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Tourisme

Les gîtes de France ont 60 ans

En Isère, les premiers gîtes sont apparus en 1956. Depuis, le réseau associatif d'hébergement en milieu rural s'adapte aux évolutions de consommation tout en préservant son exigence de qualité d'accueil.
Les gîtes de France ont 60 ans

« L'initiative revient à Albert Genin, responsable syndical Isérois*. Il avait rencontré le sénateur Emile Aubert, des Hautes-Alpes qui l'avait convaincu de lancer la formule des gîtes ruraux, se remémore Antoine Pupier, premier président des gîtes de France Isère. Il m'a demandé, en raison de mes responsabilités au Cercle de JA, si je voulais assurer le lancement du relais des gîtes ruraux pour l'Isère.» Les premiers gîtes ruraux de l'Isère voient le jour en 1956 dans l'Oisans. « Albert Genin était de Saint-Pierre-de-Mésage et pensait que la formule d'accueil des citadins en milieu rural devait se faire en montagne, poursuit Antoine Pupier. L'esprit qui motivait les anciens était de créer des liens entre les agriculteurs et les citadins pour une plus grande connaissance entre les deux milieux. Il s'agissait aussi de créer des ressources supplémentaires pour les agriculteurs de montagne et aussi de permettre d'aménager des bâtiments dans un souci de conservation du patrimoine. » Le réseau isérois s'est rapidement étoffé. Le premier président insiste sur l'appui apporté par les services du Génie rural pour la création de gîtes et la structuration du réseau, ainsi que sur le soutien du Crédit agricole auprès des propriétaires. Le ministère de l'Agriculture avait aussi mis la main à la poche pour favoriser la création des hébergements touristiques ruraux. « Le dispositif a suscité un vif intérêt chez les agriculteurs. Des liens d'amitié se sont créés entre les agriculteurs et les familles », insiste Antoine Pupier.

L'eau courante

L'enjeu, à l'époque, était de se faire connaître. « Internet n'existait pas, plaisante l'ancien président. Avec la Fédération nationale des gîtes ruraux, nous éditions un annuaire que nous diffusions avec les offices de tourisme. » Il se souvient aussi de la très forte implication des propriétaires au sein du conseil d'administration pour animer le réseau et sourit des évolutions en termes de confort d'accueil. Certes, les gîtes ont toujours eu une charte, mais il y a 60 ans, elle requérait uniquement l'eau courante, des sanitaires et des murs à minima blanchis à la chaux... ainsi qu'un chauffage en zone de montagne.
Quelques dizaines d'années plus tard, c'est le même investissement et le même goût du contact qui anime l'actuel président des gîtes de l'Isère, Philippe Riboulleau, propriétaire d'une maison d'hôtes à Lans-en-Vercors. « Pour créer un gîte, il faut être dans un territoire porteur, bien le connaître et avoir envie de le faire découvrir au profit de l'économie locale ». Le président insiste sur la qualité de l'accueil. « Il faut aimer les gens, aimer le contact. C'est ce qui fait notre différence. » A l'heure des plateformes et du tourisme en ligne, il met en avant la charte de qualité comme facteur positivement différenciant. « Il y a un côté normatif et contractuel. Ce n'est pas un simple site internet, mais la présence d'une équipe technique qui assiste les propriétaires, leur assure des formations, les renseigne sur la fiscalité, la règlementation. De plus, les avis des clients sont publiés au niveau du réseau. »
Forts de leur ancienneté, les gîtes de France ne cessent de s'interroger pour s'adapter. « Nous sommes dans un monde qui bouge très vite, reconnaît Philippe Riboulleau. Nous observons comment évolue la clientèle. Par exemple, dans le Vercors, la clientèle étrangère a disparu et la moyenne d'âge s'est élevée. Ce qui nous a incités à engager un travail dans ce secteur hyper historique. Nous avons par exemple mis en place un partenariat avec Euronordicwalk pour capter cette nouvelle clientèle qui pratique la marche nordique. Nous recevons aussi, depuis quatre ou cinq ans, des personnes qui font du trail. »

Multi-activité

En 60 ans, le président mesure le chemin parcouru par les Gîtes de France et leur apport à l'économie locale. « Nous sommes passés d'un revenu complémentaire pour les agriculteurs à une prestation touristique. La plupart des adhérents ne sont pas des professionnels, mais se sont professionnalisés pour répondre aux exigences de la clientèle », explique le président. Les agriculteurs représentent encore aujourd'hui 17% des loueurs. Philippe Riboulleau souligne combien le gîte rural est une des facettes de la multi-activité qui caractérise les systèmes économiques ruraux.
Enfin, il n'a aucun doute quant à la capacité d'adaptation des gîtes, aux courts séjours, aux demandes de dernière minute, aux nouveaux concepts. « Il existe de nouvelles structures insolites comme les péniches, les cabanons, les roulottes. Il est indispensable d'être à l'écoute des modes de consommation, tout en gardant une notion de qualité et d'accueil chez l'habitant », ajoute Philippe Riboulleau, qui vient d'être élu président des Gîtes de France Rhône-Alpes. Sa mission principale est la construction du réseau en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Isabelle Doucet
Stratégie

Face aux plateformes communautaires

« Les Gîtes de France jouissent d'une certaine notoriété, mais pas plus. Elle leur sert dans la décision d'achat, lorsque le client doit faire un choix entre deux possibilités. En revanche, il y a une vraie concurrence sur l'accès à l'information », indique Nico Didry, enseignant à l'Université de Grenoble du master Stratégies économiques du sport et du tourisme (SEST) et spécialiste du comportement du consommateur. Aujourd'hui, même les seniors effectuent leur recherche par Internet. Et un réseau comme Gîtes de France ne peut se détourner des évolution du marché. « Nous observons une tendance forte qui est l'émergence des plateformes communautaires comme Tripadvisor, parallèlement au développement de nouveaux modes de vacances comme les échanges de maisons ou les clubs de vacances. Une offre s'est aussi développée en tourisme rural », note l'enseignant. Si bien que l'offre Gîtes de France se trouve aujourd'hui « noyée dans un ensemble de marques auquel le client a directement accès sur internet ». Nico Didry insiste : « Les grandes marques sont concurrencées par les marque des plateformes.» La stratégie consiste donc à rentrer dans ces plateformes, à la fois via le réseau, mais aussi de façon individuelle. L'enjeu étant le référencement dans les moteurs de recherche. Pour autant, le réseau des Gîtes de France peut encore compter sur ses deux points forts qui sont sa position de marque et son image de qualité.

 

*Albert Genin a été président de la FDSEA Isère, président de la chambre d'agriculture de l'Isère et vice-président de la FNSEA.