Les Gamins de la butte : de la comédie à la vraie vie
Concentrés, le regard farouche, les CE2-CMI de Sandrine Malexieux, enseignante à l'école de la Plaine, entonnent leurs chansons, sans l'ombre d'une hésitation. Marie-Véronique Beck, l'intervenante musique de la ville, les guide d'un geste de la main ou d'un simple froncement de sourcil. A peine plus. Rôdés à l'Ecole du spectateur depuis le CP, les comédiens en herbe comprennent, ajustent, recommencent. Sans se lasser. Ils connaissent leurs textes et leur déplacement par cœur. Et si l'un d'entre eux s'avise de faire le pître, la maîtresse, l'œil aux aguets, lui tombe dessus, impitoyable.
La vie en noir et blanc
A deux semaines de la générale, les élèves des cinq écoles saint-marcellinoises qui participent au projet sont enfin prêts. Leur aisance et leur autonomie sont le fruit d'un patient travail mené depuis le début de l'année scolaire. Chaque semaine, ils se glissent dans la peau de ces Gamins de la butte, dont ils vont chanter la vie aventureuse et dangereuse le 17 mai prochain sur la grande scène du Diapason. Au début, ça n'a pas forcément été simple : le Paris des années 1900, que la plupart voyaient en noir et blanc, ne disait pas grand chose à ces enfants du XXIe siècle. Comment imaginer leurs semblables vivant dans les rues, sans télé, ni ordinateur, ni basket ? Pourtant, à force de travail sur l'Histoire, la langue, la musique ou les droits de l'enfant, les élèves ont fini par s'approprier cette époque lointaine, pleine de promesses et d'inventions, qui rêvait de « la machine à pain qui nourrira les crève-la-faim ». Les aller-retour entre le Paris de 1900 et la société d'aujourd'hui ont permis d'établir des connexions et des parallèles riches d'enseignements. « Nous avons parlé des ordinateurs et des réseaux sociaux qui sont censés nous relier, mais qui ne crée que du repli sur soi », explique Marie-Véronique Beck.
Confiance
Avec le recul, l'intervenante constate avec bonheur les bénéfices de l'enseignement musical, surtout lorsqu'il est associé à un projet de spectacle interdisciplinaire comme Les Gamins de la butte : « Je travaille depuis plusieurs années avec les mêmes enfants : on se rend compte des automatismes qu'ils acquièrent et vont bien plus loin que le simple fait de chanter ensemble. Ils apprennent à s'écouter et à respecter le travail de l'autre. » Et comme la recette fonctionne plutôt bien, les porteurs du projet, soutenus par la Ville, ont choisi de leur faire confiance jusqu'au bout : ce sont les enfants qui ont fait les costumes du spectacle (avec l'aide des résidents du foyer le Riondel et les élèves du lycée Bellevue) et réalisé les décors, notamment durant les activités proposées pendant le temps périscolaire. Un travail d'équipe, fédérateur, qui a permis aux enfants de différents quartiers de se connaître. Et convaincu les parents de venir au théâtre...
MB