Les jeunes éleveurs en scène
Les élèves du BTS Production animale du lycée de La Côte-Saint-André étaient inquiets quand on leur avait annoncé le thème de leur journée des jeunes éleveurs l'an passé. Parler de l'impact de l'élevage sur l'environnement peut comporter quelques écueils. « On ne veut pas montrer que les points négatifs, on veut aborder les solutions », explique Céline Dole, élève en BTS. Le 4 décembre dernier, la dizaine d'élèves a donc présenté la directive Nitrates, le plan Ecophyto et les différents modèles d'exploitations à la centaine d'élèves présents dans l'amphithéâtre. Au cours de leurs recherches et de leur alternance au sein d'exploitations et organismes agricoles, chacun s'est renseigné sur le sujet. « L'agriculture a une part minime dans les émissions de dioxyde de carbone. Mais les trois autres gaz à effets de serre sont spécifiques à l'agriculture. Alors on est devenu la bête noire, on ne voit que nous ! », détaille Céline Dole. Pour Gwendoline Plancher, élève du BTS, c'est plutôt le stockage des effluents qui l'interroge. « C'est ce qui a le plus d'impact sur les eaux et le sol mais les équipements ne sont pas toujours bien étanches ».
Respecter son sol
Afin de confronter la présentation théorique à la réalité, trois intervenants étaient invités à répondre aux questions des élèves. « Est-ce que les pratiques agricoles ont évolué par rapport à l'environnement ? », interroge un élève. « Il y a 40 ans, l'agriculture était imprégnée de certaines données... Les agriculteurs répondaient que le plus important était la sécurité alimentaire et ajouter des unités d'azote et du fumier. Aujourd'hui, on sait que si tu ne respectes pas ton sol, il y aura des problèmes », raconte Raymond Riban, agriculteur retraité et en conversion bio. L'interdiction du glyphosate faisait aussi partie des interrogations des jeunes éleveurs. « Aujourd'hui, les agriculteurs repensent leurs systèmes de production. Beaucoup utilisent déjà des alternatives et les insectes auxiliaires. Ils iraient plus loin s'il y avait une incitation économique... », explique Tania Seteger, technicienne Biolait. L'incitation est déjà réglementaire. Certains filières comme le bio, demandent une certification, « deux contrôles en deux ans et un troisième aléatoire » selon Raymond Riban, ou encore des analyses plus régulières pour les exploitations situées dans les zones sensibles. L'environnement est d'autant plus d'actualité que le changement climatique commence à être visible. « On a des années de plus en plus précoces et des années très sèches », confirme Patrick Pellegrin, référent cultures fourragères chez Isère conseil élevage.
Consommateur décideur
« Est-ce qu'on s'oriente vers le bio ? » poursuit un jeune. « C'est la société qui doit choisir l'avenir. Il y a une demande des consommateurs de plus en plus vers le bio et les signes de qualité mais il ne faut pas que cela soit importé d'Amérique du Sud... Le consommateur doit voir, qu'en bio ou pas, l'agriculteur travaille pour et avec lui », explique Raymond Riban. L'augmentation du bio changerait aussi le fonctionnement de certaines filières. « On a beaucoup plus étoffé notre gamme bio mais puisque les agriculteurs bio ne sont pas très consommateurs par nature, il ne sert à rien de fabriquer du superflu. La demande est plus sur les semences bio en maïs et autres céréales », explique Tania Seteger. « En formation, vous apprenez surtout la théorie, et vous apprendrez que le plus dur, c'est de mettre en pratique », résume Patrick Pellegrin. Ce ne sont pas les jeunes éleveurs qui diront le contraire. En attendant de se mettre à son compte, la prochaine promotion de BTS production animale devra travailler sur les intérêts et les obstacles à l'utilisation du pâturage.