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Développement local

Les habitants, ces graines de territoire

Vivre, décider et agir ensemble : tel est le nouveau défi qu'élus locaux, habitants et acteurs économiques doivent relever pour œuvrer au développement intelligent de leur bien commun : le territoire.
Les habitants, ces graines de territoire

A l'heure du repli sur soi et de la défiance envers le politique, il peut sembler curieux, peut-être même vain, de parler d'intérêt collectif et d'engagement au service du bien commun. Pourtant les territoires ont besoin de fédérer toutes les énergies dont ils sont porteurs pour se développer et s'adapter aux attentes de leurs usagers. Car, face à la raréfaction des fonds publics et aux mutations territoriales en cours, la solution ne peut venir que du « renforcement du collectif ». C'est en tout cas l'idée que défend l'Unadel (1), qui organise des cycles de rencontres permettant aux acteurs locaux, qu'ils soient élus, entrepreneurs, militants associatifs ou simples habitants, d'échanger autour des initiatives et des bonnes pratique qui émergent ici ou là. Mi mars, à Vizille, le réseau a ainsi coordonné en partenariat avec la Caisse des dépôts, le CDDRA Alpes sud Isère et Cap rural (2) une « Rencontre Territoires » consacrée aux moyens d'« agir ensemble pour développer de nouveaux projets » territoriaux.

Citoyen porteur de projet

Derrière cet intitulé peu folichon, les organisateurs posent un quadruple constat et une question : il n'y a plus d'argent public, la concurrence est partout et l'économie mondialisée, les citoyens sont devenus des « consommateurs de biens et de services » et toute démarche s'avère d'une complexité folle. Dans un tel contexte, comment faire pour reprendre la main et développer des projets territoriaux ? C'est la question que se posent la plupart des élus locaux. « Chacun détient une partie de la solution, soutient Claude Grivel, le président de l'Unadel. Chacun constitue une ressource. Il n'y a pas de petits et de grands territoires. Il n'y a que des territoires en devenir qui ont besoin les uns des autres. »

Si l'on part de ce principe, de nouvelles perspectives se dessinent. Mais il faut que les acteurs locaux acceptent de se défaire de certains préjugés (envers les élus, les administrés, les entreprises, les associations...) et de travailler ensemble à construire « un territoire partagé, capable de s'adapter, d'évoluer, d'avancer ». Pas simple, mais pas impossible non plus. Aujourd'hui, tout le monde est un peu perdu, déboussolé, à commencer par les élus. « Ne peut-on pas profiter de cette période difficile pour réfléchir à ce à quoi on tient et ce qui fait notre bien commun ? », lance Claude Grivel, qui en profite pour rappeler qu'il serait intéressant de voir en chaque citoyen « un acteur, un porteur de projet et de sens commun ». Et non un « client ».

Nouvelles manières de faire

Une telle démarche ne peut aboutir qu'à une redistribution des rôles et des cartes. Les maires et les élus locaux deviendraient ainsi des « animateurs de communautés locales », chargés d'aider et de soutenir des initiatives de manière active, mais pas forcément financière. Mais encore faut-il, font remarquer certains élus, que l'on accepter de « faire monter nos concitoyens en compétence pour que chacun participe à l'élaboration des politiques publiques et la gestion du collectif ». Jean-Marc Trémoullet, co-président du CLD Grésivaudan, insiste sur la nécessité de « placer l'habitant au cœur de la réflexion » et voudrait qu'on « ramène du désir » envers l'action publique. Jean-Paul Biessy, du CLD Alpes Sud-Isère, remarque de son côté que « de plus en plus de gens participent aux réunions de décision », mais que, paradoxalement, à force d'être « tous derrière notre haie de thuyas, on a beaucoup perdu au niveau de l'action et de la vie collectives ». Est-ce si sûr ? Car, constate, Bernard Privat, co-président du même CLD, « il y a deux types de population : les générations qui n'ont jamais été intéressées par la démocratie participative et les plus jeunes », qui ont grandi avec. Et c'est souvent cette dernière qui veut s'investir et inventer de nouvelles manières de faire.

Les élus sont-ils prêts à de tels bouleversements ? Certains oui, d'autres non. Le cas de Saillans, dans la Drôme, est brandi comme un exemple réussi de « gouvernance collégiale et participative ». Le problème, soulève le maire de Lalley, Michel Picot, c'est que « certains élus préfèrent tenir l'habitant dans sa position d'électeur » et qu'inversement « certains habitants attendent tout de l'élu, du tout-puissant, du tout-sachant ». Dans le Trièves, à l'initiative d'un collectif de citoyens, « nous avons organisé des réunions pour expliquer le rôle de l'élu : ça a créé une émulation », explique en retour le maire du Percy, pour qui « la formation, ce n'est pas que celle de l'élu : c'est aussi la sensibilisation des citoyens ». Sans doute la première graine à semer pour qui veut mobiliser.

Marianne Boilève

(1) L'Union nationale des acteurs et des structures du développement local.
(2) Centre de ressources sur les pratiques et les métiers du développement local.
(3) Conseil local de développement.

 

 

Echanges d'expériences

L'Unadel est un réseau national qui rassemble des acteurs du développement local (collectivités, EPCI, associations, centres de ressources, élus et agents) agissant pour « la reconnaissance de territoires de projets comme creusets du développement ». En ce début de printemps, elle propose en Rhône-Alpes un cycle de quatre rencontres, « ancré sur les engagements et démarches de territoires particulièrement actifs ». Chacune est destinée à mettre en lumière les solutions apportées à des problématiques faisant l'actualité et l'avenir des territoires. A Vizille, il a été question de faire émerger de « nouveaux projets économiques, sociaux et culturels grâce à l'implication de toutes les forces vives du territoire ». Trois autres rencontres ont suivi ou vont suivre. L'une, à Grenoble, sur les complémentarités et les interdépendances territoriales, une autre sur les modalités de construction d'un nouveau territoire (une communauté de communes par exemple) à partir des dynamiques et des singularités locales et une dernière, programmée le 28 avril à Saint-Jean de-Maurienne, sur l'accessibilité des services aux publics.
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MB