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Engagement

Les jeunes, bonnes graines des territoires

Organisé depuis 15 ans par la MSA, l'Appel à projets jeune récompense des initiatives originales portées par des jeunes de 13 à 22 ans dans les douze territoires des Alpes du Nord. Les projets doivent concerner la culture, la santé ou le « vivre ensemble ».
Les jeunes, bonnes graines des territoires

Bonne nouvelle : les jeunes ne sont pas tous rivés sur leur smartphone ou leur page Facebook. Il en existe même qui s'engagent localement et s'impliquent dans leur territoire. C'est ce que révèlent les dossiers présentés dans le cadre de l'Appel à projets jeunes, un concours organisé chaque année par la MSA, qui récompense des projets soutenus et mis en œuvre par des jeunes issus des milieux ruraux. 

Pour être retenus, les projets doivent apporter un « plus » au territoire et présenter « une dimension solidaire ou/et reposer sur l'exercice de la citoyenneté des jeunes en tant qu'acteurs de leur vie et de leur territoire ». Le règlement précise que « les projets strictement événementiels » n'ont guère de chance d'être sélectionnés, sauf s'ils sont « sous-tendus par d'autres objectifs ». Rien n'empêche les candidats de soumettre au jury une proposition de pièce de spectacle ou de festival de musique, à condition de démontrer que la manifestion touche un large public et qu'elle peut avoir un impact sur le territoire. L'an dernier, l'association Electric Lowland festival avait ainsi convaincu le jury de sa volonté de « dynamiser [le] territoire » du Grand-Lemps et de « rassembler tous ses acteurs à travers un projet ambitieux et innovant », mêlant musiques électroniques, photographie, vidéo, graphisme, arts et danse.

Mélange des genres

« Avec le recul, on constate un certain mélange des genres, c'est assez sympa », témoigne Matthieu Payer, animateur des territoires à la MSA. Si la plupart des projets s'inspirent de la « culture jeune », certains affichent clairement leurs aspirations environnementales ou citoyennes. « Chez les ados, rien n'existe en dehors de leur téléphone, s'amuse Véronique Menant, co-directrice de la Maison des jeunes de Bourg-d'Oisans. Mais pour peu qu'on les motive et qu'ils soient encadrés, ils sont prêts à faire plein de choses ! » Comme réintroduire des ruches sur un territoire ou rénover le local d'une ONG pour pouvoir financer un parcours Free Run (gymnastique de rue), projet récompensé par la MSA l'an dernier.

Lors de la dernière session, trois jeunes Trièvois ont remporté le premier prix (2 500 euros) avec un projet de formation et de sensibilisation des jeunes aux gestes de premier secours. « Nous habitons un territoire très vaste, assez isolé : il faut 40 minutes aux pompiers pour atteindre certains sites, explique Diane Applanat, la présidente de l'Association Jeune Trièves. Si les gens sont formés aux premiers secours, ça peut permettre de sauver des vies. C'est pour cela que nous avons pensé à former le plus de jeunes possible pour que ces jeunes puissent à leur tour former d'autres personnes. » Cette dimension d'esssaimage, qui conditionne la pérennité d'une action dans le temps, a beaucoup plu au jury du concours. « Nous avons apprécié l'aspect pépinière de ce projet, confirme André Villard, président du comité de territoire Sud Isère. Si l'on regarde les propositions sur quinze ans, ce qui me frappe, c'est qu'aujourd'hui les projets fédèrent des jeunes. Au début, il n'y avait pas ce côté essaimage. C'était des actions plus perso... »

On retrouve une envie comparable d'aller vers les autres à travers de multiples projets, comme celui présenté il y a quelques temps par des élèves du lycée agricole de La Motte-Servolex qui ont souhaité faire découvrir l'agriculture à travers les cinq sens. Cette année, une petite (et très jeune) troupe de Bourg-d'Oisans, les Colo'cataires, s'est également mis en tête d'écrire et de monter une pièce « contemporaine assez drôle » pour aller la jouer devant les enfants des écoles et des collèges de Bourg-d'Oisans, ainsi que dans les villages « les plus éloignés de l'Oisans », comme Ornon ou Villard-Reculas. « Nous voulons offrir aux gens une occasion de sortir de chez eux, soutient Louise, du haut de ses 14 ans. Notre objectif est de faire découvrir le théâtre à ceux qui ne le connaissent pas nous et de rendre là où il n'y a pas la possibilité d'aller au spectacle, parce que Grenoble est trop loin par exemple. »

