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Protection des troupeaux

Les éleveurs doivent multiplier les demandes de tir de défense

Face à l'augmentation exponentielle des attaques en 2014, les services de l'Etat ont annoncé plusieurs mesures lors du comité départemental loup début janvier. Le préfet a également appelé les éleveurs à solliciter des tirs de défense pour « démontrer qu'il y a un problème en Isère ».
Les éleveurs doivent multiplier les demandes de tir de défense

Les tirs de défense, comme beaucoup de ses collègues, Laurent Plançon pensait que c'était réservé aux éleveurs ayant subi des attaques sur leur troupeau. C'était le cas à une époque, mais la législation a évolué : désormais, tout éleveur se trouvant en  « zone de présence ancienne du loup » (« ZPP » ou zone de présence permanente) peut demande un tir de défense dans la mesure où il permet « d'empêcher l'attaque immédiate du troupeau par le loup ». La saison dernière, l'éleveur mensois n'a donc pas hésité. Il a même demandé aux chasseurs du secteur (La Salette) de lui prêter main-forte. De fait, le troupeau n'a subi aucune attaque au cours de la saison. Les chasseurs se sont relayés pour effectuer des rondes régulières, qui ont sans doute dissuadé le prédateur de s'approcher de trop près des brebis. « Ça rassure le berger et ça protège la journée, mais pas la nuit, explique Laurent Plançon. Pour moi, ça limite les dégâts ou ça déplace le problème chez un autre. » L'éleveur, membre du Syndicat ovin du Trièves, s'avoue partagé : « Les tirs de défense, c'est bien, mais personne n'est au courant. Il faut que les éleveurs en demandent et qu'ils mettent le nom de plusieurs personnes sur le formulaire pour accroître l'efficacité du dispositif. »

Nombre d'attaques record

C'est le sens du message délivré par le préfet de l'Isère lors du dernier comité départemental consacré au loup début janvier. Face à l'augmentation exponentielle du nombre d'attaques et de bêtes tuées en 2014, Richard Samuel a annoncé plusieurs mesures concrètes (1) et a invité les représentants de la profession à déposer des demandes de tir de défense de façon à « montrer qu'il y a un vrai problème en Isère ». Cette année, les services de l'Etat n'ont enregistré que 13 demandes de tirs de défense, dont 11 ont été accordées. Il faut donc aller plus loin : c'est une question de stratégie. Le préfet a en effet rappelé que, le loup étant protégé par la convention de Berne et la France n'ayant pas l'intention de remettre en cause ses engagements, tout arrêté préfectoral pris en vue d'un tir de prélèvement risquait d'être systématiquement retoqué par le tribunal administratif. C'est ce qui s'est produit en juillet dernier... Selon le préfet, plus le nombre de demandes de tirs de défense augmentera, plus ses arrêtés en faveur d'un tir de prélèvement trouveront leur légitimité, notamment aux yeux du tribunal. Richard Samuel prévoit d'ailleurs d'adresser un courrier aux éleveurs et aux chasseurs pour les « inciter à collaborer pour mettre en place des tirs de défense ».

Formation des chasseurs

Du côté de la direction départementale des territoires (DDT), on préconise également « la mise en œuvre sans faille de la réglementation de gestion de la population du loup ». Pour sa part, l'ONCFS a déjà anticipé en renforçant son bataillon de gardes habilités à effectuer des tirs de loup d'une centaine chasseurs, formés par ses soins, qu'elle peut mobiliser en cas de prélèvement : « Nous avons maintenant un noyau de chasseurs par massif, déclare Philippe Cornet, chef du service départemental de l'ONCFS. Ce sont des personnes que nous avons formées afin de leur apporter une bonne connaissance de l'espèce et de les sensibiliser aux questions de sécurité, car les interventions se font en période d'estive, donc de fréquentation touristique. »

Enfin, le préfet a également rappelé que des arrêtés pourraient également être pris autorisant les tirs dans le cas où des « individus déviants » seraient repérés, un peu comme cela se produit pour les chiens dangereux dans les quartiers sensibles. Cela étant, de l'avis des spécialistes, les comportements « déviants » des loups n'ont encore jamais été répertoriés comme tels en France : « Déterminer ce qu'est un comportement déviant suppose d'avoir convenu de ce qu'est un comportement « normal », prévient Eric Marboutin, ingénieur ONCFS, chef de projet en charge du suivi de la répartition nationale du loup et du lynx. Il n'y a pas à l'heure actuelle de définition admise pour la déviance chez les loups, comme cela existe pour les ours par exemple. Et encore : dans le domaine de l'ours, on parlera d'« ours à problème », mais pas d'ours déviant. » Le loup n'a plus qu'à bien se tenir...

Marianne Boilève

(1) Augmentation des plafonds selon le mode de conduite, financement à 80% du coût total de l'embauche du berger et possible cofinancement du ministère pour les équipements pastoraux dans les secteurs très fortement touchés malgré la protection.

 

2014 : un bilan loup catastrophique sur terredauphinoise.fr