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Volaille

Les élevages fermiers menacés par la réglementation

La réglementation sanitaire est la même pour les élevages intégrés de grande taille que pour les fermiers. Les risques qu'elle mette à mal la filière sont réels.


Les élevages fermiers menacés par la réglementation

Autant d'aberrations les dépassent. Et nuit à la pérennité de leurs exploitations. La réglementation que les producteurs de volailles fermières doivent respecter, notamment en matière de salmonelle, n'est pas adaptée à leurs exploitations. Car, dès lors qu'ils élèvent plus de 250 bêtes, ils sont soumis aux mêmes exigences que les élevages intégrés et doivent réaliser des recherches de salmonelles dans leurs litières. Et si le contrôle s'avère positif, l'ensemble du cheptel présent dans l'exploitation doit être abattu, alors même que les volailles sont saines.
Pour mettre en avant ces difficultés et faire remonter des propositions « pour une prise en compte des spécificités de ces élevages en circuits courts » aux députés et sénateurs, et au ministre de l'Agriculture, Jacques Rimbault, éleveur à Saint-Just-de-Claix, au pied du Vercors, a accueilli, le 27 mai, Michèle Bonneton, députée de l'Isère, Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère et Pierre-Yves Motte, de l'APCA (Assemblée permanente des Chambres d'agriculture).

Aucun sens

Jacques Rimbault est installé depuis 18 ans. Il élève en bio 10 000 volailles fermières par an sur quatre hectares de parcours. Dans son atelier agréé pour l'abattage et la découpe, il transforme avec ses quatre salariés, 33 000 bocaux commercialisés en direct pour un chiffre d'affaires de 300 000 euros. Son exploitation « tourne » et lui donne la satisfaction de « se sortir un salaire correct, sans subvention ». Mais, comme les autres éleveurs de volailles fermières venus d'autres départements (Drôme, Rhône, Hautes-Alpes), il ne comprend pas. « Pourquoi nous demande-t-on des analyses de litière alors que nous vendons à nos clients des poulets prêts à cuire ? Cette législation est complètement aberrante. Si de la salmonelle est détectée dans les litières, nous devons abattre toutes les volailles. Alors que, si elle est détectée sur les cous des bêtes à l'abattoir, nous pouvons les commercialiser. Cela n'a aucun sens », explique l'éleveur. Et dans un élevage comme celui de Jacques Rimbault où les volailles vont et viennent dans les parcours sans être à l'abri de la faune sauvage, porteuse saine, il ne veut pas être pénalisé. D'autant que la peine peut être lourde. Très lourde. Dominique Grève, éleveur dans la Drôme, ainsi que Laurent Delatouche, éleveur dans le Rhône, ont rapporté, avec encore beaucoup d'émotion, les difficiles moments qu'ils ont dû vivre lorsqu'ils ont découvert la présence de la salmonelle dans leurs bâtiments et l'arrêt de l'exercice de leur activité qui en a découlé (sept mois sans production et 32 000 euros de perte financière chez Dominique Grève et arrêt complet du métier pour Laurent Delatouche).

Biosécurité

Pour autant, il n'est pas question de mettre les consommateurs en danger. La sécurité sanitaire prévaut. Tous le martèlent. Mais ce n'est pas parce qu'il y a de la salmonelle dans la litière, qu'il y en a dans la chair ou les œufs. En 18 ans, Jacques Rimbault n'en a jamais eu. Et les éleveurs de reconnaître devoir faire face à un paradoxe. Les élevages fermiers, la vente directe, sont fortement encouragés. « Ce type d'agriculture est une des solutions pour faire face aux crises. Elle compte pour le développement des territoires. Mais il faut une réglementation sanitaire adaptée », estime Michèle Bonneton, bien décidée à faire avancer le dossier à l'Assemblée nationale.
Le travail à réaliser est important, d'autant que la nouvelle loi sur la « biosécurité » destinée à empêcher l'introduction du virus de l'Influenza aviaire dans les élevages de volailles entrera en vigueur le 1er juillet. Cette réglementation impose notamment la définition de différentes unités de production au sein d'une même exploitation agricole, chacune dotée d'un sas sanitaire clos, et au sein desquelles les volailles sont conduites en bande unique avec réalisation de vides sanitaires entre chaque lot. « Ce ne sera pas possible », soutiennent les éleveurs.

Isabelle Brenguier

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Pour mettre en avant les difficultés des élevages fermiers, Jacques Rimbault, éleveur en Isère, a organisé une visite de son élevage.