Maturité professionnelle

Si certains projets, notamment ceux portés par les plus jeunes, nécessitent un accompagnement, d'autres fonctionnent en autonomie quasi totale. Laurent Piat, président territorial du Sud Grésivaudan, s'avoue d'ailleurs « épaté » par la maturité professionnelle de certains candidats. Le groupe de jeunes originaires Haute-Savoie qui a porté le projet de « festival de musiques hétéroclites pour promouvoir l'activité musicale et faire découvrir les groupes locaux » (deuxième prix ex aequo avec les Colo'cataires), est de ceux-là. « C'était un groupe autonome, qui a présenté un projet très élaboré, se souvient l'élu MSA. Ils sont allés chercher des soutiens auprès des entreprises pour s'autofinancer plutôt que de demander une aide aux collectivités locales. Cette maturité professionnelle m'a bien plu. »

Petit bémol à ce concert de louanges : le nombre de candidats à l'appel à projet jeunes de la MSA Alpes du Nord (Isère, Savoie et Haute-Savoie) est plus que limité. Pour la session de décembre 2016, seuls cinq groupes ont répondu. Ce manque de mobilisation s'explique de diverses façons : nature du concours ou problème de calendrier selon les uns, absence de notoriété selon les autres, défaut de communication... « Est-ce que l'on vend correctement notre action ? », s'interroge André Villard. « Il est vrai que nous communiquons par mail et que nous n'envoyons plus directement d'affiches ni de flyers, reconnaît Matthieu Payer. Mais pour être franc, nous n'avons jamais eu beaucoup de candidats. Je m'occupe du concours depuis 2010 et l'année où ça a le mieux marché, je n'ai reçu que onze dossiers. » Mais une fois l'appel à projet connu, les jeunes d'un territoire s'y abonnent. « Quand on connaît le concours, on ne le lâche plus, confie Véronique Menant. Parce qu'aujourd'hui, avoir des partenaires financiers pour soutenir les projets des jeunes, ça ne court pas les rues. »

Marianne Boilève

 

Appel à projets nouvelle formule

Pour la session de décembre 2016, une nouveauté a fait son apparition : chaque dossier doit désormais être défendu directement par les porteurs de projet, avec l’appui d’un délégué MSA du territoire concerné.
Le palmarès
•    1er prix – 2 500 euros – Projet de formation et de sensibilisation des jeunes du territoire aux gestes de 1er secours  par l’Association Jeune Trièves, à Monestier du Percy (38).
•    2ème prix ex aequo – 2 000 euros – Projet de pièce théâtre autour d’une démarche alliant culture et Vivre ensemble par Les Colo'Cataires, à Bourg d’Oisans (38)
•    2ème prix ex aequo – 2 000 euros – Projet d’organisation d’un festival de musiques hétéroclites pour promouvoir l’activité musicale sur la commune par Le Moutain Fields festival à Epagny – Metz Tessy (74)
•    4ème prix – 1 500 euros – Projet de faire connaître la culture du Hip Hop sur le territoire par Battle Hip Hop à Beaurepaire (38)
•    5ème prix  - 500 euros – Projet d’extension du lieu de rencontre intergénérationnel sur la commune par La Cabane à projets, à Saint-Vérand (38).

 

Premiers secours dans le Trièves

Lauréats de l'appel à projets de la MSA, Diane, Malo et Alexis, trois jeunes du Trièves veulent créer un réseau de jeunes capables « d'agir de manière pertinente dans les situations d'urgence ».
C'est au cours d'un stage pour obtenir son Bafa (1) que Diane Applanat, une lycéenne de Monestier-du-Percy, a eu l'idée de former les jeunes du Trièves au secourisme. Un de ses copains, Malo Dupuy, lui-même pompier volontaire, la conforte dans son projet. Non que le territoire soit démuni, mais les véhicules de secours doivent parfois faire près de trois quarts d'heure de route pour atteindre un site d'intervention. Former un réseau de jeunes secouristes capables « d'agir de manière pertinente dans les situations d'urgence » permettrait sans doute de sauver des vies.
Les deux jeunes gens contactent Anne Gachet, une agricultrice de leur commune qui se trouve être formatrice en prévention des risques. L'intervenante valide la pertinence de leur projet et leur propose son aide. Son fils, Alexis, en profite pour intégrer la petite équipe. L'association Jeune Trièves est créée dans la foulée pour répondre à l'appel à projets de la MSA, dont ils ont eu connaissance via une affiche accrochée au lycée de La Mure. « C'est du travail de se lancer là-dedans, car c'est quand même assez lourd, explique Diane devenue présidente à 18 ans. Ce n'est pas évident de faire ça tout seul. » Heureusement, Anne Gachet les soutient activement.
Quand vient le moment de présenter le dossier devant le jury de la MSA, en décembre, les trois jeunes sont partagés entre le trac et la conviction que leur projet « tient la route » par sa dimension citoyenne.  « Au début, c'était un peu stressant, raconte Diane, mais quand le jury a commencé à prendre des notes et nous poser des questions pour finalement nous féliciter, nous savions que nous allions gagner quelque chose. » Et ce quelque chose n'est rien d'autre que le premier prix, 2 500 euros, qui vont permettre de financer les premières formations d'ici le mois de juin.
MB
(1) Brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur.