Les moissonneurs des énergies
Les énergies renouvelables sont « une chance historique pour le monde agricole de devenir producteur d'énergie », estime Pierre-Emmanuel Martin, fondateur de Terre et Lac. L'entreprise, créée en 2012, développe des projets de centrales photovoltaïques, éoliennes et hydrauliques. Elle vient de signer un partenariat avec Oxyane, l'union des coopératives La Dauphinoise et Terre d'Alliances. « Notre spécialité, c'est la toiture de bâtiment, dont 80% sont des bâtiments agricoles, neufs ou existants », expliquait le dirigeant, le vendredi 15 février, lors de l'assemblée générale des entrepreneurs de territoires de l'Isère, à Penol. Des entrepreneurs très intéressés, à la fois par l'énergie solaire et par la méthanisation. A la clé, de l'emploi, un complément de revenu, une économie de territoire et des énergies vertes.
Bien entendu, le dirigeant de Terre et Lac défend son entreprise en déclarant que dans le solaire il convient de « regarder qui est derrière le projet proposé », de façon à ce que l'installation soit de nature à générer « un complément de revenu à la hauteur de celui d'une activité agricole classique ». Bref, cet atelier complémentaire doit dégager environ 6 à 700 euros mensuels nets pour 600 m2 de toiture.
L'injection décolle
Jérémie Rouqueirol, conseiller au Crédit Agricole Sud Rhône Alpes, précise que les durées de prêts pour financer un projet photovoltaïque varient entre 15 et 17 ans, soit un peu moins longtemps que le contrat de rachat de l'énergie par EDF (20 ans), afin de laisser de la souplesse. Il explique que l'apport n'est pas obligatoire en photovoltaïque, mais généralisé pour la méthanisation où les investissements sont plus importants.
Moins mature que le photovoltaïque, la méthanisation commence à s'installer dans le paysage agricole. Les premières unités faisaient essentiellement de la cogénération, c'est-à-dire de la production d'électricité et de chaleur. Deux conditions à la réussite d'un tel projet : une quantité d'effluents d'élevage suffisante et surtout, un débouché pour valoriser la chaleur. Le système de production de biométhane par injection directe sont en pleine expansion. Le principe est de renvoyer du gaz directement dans les réseaux. Sur 600 unités de méthanisation en France, moins d'une centaine sont en injection. « Ce sont des projets très rentables », déclare Hugo Batel, en charge du développement des énergies renouvelables au sein d'Oxyane, l'union des coopératives Dauphinoise et Terre d'Alliances. Les durées de contrat de rachat d'énergie vont de 15 ans en injection jusqu'à 20 ans en cogénération. Seule incertitude : celle de l'évolution du prix du gaz et la position de l'Etat. Le tarif de rachat réglementé d'ici la fin de l'année est connu : 125 euros le MWh, soit quatre fois plus cher que le prix du gaz importé. Monique Limon, députée de la 7e circonscription, qui s'est beaucoup investie dans la défense de la méthanisation, a fait remarquer que ce mode de production de biogaz figure dans la loi sur l'Alimentation et l'Agriculture afin qu'il « n'échappe pas aux agriculteurs ». Concernant la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) qui a donné quelques sueurs aux porteurs de projets de production d'énergies renouvelables, elle assure « qu'il y a moyen de négocier » le prix du biogaz entre 27 et 125 euros... Elle incite les agriculteurs et les entrepreneurs à s'intéresser à la méthanisation parce qu' « elle ne peut pas se faire sans l'agriculture » pourvoyeuse de 90% de la biomasse. Enfin, la députée souligne que tous les travaux liés aux chantiers agricoles et au transport génèreront des besoins auxquels les entrepreneurs pourront répondre.
Concurrence
Cédric Thuderoz, animateur syndical Rhône-Alpes pour la CGT Energie, rappelle que la priorité est celle de la transition énergétique et que « le complément de revenu généré par le photovoltaïque et la méthanisation est un plus ». Le syndicat est très préoccupé par la sécurisation de la transition énergétique dans un monde où ce marché est exposé à la concurrence de grandes entreprises. Il en appelle à un service public fort. Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture a indiqué que la chambre a déposé une motion pour que les installations photovoltaïques ne fassent pas concurrence au sol aux productions alimentaires. Il a aussi insisté sur la communication, condition de l'acceptation sociétale de tels projets.
« Il y a du greenbusiness, mais il faut être prudent, faites-vous accompagner », a résumé Hugo Batel en guise de conclusion.
Isabelle Doucet
Assemblée généraleUn diplôme et des médailles
Un diplôme « fait par et pour les entrepreneurs », a déclaré Martine Perrin, la présidente des entrepreneurs des territoires de l'Isère, en présentant les lauréats du Certificat de conducteur de travaux en entreprise de travaux agricoles formés à la MFR de Mozas. Ce diplôme de niveau II est un titre professionnel préparé en alternance pendant 18 mois. Les promotions comptent entre six et douze étudiants qui arrivent de tout le quart Sud-Est de la France. A l'issue de cette formation, ces jeunes cadres sont capables de piloter une entreprise de travaux agricoles ou de seconder le dirigeant d'entreprise. Le dipôme se prépare désormais aussi en apprentissage.Comme l'assemblée générale était placée sous le signe des distinctions, la médaille des EDT a été remise à Jean-Pierre Vitto, vice-président des EDT de l'Isère et membre de la commission rurale à la FNDT, à Jean-Marc Joubert, cheville ouvrière des entrepreneurs isérois et René Perrin qui s'est battu pendant 20 ans pour qu'enfin soit signée la charte des engins agricoles, facilitant leur circulation dans les villages.Lors de l'assemblée générale, la présidente Martine Perrin a indiqué le rapprochement entre les EDT et la chambre d'agriculture afin que baissent les coûts de mécanisation pour un jeune qui s'installe et fait appel à une entreprise de travaux agricoles. Elle a aussi signalé qu'un GIE était en cours d'élaboration pour que les adhérents puissent bénéficier d'aides pour l'achat de matériels favorisant les changements de pratiques de travail. Enfin, un hommage appuyé a été rendu à Michel Gabillon, disparu en 2018.