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Association des centres pour enfants en Vercors

Les petits citadins à la ferme avec les séjours alimentation

S'approvisionnant déjà localement pour une partie des repas qu'ils servent, quatre centres de vacances du Vercors ont commencé à mettre en valeur l'agriculture locale et ses productions dans le cadre de séjours sur le thème de l'alimentation. L'opération va être pérennisée tout au long de l'année prochaine.
Les petits citadins à la ferme avec les séjours alimentation
« Promouvoir le mieux-être de chacun par une alimentation de qualité, issue du territoire et de l'agriculture bio », c'est l'une des principales valeurs que défendent les centres de vacances réunis au sein de l'association des centres pour enfants en Vercors (Acev), juste après la tolérance et l'incitation à la réflexion. Ils étaient donc en première ligne lors du lancement du programme « Alimentation, santé et territoire » impulsé par le parc naturel régional en 2005. Et s'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre l'étape suivante, qui serait la mise en place d'une plateforme d'approvisionnement des restaurants collectifs en produits locaux telle que celle en cours d'expérimentation dans le territoire du syndicat mixte Rhône pluriel (à cheval sur les départements de l'Isère, de la Loire et du Rhône), quatorze centres de vacances du plateau s'approvisionnent déjà en produits locaux et les valorisent dans le cadre de leurs activités avec les enfants. Malgré l'absence de certaines productions comme les céréales dans le Vercors, la part des produits locaux dans les repas servis dans ces quatorze centres atteint 17 % (mais jusqu'à 40 ou 50 % pour certains comme L'Oasis, à Lans-en-Vercors).
A l'occasion des vacances de la Toussaint, les membres de l'Acev viennent de donner une nouvelle preuve de leur intérêt pour les productions agricoles du territoire : quatre d'entre eux* ont organisé des séjours sur le thème de l'alimentation. Pour ces pédagogues soucieux d'éveiller le goût des bambins qu'on leur confie, il s'agissait d'abord de leur faire découvrir de nouvelles saveurs. Mais, au-delà de la rencontre avec les cuisiniers et les économes des centres, de l'écriture de menus, du marché, des ateliers cuisine, du spectacle sur les comportements alimentaires et du concours de cuisine présidé par le chef de l'Hôtel du Golf, ces séjours comportaient aussi un volet agricole. Comme tous les autres groupes, une vingtaine d'enfants séjournant au centre Montagne et musique basé à Autrans ont ainsi visité la ferme des Colibris, à Méaudre.
« Elles sont à quoi ces croquettes ? »
Du champ au magasin de vente directe, Eric Rochas, l'un de ses exploitants, leur a montré toutes les étapes de la production de viande bovine et porcine. Les meuglements, les bouses et les testicules des taureaux ont plus fait réagir les enfants que l'engraissement de veaux sous la mère, la nécessité d'acheter la paille et les céréales quand on élève des animaux en altitude, ou les principes de l'agriculture biologique que pratique ce Gaec à trois frères. Mais, après avoir découvert qu'un taureau pèse plus d'une tonne, les enfants ont voulu connaître le poids de toutes les catégories d'animaux qui se présentaient à eux, et les questions se sont ensuite enchaînées avec naturel. « Elles sont à quoi ces croquettes ? », interrogeait un garçon en montrant des granulés de luzerne. « Comment vous tuez les animaux ? », voulait se faire préciser une petite fille suite à l'explication sur l'abattage. « Qu'est-ce que vous faites du poil des vaches ? », questionnait une autre dans la foulée. « Vous pouvez nous faire goûter les caillettes ? », demandait un petit gourmand, visiblement impatient de découvrir les produits du terroir qu'on lui avait présenté un peu plus tôt.
Le groupe est reparti avec un chorizo et des plaquettes de la ferme des Colibris, qui livre de temps à autre des clients dans le Sud de la France et pourrait bientôt fournir le centre social qui accompagnait cette classe de découverte.
« Si nous avons démarché les centres de vacances quand nous avons démarré la vente directe, voilà une quinzaine d'années, nous nous contentons aujourd'hui de répondre à des sollicitations ponctuelles, car nous n'avons pas besoin de nouveaux clients, indique toutefois Eric Rochas. Les touristes prennent le relais des habitants du territoire pendant les vacances, et nous vendons aussi à des restaurateurs et des distributeurs comme Gamm'vert ou le magasin de produits du terroir de Lans-en-Vercors ».
Du technique à l'économique
Preuve que, même si une petite fille trouvait « chère » la viande exposée en vitrine, le rapport qualité/prix de la viande proposée dans un magasin de producteurs n'est pas inférieur à celui des pièces commercialisées en grandes surfaces. « Il ne s'agit tout simplement pas du même produit, souligne Eric Rochas. Nous, nous ne sommes pas des commerçants. Nous vendons toute notre production. Alors que la grande distribution vend essentiellement des viandes de jeunes animaux, tendres, mais sans beaucoup de goût ».
Convaincue de son utilité, la Région Rhône-Alpes soutiendra encore l'opération l'année prochaine. « Elle va être pérennisée même hors périodes de vacances scolaires, en lien avec les enseignants qui organisent des classes de découverte et nous permettrons d'approfondir le travail amorcé pendant ces vacances », indique Anne Rabatel, l'animatrice de l'Acev.
Cécile Fandos
*Les Epicéas (Méaudre), La Matrassière (Saint-Julien-en-Vercors), Montagne et musique (Autrans) et L'Oasis (Lans-en-Vercors).