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Elections chambre agriculture

Les élections, ce baromètre de la représentativité

A Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, puis à Jarrie, les élus locaux et nationaux de la FNSEA et FDSEA-JA, réunis en meeting jeudi 17 janvier, ont appelé les agriculteurs à voter aux élections consulaires pour défendre leurs intérêts.
Les élections, ce baromètre de la représentativité

Les élections à la chambre d'agriculture représentent un enjeu syndical fort. Question de représentativité et de poids dans les négociations. Au niveau départemental, la liste commune FDSEA-JA multiplie les rencontres avec les agriculteurs afin de les convaincre que voter est un acte citoyen et que c'est la meilleure façon de faire entendre leurs revendications dans un climat où l'agriculture est souvent pointée du doigt sans raison.

« On ne travaille pas sur les dossiers six mois avant les élections », a lancé Jérôme Crozat, président de la FDSEA Isère et tête de liste FDSEA-JA, jeudi dernier 17 janvier à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, lors d'un meeting avec deux élus nationaux, Loïc Quellec, vice-président JA et Daniel Prieur, secrétaire général adjoint de la FNSEA. En Isère, de nombreux chantiers d'envergure ont en effet été conduits par la précédente mandature.

Jérémy Jallat, représentant JA sur la liste iséroise est revenu sur la question de l'installation portée par le syndicat. « Notre défi est de renverser la pyramide des âges des chefs d'exploitation », martèle-t-il. Dans le département, 54% des agriculteurs ont plus de 50 ans et 52% des exploitations n'ont pas de repreneur identifié. Le sujet touche à la fois le foncier, la protection sociale, l'innovation et le changement de pratiques. « La future chambre d'agriculture, à Moirans, est l'occasion de faire un pôle installation attractif et connecté au point d'accueil transmission », a déclaré Jérémy Jallat. « Nous avons besoin d'une génération qui dure », a repris Loïc Quellec en insistant sur la formation et l'adaptation au changement comme aux exigences sociétales. Les jeunes ont aussi besoin de visibilité dans leurs filières, afin que la valeur créée « revienne dans les cours des fermes ».

Les héritiers

Lors de la rencontre organisée l'après-midi à Jarrie, Loïc Quellec a énuméré les avancées syndicales : « La réforme des prêts bonifiés, en 2017, ce sont quatre ans de travail avec le ministère et les OPA, dont l'APCA et la FNSEA ». A l'arrivée, les 22 millions d'euros qui ont basculé vers la DJA ont permis à la dotation de doubler ou presque dans certaines régions, comme c'est le cas en Aura où elle est passée de 22 000 à 42 000 euros. Se considérant comme les héritiers des acquis de leurs aînés, les JA s'interdisent « de laisser tomber ». Le prochain combat sera donc celui de la recherche de mécanismes financiers incitatifs pour le cédant. Interpelé par Pascal Denolly, vice-président de la chambre d'agriculture, sur le dossier FAST* en cours d'expérimentation en Savoie et en Isère, Loïc Quellec a fait savoir qu'il y avait d'autres initiatives de ce type en France, et que l'ensemble de ces éléments pourraient être retravaillés au niveau national. Mais, s'il convient de tenir compte des paramètres économiques, fiscaux ou patrimoniaux pour faire avancer la question de la transmission, les JA reconnaissent que « le montant des retraites reste un frein ». Une réponse aux problématiques foncières liées à l'installation pourra peut-être venir de la future loi foncière attendue pour la fin de l'année ou 2020. « Nous travaillons la question du statut professionnel avec Aurélien Clavel », a précisé Daniel Prieur.

Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture, a fait valoir les particularités de l'installation en Isère qui s'établit à environ 150 dossiers par an. « Il s'agit à 40% de reconversions de personnes âgées de 30 à 50 ans, dont 20 à 25% sont issues de Pôle emploi. Les autres ont suivi un parcours classique en agriculture ». Beaucoup partent de zéro « et il est difficile de faire reconnaître aux jeunes installés l'intérêt d'entrer en forme sociétaire », un statut pourtant des plus résilients face à la crise.

Quelque chose en plus

Parce que les élections européennes approchent et que la future PAC est en travaux, tous les représentants syndicaux s'accordent à dire qu' « on ne peut pas se passer d'Europe » et réclament un budget ambitieux pour la PAC. « Nous devons être intelligents et solidaires », a déclaré Jérôme Crozat, qui souhaite que l'ICHN (2) soit déployée au niveau national et non régional. Il insiste sur le fait que « 227 communes vont entrer en zone défavorable simple, ce qui va redynamiser l'élevage dans la plaine et ramener de la compétitivité » en raison des aides générées par le 2e pillier. « Nous voulons un budget ambitieux, favorable au renouvellement des générations, qui a un réel effet sur le revenu agricole, qui protège face aux aléas en termes de production ou de revenu », renchérit Loïc Quellec. Quant à Daniel Prieur, il a rappelé que « se battre, c'est aussi placer des hommes », en citant Michel Dantin et Michel Barnier, ces rhônalpins qui ont beaucoup œuvré pour l'agriculture à Bruxelles.

