Les éleveurs caprins ont le moral
« A la question « et vous comment ça va ? », on parle toujours de son exploitation et pas de nous. » Forts de ce constat, Melisa Descotte-Genon et Sébastien Juge, co-présidents du syndicat caprin, ont invité l'association Ecout'agri 38 à leur assemblée générale à Oyeu pour permettre aux éleveurs présents de parler de leur vie personnelle. « On est là pour accompagner des agriculteurs mais pas uniquement dans leurs difficultés. On est là pour donner un coup de main, un conseil ou juste pour se confier », explique Philippe Allagnat, président de l'association. En petits groupes, les éleveurs, déjà bien installés ou en cours d'installation, sont invités à parler de ce qui leur plaît dans leur métier, dans leur quotidien. « Le contact extérieur avec la vente directe », « être à mon compte » ou encore « le contact animal » sont les plus cités. Un questionnaire avait été distribué à chacun à leur arrivée et après dépouillement, les éleveurs caprins s'estiment en majorité heureux et épanouis dans leur travail.
Anticiper et organiser son exploitation
Au deuxième tour de table, l'équipe d'Ecout'agri interroge sur les difficultés de chacun. Plusieurs agriculteurs ont gardé le silence, comme si la question ne se pose pas ou qu'ils ne se la sont jamais posée. « Mais tu arrives à t'arrêter ? A prendre des vacances ? A voir ta famille ? », interroge Philippe Allagnat. « On est passionné donc ce n'est pas une corvée », répond l'un d'eux. Certains avouent quand même à demi-mot qu'aujourd'hui les choses sont stables mais qu'à leur installation, le moral n'était pas toujours au beau fixe. Il faut dire que certains ont complètement changé de profession en embarquant femme et enfants dans l'aventure, d'autres ont suivi le conjoint. « Les jeunes qui veulent s'installer, écoutez bien leurs témoignages », conseille le président de l'association. Du côté des jeunes en quête d'installation, leurs difficultés se portent plutôt sur un accès à l'information et sur la recherche du foncier pour s'installer.
D'autres moments de la vie d'un agriculteur sont aussi des moments charnières. Ainsi, pour un éleveur, la question se pose quant au départ à la retraite d'un associé, « mais on verra bien le moment venu ». « Il faudrait peut-être se poser la question du remplacement de la personne...ou anticiper son départ pour éviter une charge de travail trop importante », interroge l'animateur. La troisième phase de l'échange sert à faire part aux autres de quelques astuces qui ont permis de mieux gérer leur quotidien. Pour un éleveur, la porte de salut fut l'organisation du travail avec ses associés. « On fait un point ensemble, associés et salariés, tous les lundis pour savoir ce qu'il y a faire », raconte-t-il. Déléguer et travailler avec des salariés est aussi un stress supplémentaire qu'il faut apprendre à gérer.
Le poids de la vie quotidienne
Pour les éleveuses présentes, c'est aussi la gestion de la vie de famille qui est difficile. Le ménage, la cuisine, les devoirs des enfants restent encore souvent des tâches réalisées par les femmes. Pour l'une d'elles, le soutien est venu de la MSA qui finance une aide à domicile pour quelques heures par semaine. De manière générale, le questionnaire rempli par chacun des éleveurs montre qu'ils ont souvent besoin d'aide, de conseils mais qu'ils ont su trouver une oreille attentive que ce soit à la chambre d'agriculture, chez Ecout'agri ou d'autres organismes. Certaines mesures comme le financement d'aides à domicile de la MSA ou le financement d'une demi-journée technique par la chambre d'agriculture sont encore peu connues. Lise Escalier, spécialisée dans l'échange de groupe à la chambre d'agriculture et présente à l'événement a donc facilité les échanges pour faire émerger quelques besoins. « Apprendre à ranger son bureau ! », « les aides disponibles », « visiter les exploitations d'autres éleveurs sur des questions techniques ». L'année risque d'être chargée pour les deux co-présidents du syndicat caprin.