Les EDT lancent le combat de la pénibilité
Ils veulent faire « bouger la région et faire entendre leur voix au niveau national ». Avec 384 entreprises, dont 145 emploient de la main-d'œuvre, les entrepreneurs des territoires isérois sont remontés. L'objet de leur courroux ? La suppression de l'exonération de cotisation patronale pour les travailleurs occasionnels et le compte pénibilité, progressivement mis en place dans le cadre de la réforme des retraites. Certains, à commencer par la présidente d'EDT Isère, Martine Perrin, se disent même prêts à « boycotter » les fameuses « fiches individuelles de prévention des expositions ». Réunis en assemblée générale le mois dernier, les entrepreneurs des territoires ont longuement débattu de l'actualité fiscale et sociale qui agite l'organisation professionnelle iséroise. Concernant la suppression de l'exonération de charges pour les emplois saisonniers, les adhérents d'EDT Isère se sont dits « inquiets », notamment en raison de l'impact sur leur chiffre d'affaires. Michel Gabillon, président d'honneur et trésorier adjoint de la FNEDT, a évoqué la situation critique des entreprises déjà « fragilisées par les contraintes réglementaires ». Et le responsable d'insister sur la nécessité d'accompagner les entreprises : « Un coup, c'est haut, un coup c'est bas : que ce soit en agriculture, dans l'industrie ou dans le commerce, tout le monde pâtit des baisses de commande, a-t-il rappelé. Or il faut que nous continuions d'écrire ensemble l'économie, avec des chefs d'entreprises porteurs de projets et des banquiers qui doivent être plus présents. »
Formule politique
Concernant le CICE, l'expert comptable d'EDT Isère est revenu sur le calcul et le reversement de ce crédit d'impôt, rappelant qu'il « s'impute en priorité sur le revenu ou l'impôt sur les sociétés dû au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour son calcul ont été versées ». Précisant que le CICE ne bénéficiait « qu'aux personnes qui participent aux travaux » et pour « les seuls salaires ne dépassant pas 2,5 fois le Smic », l'expert a souligné qu'il était important d'indiquer en annexe à quoi allait servir la trésorerie dégagée par ce crédit d'impôt : « Recrutement, innovation, formation, prospection..., à vous de voir. C'est un peu une formule politique : c'est la contrepartie de l'entreprise. »
Pour ce qui est de l'épineux dossier de la pénibilité, l'expert s'est montré plutôt rassurant. En effet, le code du travail oblige l'employeur à établir une fiche de prévention individuelle et nominative pour chaque salarié exposé à un ou plusieurs facteurs de risques professionnels liés à des contraintes physiques marquées, un environnement physique agressif ou certains rythmes de travail. « Les entrepreneurs des territoires sont concernés par ces facteurs, mais pour évaluer la pénibilité, il faut prendre en compte l'intensité de ces facteurs et la durée de l'exposition. Pour les risques « poussière » ou températures extrêmes par exemple, vous n'êtes pas concernés, car les cabines sont fermées et souvent climatisées. De même pour le travail de nuit : ce n'est pas systématique. Il y a trente ans en arrière, les conditions étaient autres... » Le propos fait mouche : « C'est pour cela que je dis que nous n'en avons pas besoin », rétorque Martine Perrin.
Prête au combat
La présidente des EDT a enchaîné en appelant ses confrères à se mobiliser pour le « combat de la pénibilité ». Elle a ainsi annoncé que l'organisation professionnelle était prête à « se regrouper avec d'autres acteurs du monde agricole pour essayer de peser contre cette usine à gaz ». Bien que se revendiquant une certaine fibre sociale, la patronne de la Sarl Perrin père et fils, qui s'occupe de toute la partie administrative de l'entreprise, n'a pas manqué d'avertir : « Si on me demande pour le compte de pénibilité, je fais ma blonde de service. » Une blonde qui n'a apparemment pas froid aux yeux.
Marianne Boilève
Femmes d'entrepreneurs, un sacerdoce ?
« Elles travaillent, mais elles sont invisibles », dénonce Martine Perrin au sujet des femmes présentes dans les entreprises adhérentes à la FNEDT. Voilà pourquoi le réseau des entrepreneurs des territoires mène auprès d'elles une enquête destinée à cerner leur profil . Objectif : mieux comprendre le statut de ces femmes de l'ombre, leur rôle et leurs missions dans l'entreprise pour leur proposer des services adaptés à leurs besoins. « Cette enquête va nous permettre de voir là où ça pèche, explique la présidente d'EDT Isère. Le problème se pose souvent en termes de statut. Quand ces femmes arrivent à la retraite, elles n'ont rien, se retrouvent dépendantes ou avec des retraites de misère. Il faut que ça évolue ! »MB