Energies

Le vice-président de la FNSEA, a surtout enjoint les Isérois « à continuer à se battre, il faut y croire ». Il a souligné le « quelque chose en plus » qui sont les 1,3 million de consommateurs du département, encourageant « les projets de proximité » et « l'intelligence collective ». « L'enjeu majeur est de développer une alimentation de qualité dans tous les circuits », a indiqué Pascal Denolly en défendant « une vision moderne du métier ». Il a ajouté : « Nous devons construire des réponses pour les agriculteurs qui sont les mêmes que celles qui vont satisfaire les consommateurs ». Faire et dire ce qu'on fait, c'est aussi l'engagement pris par la FNSEA dans le cadre du contrat de solutions.

Enfin, le volet sécheresse, le changement climatique et la transition énergétique ont largement été abordés par Jérôme Crozat et Jean-Claude Darlet. La président de la FDSEA s'est félicité du classement des 4/5e du département en calamité sécheresse, ce qui permettra aux éleveurs de bénéficier d'aides régionales et nationales. Le président de la chambre a fait valoir le déclassement d'une trentaine de communes du département de la zone vulnérable : une mesure rare, résultat d'un combat mené par la FDSEA-JA. Les prochains chantiers seront énergétiques. Tirant les enseignements des difficultés rencontrées pour faire émerger les projets de méthanisation, Jean-Claude Darlet a affirmé : « Nous n'avons pas le droit de laisser ces projets sans accompagnement ». C'est également le cas pour l'énergie photovoltaïque qui retient toute l'attention de la chambre d'agriculture. « Nous avons des défis à relever. Il faut y aller ensemble et être prospectif, afin de garder une économie dans notre département et redonner de la compétitivité aux exploitations », a conclu Jérôme Crozat.

Isabelle Doucet

 

(1) Le Fond d’accompagnement à la succession et à la transmission est outil d’accompagnement incitatif durant les cinq années qui précèdent la cessation d’activité effective, comprenant des allégements de charges sociales et de la formation.

(2) L’indemnité compensatoire de handicaps naturels

 

 

Prédation / Le loup s'est invité dans la campagne électorale.

Le loup personna non grata

A Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, Jérôme Crozat, président de la FDSEA a rappelé les positions nationales face au prédateur : Zéro attaque loup. « Le loup coûte 25 à 30 millions d'euros pris sur le budget de l'agriculture. Les agriculteurs souhaitent que cela soit pris sur celui de l'environnement », énonce-t-il. Par ailleurs, présente aux commissions départementales loup, la FDSEA a « obtenu le passage de 17 à 27 lieutenants de louvèterie en Isère ».
Maintien du pastoralisme
« Depuis 1992 et la réintroduction du loup en France, nous disons que prédateur et pastoralisme sont incompatibles », a exposé Michel Thomas, directeur adjoint de la FNSEA. Les améliorations obtenues, au fil des plans loups demeurent insuffisantes pour le syndicat. « Il y a toujours des dégâts. Mais les tirs de défense renforcée et les tirs de prélèvement avec les chasseurs ont permis de faire le quota, poursuit le directeur adjoint. Ce qui n'arrivait pas avant l'intervention des chasseurs en raison du peu d'entrain de l'ONCFS ». La FNSEA a par ailleurs obtenu la revalorisation des indemnisations pour les pertes d'animaux et la création de la brigade loup.
Avec le nouveau plan loup, le syndicalisme a demandé à ce que le loup ne soit pas présent là où il y a de l'élevage en plein air. « Il ne faut plus parler de plan loup, mais de plan du maintien du pastoralisme et de l'élevage et du bien-être des éleveurs, a ajouté Michel Thomas. Nous demandons que les éleveurs puissent se défendre en permanence. A partir du moment où il y a une attaque de loup sur un troupeau, il faut l'autorisation de tirer. Mais nous n'avons pas tout obtenu. » APCA, FNSEA et JA vont rencontrer le nouveau préfet coordonnateur du plan loup qui est d'accord pour rouvrir les modalités de prélèvement du loup. Au titre des doléances qui lui seront portées : l'équipement des chasseurs en lunettes à visée thermique, la prise en charge complète des équipements de protection, des prélèvements possibles dans les cœur de parc.
Le grand débat national pourrait d'ailleurs être un vecteur, par le biais des élus ruraux des communes pastorales, pour faire remonter ces problématiques de prédation. « Nous avons réussi à faire passer des messages sur la grande détresse dans laquelle se trouvent les éleveurs dont les troupeaux ont été attaqués », a expliqué Michel Thomas. Mais Jérémy Jallat estime que « la gestion du loup en France n'est pas la bonne solution. Si le loup pose problème, il faut prélever une meute entière et non pas un seul individu. »
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