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Alpages

Les éleveurs s'interrogent sur leur présence en montagne

La rentabilité économique de la présence de troupeaux en montagne taraude de plus en plus les transhumants. Ils y croient encore, mais pour combien de temps ?
Les éleveurs s'interrogent sur leur présence en montagne

La journée annuelle des alpagistes sert à ça : tisser des liens entre des acteurs économiques de la montagne qui, par leur métier, n'ont pas souvent l'occasion de se voir, et faire le point sur les sujets communs. Le rendez-vous fixé cette année sur l'alpage du col du Coq le 8 août, a bien rempli ce rôle. La particularité de cet alpage fréquenté seulement par trois éleveurs, mais quand même par plus d'un millier d'ovins, a la particularité de se trouver en partie sur le territoire d'un espace naturel sensible (ENS). La gestion des lieux est donc partagée entre le parc naturel régional de Chartreuse, la LPO (1) et la FAI (2). Des approches techniques, agropastorales et territoriales s'y rencontrent et doivent trouver un équilibre. Nathalie de Yparraguirre, représentante du conseil général au titre des ENS rappelle que les 200 hectares de cette zone sensible comportent une multitude de milieux propices à la présence d'une flore variée et caractéristique, ainsi qu'à certaines espèces d'animaux dont le tétras-lyre. « Les prairies fauchées ou pâturées sont importantes pour l'entretien de ce paysage et la présence de ces espèces. Il est donc nécessaire de discuter en amont ». Car outre la cohabitation, complètement naturelle, entre l'environnement sensible et les éleveurs, il est nécessaire de gérer la présence touristique, importante en raison de la proximité de Grenoble. « Rien n'est imposé, mais discuté, pour que chaque sujet soit approprié par chacun des acteurs, résume Bruno Caraguel, directeur de la FAI. « La loi de 1985, en créant les ENS, a fixé deux objectifs : préserver un patrimoine naturel et l'ouvrir au public, mais sans que cela compromette le premier » avance Nathalie de Yparraguirre. D'un autre côté, il est également nécessaire de veiller à la compatibilité avec l'activité pastorale. « Il peut arriver que nous soyons obligés de parquer les bêtes quand la fréquentation est trop importante dans la journée », témoigne Philippe Veyron, président du groupement pastoral.

Fromages et viande d'alpages

Cet alpage, exclusivement ovin depuis 1971, avait été auparavant laitier. « Nous sommes de plus en plus sollicités pour favoriser une relance laitière en alpage », avance Bruno Caraguel. En attendant, une option économique nouvelle pourrait prendre forme avec la mise en place d'une filière agneau d'alpage, dont un premier essai a été tenté l'an dernier. La réponse, même partielle, semble prometteuse. Les agneaux, nés au printemps et nourris exclusivement d'abord au lait maternel, puis à l'herbe d'alpage, sont abattus avant de redescendre. Les bouchers pourraient être intéressés. L'expérience va se poursuivre cette année, avec une formation au tri en alpage par les éleveurs eux-mêmes, pour que les bêtes correspondent aux attentes des professionnels de la viande, (épaisseur du baron et du gras, s'il y en a, ce qui n'est pas évident pour des bêtes qui gambadent dans les montagnes). Le tri effectué va être analysé ensuite à l'abattoir, puis la viande sera dégustée auprès du public à la foire de Beaucroissant.

« L'intérêt est de faire reconnaître l'intérêt économique de cette filière, non seulement pour l'équilibre des exploitations, mais également pour défendre les alpages vis-à-vis du dossier loup », poursuit le responsable de la FAI. Car ce dossier a été inévitablement évoqué au cours de la rencontre. D'abord pour saluer la réactivité de chacun dans le véritable drame du dérochage de Lavaldens (380 brebis tuées) « provoqué vraisemblablement par le loup ». 25 tonnes de brebis mortes ont été retirées grâce à une quarantaine de rotations d'hélicoptère. Joli budget à mettre sur le compte du prédateur. « En 24 heures, grâce à la mobilisation des agents de l'ONF, la DDT, l'ONCFS et de bénévoles, les lieux étaient nettoyés », rappelle Bruno Carraguel. Christophe Moulin de la FAI, souligne que les prédations et le nombre de victimes ont doublé par rapport à 2013 et que « le mois de juillet n'a connu que sept jours sans attaque ». Et pas beaucoup plus sans pluie. Drôle d'année.

 

(1) Ligue de protection des oiseaux

(2) Fédération des alpages de l'Isère

Jean-Marc Emprin

Ne pas rater les Paec

Les zones de montagnes sont complètement concernées par la disparition prochaine de la PHAE et des MAET et leur remplacement par les Paec. « Il va y avoir une co-rédaction de ces projets par les élus, les éleveurs, les représentants de la protection de la nature », explique Bruno Caraguel. « Sans PHAE, beaucoup de groupements pastoraux n'auraient pu embaucher des bergers, poursuit-il, ce qui montre l'importance d'un relais en la matière ». Dans le secteur Valbonnais, Beaumont Trièves Matheysine, le conseil général aide les acteurs locaux à porter le projet et à l'élaborer, compte tenu de l'urgence à rendre le dossier. En Chartreuse, le parc naturel régional va se porter candidat pour sa gestion sur l'ensemble de son territoire. « Il y a une réflexion sur la définition de zone d'intérêt local, explique Laurent Fillion, de la chambre d'agriculture de l'Isère, permettant de prendre en compte le maximum de surfaces. ». Une réunion avec les professionnels agricoles doit avoir lieu le 27 août à Saint-Laurent-du-Pont pour approfondir cette démarche. « Il est important que les élus et les agriculteurs participent à ce type de rencontre », insiste Bruno Caraguel.
JME