Les horticulteurs et pépiniéristes jouent collectif
« Nous venons de passer des années difficiles avec la disparition de 20% des entreprises horticoles en France ces cinq dernières années ». Pour Dominique Bonnardon, président de la Fédération départementale des producteurs de l'horticulture et des pépinières (FDPHP), les professionnels du secteur doivent se serrer les coudes pour accéder aux marchés. C'est le but de la première édition du salon Isère végétal qui regroupe une dizaine de professionnels. Il prend le relais de Bièvre Végétal. « Nous sommes 69 producteurs dans le département mais beaucoup travaillent auprès des particuliers ou des jardineries. La cible d'aujourd'hui, ce sont les collectivités », explique-t-il. « Beaucoup de marchés nous échappent par les appels d'offres », raconte David Boully, horticulteur associé de la roseraie Félix. Près de 30% des végétaux plantés en France viennent de l'étranger. La FNPHP a donc développé une charte de l'achat local pour inciter les collectivités à favoriser la production française. Les horticulteurs et pépiniéristes doivent aussi faire face au risque de suppression du dispositif d'aide à l'embauche de travailleur occasionnel demandeur d'emploi (TODE). « Les travailleurs saisonniers sont déjà 37% plus chers que les Italiens, et 27% de plus que les Allemands », signale Dominique Bonnardon à l'adresse de Monique Limon, députée de l'Isère et Didier Rambaud, sénateur.
Une nouvelle stratégie
Pour Jérémy Vaudaine, de la pépinière Fougère-Vaudaine, c'est une question de stratégie. « Cela dépend des choix des élus des communes. En fonction du budget, certains privilégient les variétés locales, d'autres achètent tout à l'étranger via des plateformes. Aujourd'hui, on doit tout avoir dans nos pépinières pour être compétitifs ». Afin de favoriser ce regroupement, les organisations syndicales développent des outils numériques comme Végéstock. « C'est un catalogue des stocks des professionnels. Le but est de vous fournir aux alentours de chez vous des compléments de gamme pour répondre à la demande », présente Thierry Roy, de la FNPHP. Cet outil est complémentaire de Floriscope développé par l'interprofession française de la floristerie, de l'horticulture et du paysage Val'hor, à destination des professionnels du secteur et des collectivités. « C'est un outil de consultation de données scientifiques fiables, assorti de photos pour choisir et connaître les végétaux », précise Benjamin Pierrache, chargé d'étude chez Val'hor.
Privilégier le zéro phyto
Se regrouper peut être une solution, mais pour l'Union nationale des entreprises du paysage (UNEP), le problème viendrait en premier lieu des cahiers des charges des communes. « Les collectivités demandent du zéro phyto. Mais elles privilégient aussi le prix. Elles devraient demander des conseils en aménagement dès la conception du projet, explique Laetitia Dumas, les produits français sont plus chers à l'achat mais ils résistent mieux dans le temps. » La part du chiffre d'affaires du secteur envers le marché public est de 27,5%, à égalité avec les entreprises privées.
Entre les demandes des élus, l'UNEP et la FNPHP, les services des espaces verts des communes ont du mal à résoudre l'équation. « Je souhaite favoriser les entrepreneurs locaux car ils proposent des produits adaptés au territoire. Mais il y a une baisse des dotations, donc on doit sélectionner des projets rentables, efficaces et peu coûteux », explique le responsable des espaces verts de la ville de Rives. Il estime qu'il faudrait harmoniser les lieux où le zéro phyto est obligatoire afin d'éviter les exceptions comme les cimetières. Cela faciliterait les choix de produits et le respect de chaque cahier des charges.