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Fruits

Les fraises prennent de la hauteur

Arboriculteur dans le pays roussillonnais, Guillaume Thevenas a investi dans une serre multichapelle pour cultiver des fraises hors-sol et abandonner la culture plein champ.
Les fraises prennent de la hauteur

Première année de fraises hors-sol et dernière année de fraises plein champ. La SARL du plateau de Louze, à Saint-Maurice-l'Exil, a opéré un grand virage technique en optant pour la culture de la fraise sous serre et en hauteur. Guillaume Thevenas, qui est associé sur l'exploitation avec sa mère Françoise, en avait assez de voir plus d'herbe que de fraises dans ses champs. « Cela revenait à 800 heures de main-d'œuvre en perte sèche par saison, rien que pour arracher l'herbe. De plus, les volumes étaient minables, on gaspillait de la marchandise et tous les ans, on subissait des aléas climatiques. Tous les voisins sont déjà passés en hors-sol et leurs fraises sont très belles ». Le producteur a pris la décision en janvier 2013. Au mois de juillet de la même année, la serre multichapelle de 8 000 m2 est sortie de terre et au mois d'août, les fraises installées. En 2014, la récolte a pu commencer un mois plus tôt. « C'est plus facile pour la gestion de la main-d'œuvre. Le ramassage s'effectue uniquement le matin, à l'aide de chariots équipés de plateaux et de barquettes », mentionne Guillaume Thevenas. Les gouttières, où poussent les fraises, sont suspendues à 1,35 mètre du sol. La cueillette a donc lieu debout, épargnant désormais les genoux des saisonniers.

6 500 mètres de fraises

Les exploitants ont fait appel à un concepteur du Lot-et-Garonne. La serre compte huit arceaux de 8 mètres et se déploie sur 136 mètres de long. Le foncier, acquis de haute lutte, a été utilisé au maximum. La structure dispose d'ouvrants asymétriques, équipés de filets anti-insectes avec une ouverture vers l'intérieur pour éviter les dégâts en cas de grands vents. Couverte d'une bâche tendue, elle est également renforcée pour supporter la neige. Dessous courent 6 500 mètres linéaires de fraises sur des gouttières réalisées à base de chutes de tôles peintes issues de la fabrication automobile. Les fraises sont irriguées par un goutte-à-goutte géré par une station informatique qui contrôle aussi l'apport d'engrais intégré et l'ouverture des ouvrants, en fonction des informations délivrées par les capteurs placés dans la serre. Pour la première année de mise en culture, l'exploitant a choisi une variété de printemps facile à conduire et non remontante, la Darselect « parce qu'elle a un bon comportement en serre et hors-sol et qu'elle est appréciée des consommateurs ».

Investissement d'avenir

Guillaume Thevenas, a investi 300 000 euros pour réaliser cette structure, visant un amortissement sur 10 ans. Le financement est uniquement assuré par un emprunt bancaire. L'exploitant n'a reçu aucune aide. A 36 ans, arrivé au terme d'emprunts importants, il a choisi d'investir pour les 20 prochaines années. Il lui importe avant tout d'aller de l'avant dans un métier où la concurrence est rude. Une meilleure maîtrise des productions, une plus grande visibilité sur son travail : le producteur espère tirer 700 grammes par plant et arriver à une production de 40 tonnes hors-sol au terme de la saison, c'est-à-dire autant que sa production plein champ, mais avec de meilleurs rendements. Il vend ses fraises entre 3,20 et 3,40 euros du kilo. Ses clients sont de petites unités ou des semi-grossistes, des courtiers et des expéditeurs - qui représentent plus de 60% de son chiffre d'affaires, lequel s'élève à 850 000 euros - et la grande distribution. La vente directe ne représente que 1% de son exercice. L'entreprise emploie deux salariés permanents et une équipe de saisonniers représentant 13 équivalents temps plein, de mai à octobre. Guillaume Thevenas et son père, qui donne encore un coup de main, assurent toutes les livraisons, notamment jusqu'à la plateforme de Chanas. La SARL est équipée d'un 19 tonnes et de fourgons.

Isabelle Doucet

 

Arboriculteurs /

Diversité des productions

La fraise demeure une production parmi les autres de la SARL arboricole du plateau de Louze. La famille Thevenas dispose d'une SAU de plus de 100 hectares répartis dans un périmètre de 5 km et sept communes à la ronde, avec des parcelles homogènes. Le verger est composé de 18 hectares de pêches, 10 hectares d'abricots bergeron, deux hectares de prunes (d'été et bleue Stanley) et de 27 hectares de pommes. La diversité des productions assure la stabilité des revenus de l'exploitation. « L'an dernier, nous avons eu de bonnes productions en pêches et abricots », reconnaît Guillaume Thevenas. 2014 sera-t-elle celle des fraises et des cerises ? Pour l'heure, l'arboriculteur entend arracher ses derniers cerisiers qui assuraient une production tardive de burla. « Mais nous ne sommes plus à la pointe », reconnaît-il, même si la cerise réclame peu d'entretien. Il prévoit également d'arracher des abricots victimes de maladies et de renouveler son verger vieillissant de pêches. « La difficulté est de trouver des variétés adaptées à la région », explique-t-il. Les agriculteurs ont également mis un terme à la production céréalière en 2009 (45 hectares). « Nous avons baissé en chiffre d'affaires mais le bénéfice est resté le même », plaisante l'exploitant. Toute l'exploitation est conduite en agriculture raisonnée. « J'emploie toutes les alternatives pour éviter les traitements dans les vergers, » assure l'exploitant. Enfin, trois de ses productions - pêches, abricots et pommes - portent la certification de sécurité alimentaire Globalgap requise par les grandes surfaces européennes.
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