Les entrepreneurs suscitent le dialogue
« Il faut se parler », c'est la conclusion à laquelle sont parvenus les entrepreneurs du territoire (EDT) et leurs partenaires collecteurs de céréales, lors de leur assemblée générale à La Côte-Saint-André le 7 février.
Courtes moissons
Car aujourd'hui les récoltes deviennent de plus en plus contraintes. « Les moissons d'été en céréales à paille duraient trois semaines il y a quelques années, seulement 8 à 10 jours aujourd'hui », explique Martine Perrin, la présidente renouvelée des EDT. Avec des surfaces constantes, voire en augmentation quelquefois, ce goulot d'étranglement devient de plus en plus fin. Les entrepreneurs de travaux agricoles font leur maximum et essaient de répondre à toutes les demandes mais les contraintes sont énormes. Déjà dans le transport en lui-même, car lorsqu'ils laissent des bennes aux champs que l'agriculteur remplit lui-même, aucune pesée n'est réalisée sur place. Il peut y avoir des dépassements de poids total roulant. Il faut beaucoup d'expérience pour savoir si une benne est surchargée ou non, car cela dépend du poids spécifique du grain et donc varie quasiment à la parcelle. Un entrepreneur a témoigné de son expérience malheureuse dans laquelle il a eu la moitié de sa flotte de camions immobilisée et de grosses amendes en raison de ce dépassement de tonnage. « Il faudrait du matériel plus nombreux, estiment plusieurs voix, dans la mesure où les moissonneuses-batteuses sont plus performantes qu'auparavant. » Un hectare de blé est souvent moissonné en 20 minutes dorénavant.
Ouvrir les portes
Le démarrage de la collecte est toujours source de stress pour l'ensemble des acteurs concernés. Comme un fait exprès, elle devrait démarrer toujours un week-end. Beaucoup s'amuse du constat mais il est réalisé par nombre d'entre eux. « Du coup quand on veut commencer à moissonner et livrer au collecteur, on se trouve souvent devant un portail fermé. On perd souvent deux jours », explique l'un d'eux. « On pourrait faire des réunions de bout de champ pour décider du début de la récolte en incluant les collecteurs », avance un responsable. Cela semble simple mais encore fallait-il le dire. « Le facteur clé est la météo, avance Michel Payre, collecteur dans le voironnais, adaptons nos ouvertures de silos à ces contraintes ».
Si deux jours peuvent être gagnés, il n'en reste pas moins que les récoltes arrivent de manière de plus en plus concomitante. « La Dauphinoise essaie de trouver le juste milieu, l'équilibre parfait entre réduction du coût des silos et service maximum aux coopérateurs, explique l'un de ses représentants. La décision a été de conserver le flux et les capacités, donc de ne pas fermer des silos. »
Pour étaler les arrivées, certains préconisent un ramassage un peu plus tôt dans la matinée, à partir de 10 heures au lieu de midi, même si cela a une petite incidence sur le degré d'humidité du grain. Mais la fluidification de l'organisation découlera de ces petits gestes. Des réunions techniques et de nouvelles façons de travailler devraient être fixées avant la prochaine saison, chacun étant bien conscient que c'est la grande qualité des récoltes départementales ou régionales qui est source de valeur ajoutée dans l'océan de production mondialisée.
Pas de carburant vert
Ces mises au point de fonctionnement étant évacuées, Marine Perrin s'est élevée contre une réforme envisagée sur les carburants. A la demande d'un « petit syndicat de travaux publics », un texte prévoit d'ici l'été l'obligation de mettre en place une troisième cuve de carburant, le vert, pour les travaux de manutentions réalisés par les entrepreneurs des territoires. Un carburant qui devrait être mis et remplacé selon le travail en cours, dont la nature peut varier successivement au cours de la journée. Un système inapplicable en l'état selon le syndicat des EDT qui demande son report au moins au 1er janvier 2021. La présidente départementale fait cependant remarquer que « cette réforme est temporaire car tout sera unifié en 2022. Les investissements demandés le sont pour un an et demi et constituent des contraintes improductives ».
Un point qui réjouit les entrepreneurs du territoire est le non-retour aux 90 km/h sur les routes départementales, « car cela nous aurait obligés à ne plus les emprunter », estime Martine Perrin. Car des zones sans dépassement auraient été créés, ingérables pour les tracteurs de remorque face à la circulation. Mais le sujet a le don d'énerver Jean-Pierre Barbier : il qualifie de « d'ignominie » la manœuvre du Premier ministre qui a entouré « le retour au 90km/h de telles conditions qu'il était impossible dans le département de les réinstaurer sans faire peser de lourdes responsabilités sur les épaules de la collectivité et de son président ».
Jean-Marc Emprin
Transition
Les statuts du syndicat des Entrepreneurs du territoire ont évolué et prévoient désormais un 1er vice-président. « Celui-ci sera le bras droit du président (de la présidente en l'occurrence, Martine Perrin étant réélue pour trois ans). Ce fonctionnement permettra d'éviter les difficultés administratives dans la gestion quotidienne du syndicat ». Il palliera ainsi les absences de la présidente, membre également du bureau de la fédération nationale des EDT. Le titulaire de ce poste est Maël Dallay, jeune entrepreneur de Poliénas, dont le père, Gérard, a longtemps été un membre actif du syndicat des EDT, un temps même vice-président.Maël Dallay est destiné à prendre les rênes du syndicat à la suite de Martine Perrin qui « ne devrait pas mener son mandat jusqu'au bout ».
JME