Les médecines douces, une alternative à l'antibiorésistance
Comment guérir ses bêtes quand on a droit à seulement trois traitements chimiques traditionnels par an, hors vaccins, en exploitation biologique ? Jérémy Jallat, éleveur bio dans le Vercors utilise depuis 2015 les médecines dites alternatives pour soigner ses vaches allaitantes. Granules d'homéopathie, flacons sombres d'huiles essentielles... il en a toute une armoire. « Pour soigner un œdème mammaire, vous mettez 100 ml d'amande douce, un peu d'huiles essentielles de citron, de cyprès et de menthe poivrée », explique le jeune agriculteur à ces collègues, venus échanger sur leurs pratiques. Mais avant d'en arriver là, il a dû se former... seul. « J'ai regardé une vidéo youtube et j'ai acheté un livre sur la phytothérapie et l'aromathérapie chez les ruminants. Après, j'adapte ! » Avant de savoir quelle médecine utilisée, il s'agit de savoir de quoi souffre l'animal. Mammites, stress, vêlage, diarrhée des veaux... A chaque mal, sa solution. Une fois identifié, on opte pour la médecine que l'on pense la plus efficace. « Chaque composé homéopathique agit sur un type de mammite bien précis et doit être utilisé rapidement avant que la mammite n'évolue en une autre forme, demandant un nouveau composé... A l'inverse, les huiles essentielles peuvent s'utiliser sur tous les types de mammites, en anti-inflammatoires par exemple », détaille Jérémy Jallat.
Granules, spray et autres techniques
Les modes d'administration sont également différents. L'homéopathie se présente souvent sous la forme de granules. On peut les glisser entre les muqueuses, au niveau de la bouche ou les mettre directement dans l'alimentation. Cependant, le rumen est très acide et il faut mettre le double de la dose homéopathique proposée afin d'avoir les mêmes effets. Alain Francoz, exploitant agricole bio, a une autre méthode. « Les granules, il faut les donner 4 à 5 fois par jour. Mais quand les vaches sont au champs, tu vas leur courir après pour leur glisser dans la bouche. J'utilise donc une solution liquide et je la mets sur leur museau avec un spray. » Les huiles essentielles méritent pour leur part un peu de préparation car il faut souvent mélanger différentes huiles pour fabriquer la potion. Et là encore, chacun sa technique. « Les huiles se comptent au goutte à goutte. Mais pour un élevage, il faut de grosses quantités. Donc j'utilise directement des seringues en plastique. Dans 3 millilitres, il y a 100 gouttes », explique Jérémy Jallat. On les applique ensuite au niveau local, à même la peau, autour des muqueuses, sur les quartiers. On peut aussi s'équiper d'une pompe doseuse afin d'en diffuser certaines directement dans le bâtiment. Qui dit exploitation bio, dit huile bio. Le jeune agriculteur les achète en ligne, sur des sites grand public ou encore auprès d'une petite start-up locale. « Souvent, il n'y a que les prix grand public qui sont affichés et ce sont des produits assez chers. Il faut demander les tarifs professionnels», poursuit le jeune homme.
Un atout économique
Derrière l'investissement de temps et d'argent, ces solutions alternatives proposent une réponse cohérente aux maux des élevages laitiers. En effet, au lieu d'administrer directement des médicaments pouvant mener à des antibiorésistances, ces méthodes peuvent repousser voire limiter leur utilisation. « On parle des médecines alternatives, mais on ne les utilise pas encore, explique Jordan Vacher, éleveur conventionnel de vaches laitières à Autrans, on utilise que un seul médicament alternatif contre les mammites pour l'instant ». Ce fameux médicament, à la frontière entre homéopathie et phytothérapie, semble déjà populaire autour de la table. Et ce n'est pas sans raison : cet intramammaire soigne les mammites et permet de ne soigner qu'un quartier en continuant à utiliser les autres. Les médicaments classiques, eux, se diffusent dans le sang et traitent donc tous les quartiers. « Si la mammite s'aggrave, j'appelle le vétérinaire et j'administre le médicament », rassure l'éleveur bio.