Les JA, les pieds dans le parc
« Si on n'a pas la montagne, on est mort ». Pascal Ravix, éleveur ovin à Lans-en-Vercors est venu témoigner à la session montagne nationale des Jeunes agriculteurs à Méaudre. Disposant d'une dizaine de chiens de protection autour du troupeau collectif présent sur les hauteurs de la commune en été, il rencontre quelques difficultés lors du passage de plusieurs milliers de touristes dans l'alpage. « Le chien de protection est un problème : même s'il y a peu d'agression et de morsure, sa présence est polémique ». Sans chien de protection, il ne pourrait plus faire pâturer ses bêtes en montagne et son exploitation ne serait plus viable. Mais « le tourisme est l'économie numéro 1 dans le territoire », explique Jean-Luc Langlois, chargé de mission agriculture au parc régional du Vercors. Se pose la question de la place laissée alors à l'agriculture en montagne, et notamment dans les parcs nationaux et régionaux.
Le passage des touristes n'est pas le seul sujet sur la table. Les tirs de défense contre le loup sont actuellement interdits dans les cœurs de parcs nationaux et régionaux. Pour certains jeunes agriculteurs, la pilule a dû mal à passer. « Si les tirs sont interdits dans le cœur des parcs, il y a plus de loups et donc plus de chiens de protection. Si des personnes sont en faveur du loup, elles doivent accepter les chiens de protection. Il faut savoir aller au bout de sa démarche », argumente Edouard Pierre, référent loup chez les JA. Mais là encore, la réalité du terrain vient toucher un autre problème : la communication. « Le cœur de parc national est intangible et assimilé à un sanctuaire, explique Pierre Commenville, directeur du parc des Ecrins, Il y a une réputation du parc à tenir. On ne peut pas autoriser les tirs car il y aurait un problème de compréhension auprès du grand public ». Edouard Pierre est dubitatif... « Je ne comprends pas l'écologie qui vise à sanctuariser certaines zones. Pendant ce temps, dans d'autres zones, on refuse d'aider les agriculteurs mais on peut construire des remontées mécaniques... ça crée des déséquilibres écologiques ! ».
Code de la montagne
Aller dans le sens de l'opinion publique pose question à terme pour la préservation du territoire. « Idéologiquement, l'intérêt est le même pour vous et pour nous. On veut conserver le territoire, mais il y a un aspect culturel qui s'oppose à l'élevage. S'il y a un enfrichement du territoire, je ne veux pas qu'on dise que c'est la faute des agriculteurs », explique Bertrand Gerbet, des JA des Hautes-Pyrénées et membre du bureau national. Il faut donc informer la population du rôle de l'agriculture dans les paysages. « On peut informer les touristes au travers des hébergements de loisirs, de l'office du tourisme. Ceux qui sont difficiles à atteindre ce sont les péri-urbains qui pensent connaître la montagne et ne s'informent pas », déplore Pascal Ravix.
Randonnées, trails, VTT... le nombre de sorties et d'évènements de montagne explosent depuis quelques années dans les massifs. Le Vercors a donc créé un comité afin que les organisateurs d'événements sportifs informent à l'avance les acteurs locaux du tracé. Les éleveurs peuvent ainsi demander le changement du parcours si besoin. Mais quand c'est une famille en promenade ou un coureur isolé, c'est plus compliqué. « Les trailers, je les vois bien, ils se promènent au petit matin, et ça surprend les chiens de protection... c'est jamais bon un chien surpris », raconte Edouard Pierre. En 2019, le conseil départemental et les parcs régionaux devraient mettre en place un code de la montagne, déjà adopté dans les Pyrénées. Ces panneaux de signalisation pédagogiques visent à informer les gens grâce à une signalétique semblable à celle du code de la route. « Mais est-on sûr que chacun sait ce qu'est une zone pastorale ? », interroge Bertrand Gerbet, en montrant le panneau signalant la présence d'un alpage.
Accompagner et transmettre
Si la trentaine de jeunes agriculteurs présents est inquiète, c'est que derrière les incompréhensions des touristes, il y a des incertitudes sur le long terme. « J'ai un chemin privé pour faire passer mes bêtes mais souvent, malgré le panneau, les gens passent quand même. S'il y a un problème, qui est responsable ? », interroge un JA. « Si je ne peux pas me défendre face au loup alors que mon exploitation est dans le cœur d'un parc, cela devrait être le ministère de l'Ecologie qui prend en charge le financement des moyens de protection et non pas celui de l'Agriculture », argumente un autre. Sans oublier la question, certes éloignée pour l'instant chez les jeunes agriculteurs, de la transmission de l'exploitation. « Si des jeunes s'installent en cœur de parc, difficile qu'ils voient autre chose que des contraintes », explique un JA. « Il y a de moins en moins de gens qui veulent rester dans les territoires alors encouragez-les à rester. Nous, on ne demande que ça, que les parcs nous accompagnent », invite Vincent Bonnet des JA de Lozère.
Virginie Montmartin
Le plan loup précisé
Lors de la session montagne nationale des JA, les actualités du nouveau plan loup 2018 ont été abordées.
Lors d'une attaque de loups, la prise en charge et l'indemnisation des ovins s'améliorent selon les JA. Certains points méritent tout de même quelques précisions et ajustements. Pour la prise en charge des bêtes disparues, le nombre de bêtes à la montée et à la descente seront demandées. « Si l'écart entre les deux est supérieur à celui d'une mortalité naturelle, le reste sera considéré comme prédaté, si une attaque a été déclarée durant la période d'alpage », explique Edouard Pierre, référent prédation au sein des JA. Pour l'instant, le chiffre associé à la mort naturelle n'est pas encore défini et c'est un travail que mènera le syndicat.Le deuxième point abordé est la prise en charge des bovins. « Il y a un problème de reconnaissance du loup chez les bovins. Il faut que les traces de morsures au cou des bovins ne soient pas les seules preuves de prédation », confirme Edouard Pierre. Selon un des membres de la session, si une bête est blessée quand elle s'enfuit pour échapper au loup et qu'elle n'a pas été mordue, elle n'est pas prise en compte dans les bêtes indemnisées.Non protégeabilitéEn fonction des zones, les éleveurs estiment ne pas être logés à la même enseigne lors de la constatation d'une attaque. « Parfois, l'ONCFS se déplace 48 heures après l'attaque et ne font pas les prélèvements en signalant que le corps a été souillé », raconte un JA. « S'il y a un décalage dans les jours pour venir constater l'attaque, c'est à eux de gérer. Le doute est en notre faveur », explique Edouard Pierre. « S'il y a un problème avec un agent en particulier, vous pouvez nous faire remonter le secteur et les cas, c'est aussi le rôle du syndicat », confirme Bertrand Gerbet, JA des Hautes-Pyrénées et membre du bureau national. Dans le nouveau plan loup, la notion de « non protégeabilité des troupeaux » a été ajoutée. « Cette notion ne s'applique qu'aux zones faisant partie des fronts de colonisation du loup. Il est alors laissé le choix à l'éleveur de définir des périodes où le troupeau est difficilement protégeable », détaille Zoë Clément, conseillère environnement et prédation chez les JA. Si les mesures sont connues des habitués des attaques, elles sont difficiles à appréhender lorsqu'un éleveur est touché pour la première fois. « Au départ, on ne sait pas qui appeler ou contacter », confirme un jeune agriculteur.VM