Les légumineuses au service des grandes cultures bio
« En grandes cultures bio, on cherche surtout à fixer l'azote et le travail du sol », indique Nicolas Blachot, exploitant installé à Vourey. Il cultive 70 ha de céréales et 3 ha de noix et complète son activité par de la pension animale. Si le mélange de base du couvert, celui qui fait référence dans l'exploitaiton depuis de longues années, est une association radis fourrager-trèfle incarnat, l'exploitant est toujours prêt à tester de nouveaux couverts. Des essais ont ainsi été menés en 2015, 2016 et 2018 avec la chambre d'agriculture, le Pays voironnais et l'Adabio.
Les céréales sont conduites en zéro labour. Les rotations suivent un schéma bio classique : maïs, soja, céréales à paille. En bio, maïs et soja présentent une forte rémunération. Par ailleurs, le blé meunier fait l'objet d'une forte demande et il est aussi utile pour détruire les adventices. « C'est une rotation qui fonctionne bien. Il y a un équilibre entre les différentes espèces et entre les cultures d'hiver et d'été, ce qui donne la possibilité d'intégrer des engrais verts », explique Nicolas Blachot. La moitié de l'exploitation est en contrat de semences avec la coopérative La Dauphinoise. Dans le choix de ses variétés, l'exploitant recherche le rendement, la protéine et la résistance aux maladies. Le rendement de la récolte de maïs s'est établi entre 40 et 45 quintaux/hectare cette année et la récolte de triticale semence a été catastrophique à 31 qtx/ha (après une année 2018 exceptionnelle à 68qtx/ha).
Après la destruction du couvert au mois de février, l'agriculteur pratique le faux semis et cherche à semer ses sojas ou maïs le plus tard possible, autour du 10 mai.
Chercher les légumineuses
La parcelle utilisée pour la plateforme de test a reçu un précédent de blé semences et sera semée en maïs. La récolte a eu lieu mi-juillet, suivie de deux déchaumages et d'un semis de couverts le 21 août. La pluie n'est survenue que 10 jours après. « On a attendu la pluie, qui n'est pas venue. Les crucifères sont sorties mais nous n'avons pratiquement pas de légumineuse. Je fais des couverts depuis 10 ans, c'est la première fois que je ne vois pas de trèfle », constate Nicolas Blachot. Les essais sont mis en place sur des bandes de 12 m. Une bande de sol nu sert de témoin (M1).
Le profil New de chez Jouffray Drillaud (M2) est un mélange de 65% de vesce pourpre (Bingo), 19% de trèfle d'Alexandrie (Tabor) et 16% de phacélie. « C'est un couvert qui a mis du temps à partir », constate Nicolas Blachot. La phacélie est très présente, mais le couvert reste quand-même très clair.
Le troisième profil (M3) est composé de moutarde d'Abyssinie (5kg/ha) et de trèfle incarnat (15Kg/ha). Là aussi, le trèfle est quasi absent.
La quatrième bande test (M4) est le mélange Symbiose de chez Jouffray Drillaud (10kg/ha) composé de 50% de vesce commune ultra précoce, 20% de trèfle d'Alexandrie, 20% de trèfle incarnat et 10% de trèfle de Perse. A l'arrivée, il y a « un peu de trèfle et beaucoup d'autres choses. Un mélange à 100% de légumineuses n'est pas idéal », estime l'agriculteur.
Le cinquième mélange (M5) est un mélange bio de la Fédération de chasse de l'Isère (40kg/ha) composé d'avoine de printemps (47%), de vesce de printemps (24%), de sarrasin (24%) et de phacélie (5%). C'est une semence distribuée gratuitement aux agriculteurs, la seule condition étant qu'elle reste en place jusqu'au 31 janvier 2019. Elle était proposée pour la première fois en bio cette annnée. Semé a forte densité, ce mélange fait apparaître une avoine et une vesce très présentes. Là aussi, les légumineuses sont peu sorties alors que l'objectif premier recherché en bio est de produire un engrais vert.
Radis et trèfle
Le sixième et dernier couvert (M6) est un mélange de radis fourrager (5kg/ha) et de trèfle incarnat (15 kg/ha) qui convient bien aux pratiques culturales bio de l'exploitation, « sauf les années pluvieuses au printemps où il est difficile de calmer le radis, qui repart tout le temps. C'est un beau couvert, mais qui pose des problèmes de destruction », indique l'exploitant. Il compte encore sur une évolution du trèfle d'ici la destruction du couvert au mois de février. Il a bien songé à changer pour du radis chinois qui se détruit plus facilement. Problème, il coûte deux à trois fois plus cher en bio et reste difficile à trouver.
Dans une autre partie de cette parcelle de 5,5 ha, ce même couvert radis-trèfle a été implanté 10 jours après, le 31 août. « Il est top, bien garni et le trèfle va continuer à pousser », fait valoir Nicolas Blachot. L'arrivée de la pluie, fin août, a fait toute la différence dans le levée du semis.
Les observations de ces couverts portent sur la qualité des levées et la propreté des essais, la mesure de la biomasse, les analyses MS, C/N et N en relation avec les indications de la station météorologique la plus proche. L'objectif est d'effectuer un calcul économique reprenant les coûts des mélanges, de l'implantation et l'économie en engrais azoté.
Isabelle Doucet
Des essais de couverts en 2015-2016
L'exploitation bio avait déjà reçu une plateforme d'essais de couverts végétaux en 2015-2016 avant maïs, toujours dans une recherche de restitution d'azote, confirmant l'importance des légumineuses. Les résultats les plus intéressants, au regard des rendements de la culture suivante de maïs, sont obtenus avec le couvert Carinazote (moutarde d'Abyssinie et trèfle d'Alexandrie), soit 80 qtx/ha et surtout par le couvert de trèfle pur, soit 83,3 qtx/ha. Le couvert végétal permet d'augmenter de 20 à 30 unités d'azote. Cet essais avait déjà permis de constater combien le pilotage d'un couvert avec radis est à surveiller de près afin que celui-ci soit bien détruit pour ne pas qu'il pompe l'azote. Avec un objectif de rendement de 90 qtx/ha de maïs, le couvert implanté devra être homogène et dégager 5tMS/ha.