Les fruits se font label
A perte de vue, des abricotiers. Au-dessus de la tête, des filets para-grêle. Dans le sol, un système en ferti-irrigation. Développée en 2012, cette parcelle d'abricotiers est à l'image de la gestion d'exploitation de Jérôme Jury : technique. « On a une ligne en goutte à goutte de chaque côté de l'arbre pour avoir une pression et une répartition homogène. Cela permet aussi de réduire les apports d'azote en les apportant au pied de l'arbre », explique l'arboriculteur aux détaillants et grossistes lyonnais venus visiter son exploitation, le Val-qui-rit à Saint-Prim. Elle est composée de 41 hectares d'abricots, 12 ha de pommes, 7 ha de fraises et 2 ha de cerises, vendus en direct dans plus de 40 magasins.
Après une tentative en bio qui s'est soldée par une perte de rendement nette, l'arboriculteur s'est tourné vers le label Haute valeur environnementale (HVE), créée en 2012 par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. « La logique HVE prend en compte tout le fonctionnement de l'exploitation et non pas uniquement la méthode de culture. Sur une liste de plus de 250 critères, on doit en respecter la moitié répartie sur les quatre thématiques : biodiversité, gestion de l'eau, fertilisation et les produits phytosanitaires », explique-t-il. A voir les nichoirs en bordure de parcelle, la biodiversité est prise en compte. L'arboriculteur a plus de 850 nids sur son exploitation, une vingtaine par hectare pour les mésanges et 4 à 5 nichoirs par hectare pour les chauves-souris. « Et depuis 3 ans, je me suis relancé dans l'apiculture. Mes ruches sont dans les vergers. De quoi prouver que les produits que j'utilise sont respectueux des insectes auxiliaires », avoue-t-il.
HVE niveau 3
Le label HVE s'obtient par étape : le niveau 1 équivaut au respect des normes environnementales, le niveau 2 à une obligation de moyens dans les quatre thématiques et le niveau 3 une obligation de résultats. L'exploitation de Jérôme Jury est en niveau 3, « cela donne le droit d'apposer le logo du label sur les produits. »
La démarche semble bien lancée mais l'arboriculteur n'oublie pas pour autant le goût du produit. Afin de se démarquer sur le marché de l'abricot, il a opté pour le Label Rouge. « Il y a une vraie attente sociétale en termes de qualité du produit », confirme-t-il. Dans les faits, la démarche Label Rouge inclut l'optimisation du calibre des fruits en passant de 2 500 fruits par arbre à 1 000 fruits par arbre. De plus, il faut respecter des délais courts entre la récolte et l'arrivée sur le marché. Les fruits sont ensuite analysés quotidiennement pour respecter leur teneur en sucre ou encore la fermeté du fruit. Toutes ces démarches demandent à ses salariés plus d'observation et d'attention envers les produits.
Selon lui, il est important de se différencier pour apporter une valeur ajoutée au produit. « Dans les marques distributeurs, on exécute et on perd notre identité. On va laisser du monde sur le bord de la route mais il faut faire évoluer nos méthodes de travail », confirme l'arboriculteur.
Pari sur l'avenir
Jérôme Jury prend ainsi un pari sur l'avenir, soutenu par ses fils prêts à prendre la relève. Car ce mode de fonctionnement a un coût et l'entreprise essuie deux années de déficit. « Je pense être dans le vrai mais peut-être que je suis allé trop vite », analyse-t-il. Pour lui, le problème est ailleurs. « Les agriculteurs font le travail mais ne le communiquent pas », déplore-t-il. Autour de la table, les détaillants et grossistes lyonnais expliquent leurs difficultés à présenter les labels et le produit aux clients venus souvent demander « du bio », ou à l'inverse le prix bas. La majorité des acteurs présents n'avait jamais entendu parler du label HVE.
Virginie Montmartin
En exergue : « Dans les marques distributeurs, on exécute et on perd notre identité.