Les eaux pluviales, un retour à la source
Entre le ruissellement des eaux et l'inondation des champs pour éviter la crue, la gestion des eaux pluviales est un enjeu à part entière. Le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) 2016-2021 favorise une bonne gestion des eaux. Le futur schéma de cohérence territoriale (Scot) se dirige donc vers une gestion intégrée des eaux pluviales. Loin des nombreux tuyaux enfouis dans le sol pour rejeter l'eau à l'extérieur de la ville, ce système fait l'inverse : laisser l'eau s'infiltrer dans le sol à l'endroit où elle tombe. Mais cette nouvelle méthode n'intéresse pas toujours les élus. Après avoir mené une trentaine d'entretiens avec des élus de la région, les chargés de mission du Scot ont donc constitué un livret pour déconstruire leurs idées reçues.
En tête de liste, la gestion intégrée coûte cher. « En évitant le transport et avec des ouvrages ouverts et faciles d'accès, le système est moins cher dans de nombreux cas, explique Marie Ardiet, chargée de mission du Scot. Certains élus ont déjà construit des ouvrages de gestion intégrée mais ile ne savent pas qu'ils en ont fait ». Un nouveau point d'eau peut par exemple devenir un lieu de rencontre et un îlot de fraîcheur mais l'avantage de telles installations est en réalité difficilement chiffrable. Il est aussi difficile de prôner une solution unique car chaque ouvrage devra s'adapter à la commune.
Rendre perméable
La ville de Saint-Egrève a souhaité installer des parkings qui ne seraient pas uniquement du bitume qui est un matériau très imperméable. Différents systèmes, mélangeant herbes et plots pour faciliter le stationnement, ont été testés. « C'est esthétiquement sympa, fonctionnel et ça désimperméabilise le secteur. Mais si des voitures sont toujours stationnées, l'herbe ne pousse pas et le système ne marche pas », argumente Fabien Scarabelli, chargé de mission développement durable de la commune de Saint-Egrève. Si tous les agents doivent venir tondre les parkings, c'est aussi un nouveau facteur à prendre en compte. « C'est une nouvelle culture que doivent avoir les agents municipaux car sinon cela sera compliqué à gérer », souligne Julie Maillet, responsable des espaces publics de la Ville de Fontaine. Les personnes présentes craignent qu'ils ne le voient comme une nouvelle contrainte de gestion en plus du « zéro phyto » déjà demandé. « J'entends quelquefois dire que nous, on n'est pas sur le terrain », raconte Gita Mootoosamy, responsable du service environnement de la ville de Saint-Martin-d'Hères. La deuxième difficulté est aussi de savoir qui gère quoi. « Les eaux pluviales sont rattachées à l'assainissement géré par les intercommunalités, les eaux urbaines sont gérées par une autre entité... tout n'est pas à l'échelon des villes », précise Marie Ardiet. Or, le Scot a pour but d'améliorer la cohérence des actions au niveau territorial.
Une démarche risquée
« Dès la conception, il faut construire un panel d'acteurs qu'il serait important d'associer dès le départ », explique la chargée de mission du Scot. Cela permettrait d'échanger sur l'ouvrage à mettre en place et prévenir la population. Car selon Marie Ardiet, la deuxième idée reçue souvent entendue serait les nuisances. « Il y a une inquiétude du risque. En réalité, l'ouvrage est en eau sur une période courte. Les risques de chute et de noyades sont possibles uniquement si l'on va dans l'ouvrage. » Construite dans des parcs ou des parkings, la gestion intégrée est visible par tous donc il est ressenti comme un danger réel par certains usagers. Le but est donc de communiquer et de sensibiliser les populations à ces nouvelles pratiques. La gestion intégrée limite fortement le ruissellement des rues, et ça en fait d'autant moins dans les champs.