Les méthaniseurs à l’honneur + PHOTOS
A l'entrée, des déchets agricoles. A la sortie, un digestat utilisable comme engrais. Entre temps, un biogaz a été diffusé dans le réseau urbain. Si l'équation semble facile, la méthanisation ne l'est pas toujours. Alors que le méthaniseur d'Apprieu a été validé et sera en fonctionnement au printemps prochain, les organisateurs du festival « L'avenir au naturel » de l'Albenc ont donné la parole aux élus et spécialistes de la méthode. Pour Jacques Wiart, chargé de mission de l'Ademe, « L'Isère est en retard ». Dans une étude menée conjointement avec GRDF, il serait possible d'avoir un gaz 100% renouvelable en 2050 avec 30% provenant de la méthanisation. On est loin du compte. La méthanisation est intéressante dans le volet énergétique, mais l'intérêt pour la filière agricole est présent également. « La question est : comment on peut travailler sur une agriculture moins consommatrice d'intrants ? Avec la méthanisation, il y a deux marchés : les consommateurs ont une énergie renouvelable et les agriculteurs produisent des aliments sains avec des intrants venant de près », explique Pascal Denolly, vice-président de la chambre d'agriculture de l'Isère.
Garder la main
Pour Lionel Thermoz-Bajat, président du méthaniseur d'Apprieu, l'intérêt est indéniable. « Le contrat est fixé pour 20 ans. En tant qu'éleveur allaitant, on n'a jamais une visibilité à long terme. » Un agriculteur, présent dans la salle, ne semble pas convaincu : « Puisqu'on peut épandre le fumier directement ou le composter, quel intérêt y-a-t-il à le méthaniser ? » Selon l'associé du projet, c'est une question de taille d'exploitation. « Les engrais de synthèse sont très chers et on n'a pas assez de fumier en moyenne. Avec la méthanisation, on évite les mises aux normes des exploitations pour l'utilisation du fumier et du lisier tout en ayant un engrais local ». Le digestat « est de même qualité que le fumier », rassure Jacques Wiart.
L'inquiétude se porte actuellement sur le modèle économique d'un tel procédé. « On doit éviter que les projets n'échappent aux mains des agriculteurs et deviennent ceux d'investisseurs. C'est grâce aux bienfaits pour l'agriculture qu'on a fait passer la méthanisation dans la loi Egalim », raconte Monique Limon, députée En Marche de la 7ème circonscription de l'Isère. C'est aussi la préoccupation de la communauté de communes Saint-Marcellin Vercors Isère communauté (SMVIC) qui réfléchit à la possibilité d'un méthaniseur territorial pour gérer déchets verts et, à long terme, déchets ménagers. « On a souhaité prendre la main sur un schéma directeur car une commune a une notion de coûts évités de gestion des déchets par la communauté que n'ont pas des investisseurs », explique Vincent Labergne, vice-président de la communauté de communes SMVIC.
Bien préparer son projet
Le méthaniseur d'Apprieu, avant sa validation, a connu quelques écueils. Pour faire accepter un nouveau projet par les habitants, les invités ont donc distillé quelques conseils. En fonction de la taille du méthaniseur, il faut faire un choix astucieux de l'emplacement, comme choisir un site proche du réseau de gaz mais loin des écoles. Cela limiterait la peur de l'augmentation du nombre de camions sur les routes. « Seulement cinq par jour », rassure Pascal Denolly. « Il faut une distance à ne pas dépasser. Faire plus de 20 kilomètres pour venir n'a plus d'intérêt en termes de diminution des émissions », explique Jacques Wiart. L'autre crainte avancée durant le projet d'Apprieu est celle des odeurs. « Le digestat n'a pas d'odeur, c'est mieux pour l'agriculteur et pour le voisinage lorsqu'il épand », confirme Pascal Denolly. Il faut mener des réunions d'information sur le projet. Le but est d'être clair sur les matières premières qui seront insérées dans le méthaniseur ainsi que leur qualité. Les boues d'épuration et certains déchets ménagers ne sont pas d'actualité pour la méthanisation. S'il y a un doute, « il y a un comité de suivi une fois l'installation faite pour savoir comment le système évolue », ajoute la députée. Peut-être que l'Isère ne sera plus en retard.