Les nouveaux hussards de la République
Ils étaient là parce qu'ils avaient besoin de parler. Les maires ruraux de l'Isère se sont retrouvés à l'assemblée générale de leur association le 9 octobre à Miribel-les-Echelles pour échanger sur les contraintes de leurs activités. Et parmi elles, la violence. Le lieu n'avait pas été choisi au hasard. Williams Dufour, maire de Miribel, a été agressé cet été. Une véritable vague de soutiens s'est exprimée à la suite de ce faits divers. Pas seulement de circonstances, mais profond, sincère. « J'ai été agréablement surpris du soutien derrière cette agression », témoigne l'édile dont c'est le premier mandat. Elus locaux, comme nationaux, y compris des ministres et le Premier d'entre eux lui-même. « C'est une belle communauté d'élus et de responsables politiques », reconnaît Williams Dufour.
Focalisation
« Jusque-là les élus locaux étaient épargnés, commente Guillaume Gontard, sénateur. Le maire était respecté comme une institution. » Michel Savin, sénateur lui aussi, essaye de décrypter cette diminution du respect dû aux élus : « Il y a quelques années, on disait qu'il y avait trop d'élus avec une focalisation sur ceux de la République. Il y a eu aussi une période tendue entre les élus locaux, régionaux et l'Etat. On a connu le #balancetonmaire. Cela crée un environnement favorable aux agressions. Puis il y a eu la crise des gilets jaunes qui est venue redresser les choses, l'Etat s'apercevant qu'il pouvait s'appuyer sur les élus locaux. Ces derniers ont été associés aux grands débats locaux. »
Jean-Pierre Barbier, président du Conseil départemental et maire de Penol pendant 20 ans, attribue davantage la crise « à une diminution de moyens depuis 20 ans, à des services publics effrités », mais aussi « à une justice un peu molle brandissant l'excuse permanente lorsqu'un notable est pris pour un punching-ball ».
Perte de liens ?
Cyrille Madinier, président de l'AMR provoque un peu les parlementaires présents en allant sur le terrain de la relation avec les députés : « On perd du lien avec les députés, pourquoi ? Parce que vous n'êtes plus maires ? » Il venait de rappeler le travail intense entre les communes, les intercommunalités, le Département, la Région, autant de strates qui oeuvrent ensemble et font émerger de grands projets à l'échelle de la commune. « Mais il faut un esprit de corps, de solidarité, d'ouverture. » La députée Marjolaine Meysnier-Millefert s'est offusquée de cette pique et rappelle que le député n'a pas besoin d'être maire pour être au courant des affaires, locales. « Rien ne l'empêche d'être conseiller municipal », souligne-t-elle.
Même si le sujet avait tendance à cristalliser des désillusions ou des désappointements, on a aussi entendu au cours des échanges « intelligence collective territoriale », « ruralité heureuse et positive », « conservation du lien social » ou bien encore « faire société à l'échelle communale », autant de raisons qui portent « ces nouveaux hussards de la République », selon Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Triève.
Relance
Ce qui est sûr c'est qu'ils trouveront le Conseil départemental auprès d'eux pour soutenir le tissu associatif local afin « d'éviter une crise du lien social », selon Jean-Pierre Barbier, ainsi que le Conseil régional, Yannick Neuder, son vice-président rappelant que l'entité régionale avait mis « 72 millions d'euros en place pour soutenir la relance de l'économie régionale avant le 31 mars prochain. Cela représente 20 000 euros en moyenne par projet, afin de donner un coup de boost aux entreprises ».