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Les prairies naturelles méritent l'attention

Souvent négligée car considérée comme de seconde catégorie, la prairie naturelle ne fait pas l'objet des regards. Pourtant, elle réclame des soins apportés au bon moment pour garder un rôle significatif dans l'alimentation économe du troupeau.
Les prairies naturelles méritent l'attention

C'était la première des journées Innov'action de l'année organisées par la chambre d'agriculture de l'Isère. Cette rencontre technique à Sermérieu avait pour but d'aborder la valorisation des prairies naturelles dans le secteur des Balcons du Dauphiné.
« L'accent est souvent mis sur les prairies temporaires et peu sur les prairies naturelles en matière de connaissance et de conduite technique, constate Marie Mallet, conseillère bio et eau dans le secteur de la Bourbre. Or les deux formes ont toute leur leur place dans le système fourrager de l'exploitation. » D'autant plus qu'aujourd'hui, l'autonomie alimentaire des exploitations est au cœur des préoccupations. La valorisation de ces espaces est donc primordiale.

Ressource peu coûteuse

La ressource en herbe est peu coûteuse, mais il y a de nombreuses contraintes. La prairie naturelle en comporte deux particulières. D'abord celle de nécessiter du temps à des moments où l'éleveur peut en manquer. C'est pour cette raison que, souvent, la prairie naturelle est davantage considérée comme une promenade pour les animaux et n'entre pas dans la ration alimentaire en tant que telle. Elle est donc souvent dédiée aux génisses, alors que l'association maïs et prairie temporaire est donnée en priorité aux vaches laitières. Ce déficit de temps et une exploitation peu suivie peuvent entraîner des dysfonctionnements de la prairie comme l'apparition des adventices (rumex, ronces, chardons...).
Afin d'optimiser la gestion de la prairie, il est d'abord nécessaire de bien connaître les besoins des animaux et ses objectifs de productions ou de conduite. Ainsi une prairie trop ou peu pâturée entraînera une baisse des rendements, l'apparition d'adventices, une modification des espèces présentes et du rendement. Les refus peuvent  à moyen terme faire évoluer la parcelle vers une perte de diversité, et donc de la qualité de l'alimentation. Richard Armanet, éleveur dans une commune voisine, a fait part de sa conduite avec trois espèces (bovins, ovins, caprins) s'appuyant sur un roulement dans une même parcelle. C'est assez efficace en termes d'entretien selon lui, les différents animaux ne paissant pas de la même manière. Ils ont également une action complémentaire : les ovins et caprins luttent contre l'enfrichement, tandis que les bovins assainissent mieux les parcelles vis-à-vis des parasites. Mais dans ce genre de conduite, la gestion de l'accès à l'eau d'abreuvement est primordial et constitue souvent le frein principal.

 

Jamais sous 5 cm


L'observation de la hauteur de l'herbe est un second outil bien utile. A l'entrée dans la parcelle, il vaut mieux viser 5 à 15 cm, mais ne jamais tomber en dessous de 5 cm. Et adopter une rotation d'une vingtaine de jours entre deux passages au printemps. En été, ce délai s'allongera. Ces valeurs de références sont à affiner dans les prairies avec l'observation du rapport feuilles/tiges des graminées présentes qui peut permettre une sortie du pâturage avec une herbe un peu plus basse.
La fertilisation est un troisième levier. En prairie temporaire, on recourra de préférence à une analyse des sols, tandis qu'en prairie naturelle, on utilisera le diagnostic de nutrition des prairies (DNP) qui permet, en analysant les teneurs en N/P/K du couvert herbacé, de rendre compte de la mobilisation réelle des éléments fertilisants du sol et selon les contraintes climatiques locales.
Enfin, dernier outil, la notion de degré-jour (ou cumul de température) qui permet, grâce au suivi régulier de l'évolution des températures, de bien caler ses intervention de récolte ou de fertilisation.
D'autres moyens mécaniques sont également mobilisables : ébousage, l'étaupage, le hersage... prêtent à de nombreuses discussions et il y a autant de supporters que de détracteurs. Là encore, il faut bien cibler ses objectifs et utiliser l'outil qui correspond ( profondeur de travail, « agressivité » ...)
La prairie naturelle offre une multitude de manières de l'exploiter. Ainsi un exploitant a fait part de sa pratique sur la gestion des refus : « Un passage rapide des animaux adulte dans une parcelle, puis une fauche des refus afin de les rendre appétents et un bottelage en sec pour les génisses ». Autre petite expérience glanée ce jour-là : la lutte contre les fougères. Richard Armanet s'y est attaqué en fauchant huit fois par saison les plantes en développement. En troisième année, il pense arriver à les éliminer à force d'épuisement de la plante. L'absence de recours aux désherbants classiques demande constance dans l'action et force de caractère.


Jean-Marc Emprin