Les plantes sont à la fête
Peu d'événements ont résisté à la crise Covid-19. Le week-end dernier, les Journées des Plantes, qui se sont déroulées au château de Pupetières à Châbons, font figure un peu de miraculées, à la plus grande satisfaction des visiteurs. Le temps maussade n'a pas découragé les amateurs de belles fleurs et de jardins, à peine un peu moins nombreux cette année. « Les exposants sont contents d'être présents. Ils n'ont participé à aucune exposition cette année et ont dû jeter leur production au printemps », explique Aymar de Virieu, le propriétaire du château et organisateur de la manifestation. Environs 70 professionnels, spécialistes du monde végétal, ont déployé leurs stands dans le parc du château. Manquaient seulement à l'appel quelques étrangers bloqués aux frontières, notamment des pépiniéristes belges, fidèles de la manifestation.
Adaptation permanente
Pour d'autres, c'est l'occasion de gagner en visibilité, comme le Jardins des Alpes, qui après s'être relevé des dégâts de la grêle et de la neige ces dernières années, redoute le marasme commercial. « Il y a une bonne ambiance et nous sommes heureux de pouvoir être là, déclare Chloé Dietschy, la pépiniériste de Notre-Dame-de-l'Osier. On croise les doigts pour les autres foires aux plantes. » Elle se dit « soulagée d'avoir l'occasion de vendre un peu », après un printemps réduit à néant. La période a été compliquée pour le Jardin des Alpes, entre les collectivités et les professionnels qui ont stoppé et reporté tous leurs chantiers, et la vente par correspondance lancée dans l'urgence. « Après le confinement, il a fallu tailler, désherber, tondre et les professionnels n'ont pas eu le temps de planter, poursuit la productrice. La conséquence, ce sont des reports de commande, des répercussions sur notre trésorerie, mais aussi un problème de place. Nous devons nous adapter en permanence. »
En revanche, la crise sanitaire a permis au Jardin des Alpes de mieux se faire connaître dans son secteur et d'être soutenu. L'exploitation ouvre d'ailleurs ses portes le week-end prochain. « Mais aujourd'hui, il survient une autre fatigue, une fatigue psychologique de ne pas savoir de quoi demain sera fait, explique Chloé Dietschy. Quand on est entrepreneur, on se pose beaucoup de questions, mais encore davantage quand on est agriculteur. »
Les Journées des Plantes de Pupetières présentent l'avantage d'offrir un bouquet floral très varié. Il y en a pour tous les jardins. Quand certains, après la sècheresse du printemps et de l'été recherchent des plantes résistant au sec, d'autres férus de clématites, de plantes grasses ou aromatiques sont en quête d'essences rares. « Les passionnés sont toujours là, constate-t-on du côté de la Roseraie Félix, basée au Grand Lemps. C'est un bol d'air pour tout le monde. » Intemporelle, la rose ne répond à aucune tendance ; « C'est une question de goût de la personne », glisse le rosiériste.
Un peu spéciale, l'édition 2020 des Journées des plantes a accueilli environ 10% de nouveaux exposants, à l'instar des producteurs de plants de vignes ou de plantes aquatiques, contribuant à la diversité de l'offre. Les organisateurs et les professionnels se préparent à 2021 qui marquera la dixième édition en espérant qu'elle se déroule dans les meilleures conditions.
Isabelle Doucet
Le palmarès de la 9e édition
Prix de la commune de Blandin (authenticité et patrimoine paysager) : Fruits et saveurs oubliés (Vienne 38)
Prix de la commune de Châbons (qualité botanique) : Les Filles de l'eau (Cieux 87)
Prix des tissages Perrin (innovation et originalité) : Cécile Couedou Plumasserie (Saint-Jean-de-Vaux 38)
Prix des tissages Perrin & Fils (scénographie et art de vivre) : Atelier les Delphinales (La Côte-Saint-André 38)
Prix Deutz (évasion et invitation au voyage) : Verre et Vert (Varambon 01)
Prix Pupetières (harmonie dans la diversité) : Association Si l'on sème, ferme du Regardin (Le Mottier 38)
Prix de la Grande Chartreuse (esthétique et présentation des produits) : François horticulture (Saint-Alban-de-Montbel 73)
Commerce / Laurent Goubet vend ses macarons sur les foires en Isère et vient de créer un point de vente à Balbins.
Les macarons ambulants tissent leur toile
« Mes parents étaient agriculteurs à Balbins. J'ai appris mon métier de pâtissier-chocolatier, chez Jouvenal à La Côte-Saint-André. » Laurent Goubet, spécialiste du macaron, est un enfant du pays. Après avoir tenu pendant 14 ans une pâtisserie à Rives, il est devenu commerçant ambulant, « pour le plaisir de rencontrer des gens ». Il participait pour la première fois aux Journées des plantes de Pupetières, accordant l'agrément du jardin avec celui du palais. « C'est un événement que j'avais repéré », se réjouit Laurent Goubet qui fait partie des quelques stands sélectionnés pour agrémenter la manifestation. « J'aurais aimé proposer des glaces artisanales faite à partir de produits de la ferme, mais le temps ne s'y prête pas. » Il se dit agréablement surpris par l'affluence et les ventes qu'il réalise à Pupetières.Comme les producteurs, le pâtissier s'adapte à l'air du temps. En 2008, pour booster les ventes de son magasin, il part présenter ses produits à la Foire de Beaucroissant. Cet exercice lui plaît tellement qu'en 2013, il ferme boutique, crée un laboratoire dans les anciennes écuries de la ferme et prend la route. « Je me déplace dans tous les événements de Rhône-Alpes, la Foire de Savoie le week-end dernier, les fêtes médiévales de Saint-Antoine-l'Abbaye, la Beaucroissant, les foires de Lyon et de Grenoble, qui ont été annulées. J'espère que nous aurons des marchés de Noël. » Il présente ses parfums de macaron qu'il ne cesse de réinventer « à base d'arômes naturels et sans gluten ».Le covid a une fois de plus rebattu les cartes. « J'ai créé un magasin dans ma petite fabrique à Balbins. Pendant le confinement, j'ai fait du pain pour les gens du village. Il s'est créé un mouvement autour de la ferme. Alors j'ai gardé ce point de vente du vendredi au dimanche et lancé un petit marché le samedi matin avec une épicerie ambulante, des producteurs d'escargots, d'œufs, de produits locaux. » Laurent Goubet a aussi recruté un salarié et un apprenti. Il reconnaît que sans la crise sanitaire, il n'aurait pas eu le courage de créer ce point de vente qui est le seul magasin du village. « C'est une avancée, on se bat, j'ai des projets. Aujourd'hui, j'ai envie de m'installer aux Halles Sainte-Claire, pour faire goûter mes macarons à la clientèle de Grenoble. »ID