quand les cours sont intéressants », a complété Olivier Marcant, avant d'insister sur la gestion des investissements et l'optimisation des moyens humains et matériels de l'exploitation.
Un état des lieux personnalisé avec le diagnostic de conversion à l'AB
La présentation du diagnostic de conversion à l'agriculture biologique du Gaec des grands prés, par Jean François Perret, le technicien grandes cultures, polyculture et élevage de l'Adabio*, a ensuite illustré les économies pouvant être réalisées en évitant de gaspiller le concentré (« pas la peine de nourrir des vaches plafonnant à 7 000 litres de lait avec une ration calculée pour une production de 8 000 litres »), en misant plus fortement sur l'herbe quand on dispose de pâtures ou en ne réalisant pas forcément son quota si cela permet de faire baisser les charges, voire d'atteindre l'autonomie alimentaire de l'exploitation. Le cahier des charges de l'agriculture biologique interdit par ailleurs les traitements antiparasites préventifs, les réservant aux animaux effectivement parasités et réduisant d'autant les dépenses.
Ces changements de fond ne doivent pas être introduits à la légère. « Convertir son exploitation suppose de modifier sa façon de travailler », a souligné Jean-François Perret, pour qui « la bio n'est pas une bouée de secours. Mieux vaut attendre d'y voir clair sur le plan économique pour réfléchir sérieusement à l'opportunité d'une conversion ».
Il n'y aura pas de tout bio
Au vu des chiffres issus du diagnostic (hausse de 12 % de l'excédent brut d'exploitation hors valorisation bio, rien qu'en modifiant le système de production), on comprend toutefois que le Gaec des grands prés réfléchisse sérieusement à limiter ses achats d'aliments. Même si cette ferme basée à Massieu ne valorisera pas forcément son lait en bio, étant donné l'absence de collecte dans ce secteur, « il faut être prêt à passer à un système moins gourmand en intrants », pour David Gros-Flandre, l'un des associés.
« Il n'y a pas de barrières infranchissables entre la bio et le reste de l'agriculture, estime pour sa part Laurent Vial. Les méthodes alternatives sont de plus en plus appliquées dans des fermes conventionnelles et nous devrions peut-être tous faire ce diagnostic afin de faire établir un état des lieux complet de notre exploitation (dont le coût est ramené à 100 euros grâce aux subventions), même si nous ne nous convertissons pas tous à la bio ».
Le décalage entre élus et agriculteurs
Les agriculteurs du Voironnais préfèrent donner la priorité à l'amélioration de la gestion de leurs exploitations plutôt qu'à la conversion à l'agriculture biologique ou à la création d'un atelier de transformation collectif, également promue par les élus de la communauté d'agglomération. Par contre, les agriculteurs attendent les responsables politiques du secteur sur un point précis : la préservation de leurs terres. « La communauté d'agglomération du pays voironnais est sur le point d'acheter des terrains juste à côté d'une ferme qui vient de déménager, précisément pour sortir de l'enclavement dans lequel l'avait plongée l'urbanisation », s'est insurgée Sylvie Budillon-Rabatel, éleveuse à Voiron, au cours de la réunion. Malgré le temps de réflexion pris jeudi 25 novembre, les débats sur les priorités de la politique agricole du pays voironnais ne semblent donc pas près d'être clos.
* Adabio : association pour le développement de l'agriculture biologique dans l'Ain, l'Isère et les deux Savoie.