Les éleveurs charolais à l'heure des grandes orientations
Le syndicat des éleveurs charolais de l'Isère (Seci) a tenu son assemblée générale au mois de mars dernier chez Nicolas Traynard aux Côtes-d'Arey. Le syndicat réunit 25 éleveurs. « Même si certains s'arrêtent, il y a du renouvellement. Nous avons une majorité de jeunes et nous recrutons un ou deux nouveaux adhérents chaque année », constate le président du Seci, Raphaël Loveno.
Le syndicat a toujours mis l'accent sur la génétique et les conseils associés afin de permettre à ses adhérents d'améliorer la performance des troupeaux. L'aide génétique est d'ailleurs une porte d'entrée pour les nouveaux adhérents. L'association prend en effet en charge une partie de l'achat d'embryons au réseau Bovins croissance. Une des actions phares est aussi l'achat de reproducteurs vivants inscrits au Herd-book. C'est le cas de Lafayette, un taureau de 2 ans 1/2 acheté dans une vente aux enchères, il y a un an, par Raphaël Loveno et Jérémy Guinet. « Nous nous sommes engagés à le sortir en concours pour faire la promotion de la race », reprend son copropriétaire. C'est la deuxième fois que le syndicat favorise l'acquisition d'un taureau à mères. Le premier s'appelait Flamingo et avait été prélevé en mars 2016. Ses doses avaient été vendues 30 euros l'unité. « Nous nous sommes posé la question de poursuivre ou non ce type d'achat, mais nous avons convenu que la charge était trop lourde. C'est pourquoi nous avons demandé à Charolais Sud-Est et à son président Claude Rey de reprendre le flambeau. Cela permettrait de multiplier le nombre d'éleveurs qui prendraient des doses », explique Raphaël Loveno.
C'est à l'aune des concours que les éleveurs peuvent mesurer l'évolution de la génétique charolaise. Et le syndicat apporte son aide aux éleveurs qui désirent sortir leurs bêtes, notamment lors du concours départemental, qui se déroulera à Pressins du 1er au 3 septembre, du concours régional, à Beaucroissant, du 15 au 17 septembre voire, du national, à Magny-Cours, du 6 au 8 septembre. Bref, la rentrée sera chargée.
Un bâtiment en dur
Remontant l'année syndicale, le président a rappelé les temps forts qui ont rassemblé les éleveurs charolais isérois, comme les visites d'élevages organisées depuis 10 ans dans le bassin charolais et surtout, l'organisation des deux foires de Beaucroissant où les charolais tiennent un stand de restauration.
Celle de printemps est tenue par la section iséroise et celle d'automne par la section Sud-Est. « L'édition d'avril 2016 n'a pas été très bonne à cause du froid, en revanche celle de 2017 a été meilleure avec la mise en place du Croq'charolais », commente le président. Pourtant, l'absence d'un grand nombre de concessionnaires pouvait faire penser à une baisse de fréquentation, mais les hamburgers de charolais, qui pèsent pour 30% des repas servis, ont permis de mieux valoriser la viande, et au syndicat de tirer des bénéfices. « Il nous faut suivre le mouvement de consommation du public qui veut manger rapidement et demande du steak haché », reprend Raphaël Loveno. Il insiste sur l'origine locale du pain, des frites et du fromage. Quant à la génisse, elle avait été fournie par Jean-Baptiste Villeton, une bête de 467 kg partie en deux jours et un millier de repas.
Le grand projet pour Beaucroissant reste cependant celui de la construction d'un bâtiment en dur pilotée par Charolais Sud-Est. Le permis de construire n'est pas encore déposé, mais les éleveurs ont quelques espoirs de voir leur structure érigée pour la 800e édition. « Nous aurions dû le faire depuis longtemps, cela nous aurait permis d'économiser sur la location depuis 20 ans », explique Raphaël Loveno. L'intérêt se mesure aussi en termes de stockage, de manutention et d'autonomie sur le champ de foire. En attendant, Charolais Sud-Est a également fait l'acquisition de stalles pour le concours régional.
Enfin, la convivialité reste le maître-mot de l'esprit qui anime ce syndicat, si bien que la journée éponyme est devenue une institution. Elle s'était déroulée l'an passé chez David Rivière à Virieu. Rendez-vous a été fixé cette année le 20 mai chez Raphaël Loveno à Saint-Savin. « Depuis trois ans, nous invitons aussi les adhérents du Sud-Est et notamment les participants au concours de Beaucroissant qui avaient émis le souhait de se revoir, explique l'hôte. Si bien que nous sommes passés de 40 à 70 convives ! »
Isabelle Doucet
Adhérent du SeciUn travail sur les performances génétiques«
« Je suis entré au syndicat charolais il y a quatre ans, quand j'ai commencé à faire de la sélection génétique », avance Nicolas Traynard qui a reçu chez lui, aux Côtes-d'Arey, l'assemblée générale du syndicat isérois en mars dernier. Installé depuis 2003, il consacre deux tiers de son activité à la culture céréalière (maïs, blé, soja, tournesol) et un tiers à l'élevage. Le troupeau est composé de 20 à 25 mères allaitantes de race charolaise.« J'avais un projet de développement. Soit j'augmentais la taille du troupeau, soit j'améliorais la qualité en conservant le même nombre de bêtes. Jai préféré mettre l'argent sur la performance du troupeau plutôt que dans un nouveau bâtiment agricole ! », explique l'éleveur qui travaille seul depuis que son père a pris sa retraite. Il vend généralement ses broutards dans les circuits traditionnels. « Lorsqu'il y en a un ou deux de bons, je les vends comme reproducteurs », poursuit Nicolas Traynard, tout en reconnaissant qu'il doit encore s'améliorer en génétique. « J'élève un maximum de génisses, indique-t-il. Lorsqu'elles sont meilleures que leurs mères, ces dernières sont réformées pour garder les génisses. » Dans le secteur de Reventin-Vaugris, il n'y a plus que trois éleveurs, mais Nicolas Traynard tient à conserver ses deux ateliers, « pour la diversification et l'étalement de la charge de travail », avance-t-il. Il faut dire aussi qu'une grande partie de l'exploitation est située en zone défavorisée. Sur 140 hectares, 40 sont en prairies naturelles dédiées à l'élevage. « Pour l'alimentation du troupeau, j'ai largement de quoi faire », reconnaît-il.En recevant les membres du Syndicat des éleveurs charolais de l'Isère, il désirait faire connaître son secteur géographique du pays viennois et présenter son troupeau. Pour la première fois, il a participé au concours régional de Beaucroissant en septembre 2016 « et je n'ai jamais été dernier, c'est encourageant », déclare-t-il. Il présentera quelques unes de ses bêtes au concours départemental d'élevage de Pressins. Auprès du syndicat, dont il apprécie l'ambiance, il recherche l'échange d'informations, « et dans les coups durs, ça permet de ne pas être seul. On découvre aussi les axes de travail en génétique chez les autres éleveurs ainsi que leurs techniques d'élevage. Il y a beaucoup de choses à voir ».