Les éleveurs ovins défendent leurs agneaux
« On fait quoi quand le quota de 40 prélèvements sera atteint ? », interroge Cédric Miotton, éleveur à Saint-Martin-de-la-Cluze, qui a vu le loup passer à 80 mètres de chez lui. Le loup était très présent lors de la réunion des éleveurs ovins isérois qui s'est déroulée à l'abattoir de Grenoble le 13 mars dernier. La recrudescence des attaques doublée du nouveau Plan loup met chacun sur les dents. L'année écoulée a été intense : 223 constats, 715 victimes, 134 tirs de défense octroyés, « mais aucun loup tué officiellement en Isère », constate Sylvie Fanjat de la FDSEA Isère. Le Trièves et le Vercors, sont les territoires les plus touchés, ainsi que Belledonne.
Le nouveau Plan loup autorise les tirs de défense avec usage d'une arme à canon rayé (pour les troupeaux protégés). Ces tirs qui peuvent étre létaux, sont demandés par les éleveurs à partir du moment où le loup dérange un troupeau. Les formations au permis de chasser proposées par la FDSEA Isère cet hiver ont attiré plus d'une vingtaine d'éleveurs désireux de participer aux tirs de défense. Ils n'avaient pas forcément d'appétence pour la chasse, mais nécessité fait loi. Si le permis est valable à vie, en revanche, il convient de le faire valider tous les ans et il en coûte environ 170 euros.
Conditionnalité des indemnisations
Une des mesures du nouveau Plan loup qui hérisse le plus les éleveurs est la conditionnalité des indemnisations à la protection du troupeau, une conditionnalité, qui de plus, peut être différenciée en fonction des territoires. La FNSEA, qui défend le « Zéro attaque », est fortement opposée à ces mesures. Par ailleurs, les éleveurs dénoncent la lenteur avec laquelle sont opérés certains constats. Certains ont attendu jusqu'à cinq jours avant qu'un garde n'arrive, laissant toutes ses chances à la bête tuée de se putréfier et rendant toute identification impossible.
En 2017, le loup a coûté plus de 14 millions d'euros : dix millions au titre des mesures de protection et quatre millions pour l'indemnisation des bêtes perdues. Si les éleveurs ovins partagent l'idée que la plupart des loups en France sont le produit d'une hybridation, ils redoutent que l'argument ne se retourne contre eux et ne les prive d'indemnisations. Sylvie Fanjat rappelle l'existence de plusieurs sites pour accompagner la problématqiue loup. Les éleveurs face au loup est un site informatif très complet, celui de la Dreal Auvergne Rhône-Alpes permet d'accéder aux informations et données administratives, enfin, la Fédération des alpages de l'Isère a mis en place une carte interactive des attaques et de la présence du loup.
Lever le frein de la découpe
Le deuxième temps de la rencontre a porté sur les circuits de valorisation de la viande ovine, à travers la coopérative Agneau du soleil basée à Sisteron et la démarche Viande agropastorale développée en Isère. Les deux circuits sont sans commune mesure mais appartiennent aux éleveurs.
Sur 140 000 bêtes abattues par Agneau du soleil, plus de la moitié sont sous label : Agneaux de Sisteron, agneaux de l'Adret et Bio. Un ramassage des bêtes est organisé dans les 14 départements irrigués par la coopérative, qui emploie 34 personnes sur quatre sites et dégage un chiffre d'affaires de plus de 21 millions d'euros. Les tarifs présentés par Eric Greffe-Fonteymond, administrateur, sont de 6 euros kg/carcasse garantis pour de l'agneau sous label et une plus-value allant de 20 centimes à un euro. L'agneau standard est à 5,5 euros kg/carcasse. Si les agneaux manquent en fin d'année, en revanche on constate un décalage entre la production et la consommation, cette dernière étant en repli de 10% depuis quatre ans. « Ce qui bloque, c'est la découpe », regrettent les éleveurs ovins. Ce déficit de service est un réel frein à la vente directe d'agneaux. La question du rendement de la découpe d'agneau est au cœur des préoccupations des éleveurs. Ils cherchent de nouvelles manières de transformer cette viande.
Agneau d'alpage
C'est dans ce contexte de recherche de la valorisation de la viande d'agneau, notamment à la descente d'alpage, qu'est née l'association de viande agropastorale, il y a un an et demi. L'agneau d'alpage est consommé entre le 15 août et le 15 octobre après avoir été nourri au lait et à l'herbe et être resté 50 jours en alpage. « Le bassin de consommation est local », rappelle Roland Bouvier, le président de l'association. Les abattoirs mobilisés sont ceux de Grenoble, La Mure et Bourg-d'Oisans. Le prix proposé est de 7,65 euros départ ferme pour un agneau vendu à 10 euros à la boucherie. Les autres agneaux, en dehors de la période de descente d'alpage, sont vendu 9,50 euros en boucherie, soit un euro de plus que ceux de Sisteron et deux fois plus chers que de la viande irlandaise. Ce qui pose aussi la question des coûts de production, très variables d'un système à l'autre.
Les éleveurs proposent plusieurs pistes pour que la viande d'agneau revienne sur les tables : éduquer les jeunes bouchers dans le cadre d'interventions dédiées, travailler en local avec les Eleveurs de saveurs iséroises comme c'est le cas pour l'Agneau d'alpage, démarcher les comités d'entreprises, la RHD, s'appuyer sur le pôle agroalimentaire, participer à des manifestation etc. « Nous ne sommes pas bons en termes de commercialisation », reconnaît Roland Bouvier.
Isabelle Doucet
Visite
Un outil d'abattage au service des éleveurs
Certains visitaient l'abattoir de Grenoble pour la première fois. Eric Rochas, le président du Pôle viande coopératif, qui gère l'outil d'abattage, a fait état des investissements réalisés sur le site pour sa modernisation, son redimensionnement et l'amélioration du bien-être animal.Il a répondu aux nombreuses questions des éleveurs ovins intéressés par la nouvelle salle de découpe qui sera livrée d'ici à la fin de l'année. Agréée bio, elle ne peut pas être louée, mais deux personnes ont été recrutées, notamment pour la mise sous vide. Les éleveurs souhaiteraient des sacs renforcés, qui ne se percent plus lors des manipulations, notamment de cotelettes. La saucisserie va monter en puissance. L'abattoir dispose d'un agrément pour fabriquer des merguez, des chipolatas et de la viande hachée assaisonnée. Les produits ne peuvent être transformés qu'avec la matière apportée par les éleveurs.
Le responsable de l'établissement renouvelle sa demande auprès des éleveurs d'annoncer leurs bêtes afin d'organiser les conditions d'abattage et de découpe (demi ou quart de bête). « L'abattage rituel ovin est effectué le lundi, si les bêtes ne sont pas annoncées, cela ne sera pas possible car c'est un intervenant extérieur qui le pratique », ajoute Eric Rochas. La fête de l'Aïd, qui aura lieu pendant l'été, étant toujours une période d'activité soutenue, l'abattoir assure qu'il conservera des créneaux pour les éleveurs qui font abattre régulièrement leurs bêtes à Grenoble. Ils peuvent aussi prêter main-forte sur certains postes de travail à ce moment-là.