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Semences

Les producteurs de semences testent la protection des cultures de demain

Le nombre de produits homologués diminuant sans cesse, les multiplicateurs s'efforcent de mettre en place des solutions alternatives. Démarrée en 2014, l'opération pilote de lutte contre le campagnol, en partenariat avec la LPO, en est l'illustration.
Les producteurs de semences testent la protection des cultures de demain

Cultiver, c'est prévoir. Confrontés à l'évolution constante de la réglementation, les agriculteurs ont tout intérêt à jouer la carte de l'anticipation. C'est ce qu'ont fort bien compris les multiplicateurs de semences depuis plusieurs années. Le délicat dossier des phytosanitaires leur en a donné maintes fois l'occasion, comme l'a rappelé Jean-Claude Plottier, le président du Sams de l'Isère, lors de l'assemblée générale du syndicat qui s'est déroulée début mars à Colombe. « Le nombre de produits homologués continue de baisser et nous devons poursuivre nos efforts pour améliorer nos pratiques, avec l'aide de la recherche », a-t-il souligné, tout en rendant hommage à l'expertise de la Fnams.

Lutte raisonnée

Par recherche, le Sams entend innovations scientifique et technologique, mais pas seulement. Depuis trois ans, les multiplicateurs de l'Isère se sont en effet lancés dans une opération pilote de lutte raisonnée contre le campagnol dans la plaine de la Bièvre qui préfigure ce que pourrait être « la protection des cultures de demain », selon l'expression de Louis-Marie Broucqsault, ingénieur régional de la Fnams sud-est. Pour se débarasser de leur ennemi public n°1, qui provoque des ravages dans les cultures et « sévit de plus en plus sévèrement dans le département », les agriculteurs ont mené une offensive originale, associant protecteurs de la nature, chasseurs et Fédération départementale de défense contre les organismes nuisibles (FDGDON). En complément de la lutte chimique à la bromadiolone, qui est efficace mais provoque des dégâts collatéraux sur le reste de la faune sauvage (les campagnols empoisonnés faisant partie de la chaîne alimentaire), les agriculteurs ont appris à faire appel aux rapaces. Avec l'aide de la LPO, ils ont installé des perchoirs amovibles afin de favoriser la prédation naturelle. En parallèle, des nichoirs ont été disposés de façon à permettre une meilleure reproduction dans la zone d'action. Depuis, la LPO assure le suivi de ces installations pour évaluer leur efficacité.

L'action ne s'arrête pas là. Extrêmement encadrée, la lutte contre le campagnol combine en effet différentes techniques, en particulier des méthodes préventives, comme la modification des pratiques agricoles, le piégeage et des mesures favorisant la prédation. Elle n'interdit pas (encore) le recours à la bromadiolone. Encore faut-il que les applicateurs soient correctement formés. Les multiplicateurs isérois ont donc suivi une fomation dispensée par la FDGDON, qui leur a délivré les fondamentaux concernant la réglementation, les dosages et les conditions d'application des préparations contenant de la bromadiolone.

Régulation

La démarche s'est avérée rapidement payante. Fin 2015, en dépit des dispositifs préventifs mis en place, la population de campagnols a en effet de nouveau augmenté et il a fallu la réguler. Des traitements à dosage très faible ont été effectués en 2015 (sept avis de traitement et 137 ha traités) et en 2016 (18 avis et une petite centaine d'hectares traités), ce qui a permis de faire baisser la pression de façon notable. Même si elle a fait ses preuves, cette façon de procéder est appelée à évoluer. « La bromadiolone est le seul produit à usage agricole actuellement autorisé, rappelle Louis-marie Broucqsault. Mais elle est en évaluation et nous ne sommes pas en mesure de savoir si la substance active continuera d'être inscrite, et donc approuvée, ou non. Les experts sont au travail. » Quelles que soient leurs conclusions, la commission européenne a décidé de soumettre au vote l'avis des experts. Il y a donc un risque pour que la bromadiolone soit interdite. D'où l'intérêt de développer des solutions de lutte alternative.

Marianne Boilève

2016 : année délicate, mais résultats corrects

Avec 6 233 ha en 2016 (contre 7 057 l'année précédente), les surfaces de production de semences continuent de se rétrécir. Amorcé en 2014, ce mouvement de contraction isérois, qui a fait l'objet de débat lors de l'assemblée générale du Sams, début mars, s'explique par la baisse continue des surfaces implantées en maïs (diminution de plus de 800 ha en 2016) et, dans une moindre mesure, en tournesol (200 ha en moins). Car, indique une règle de bon sens, quand les stocks sont au maximum, il faut les écouler. Et les perpectives pour 2017 sont à l'avenant, l'interprofession des semences de maïs et de sorgho ayant annoncé en novembre dernier « un plan de production en forte baisse » (48.500 ha de maïs semences en 2017 contre 64.500 ha en 2016 au niveau national), dans l'optique de « retrouver la moyenne sur 10 ans d'un stock à 50 % ». Une éclaircie semble toutefois se dessiner à l'horizon 2019.
Ce recul ne profite guère aux autres productions, ou très peu. Celles qui tirent le mieux leur épingle du jeu, ce sont les fourragères et gazon avec 333 hectares implantés (+ 130 hectares entre 2015 et 2016), qui dépassent leur bon niveau de 2011 (314 hectares). Les établissements ont cependant fait état de données encourageantes. Pour le dactyle par exemple, La Dauphinoise note que « le rendement s'améliore d'année en année, ce qui n'est pas négligeable vu le tassement des cours ». Quant à la fétuque, espèce plus difficile à produire mais en développement (la coopérative monte de 8 à 22 ha en 2017), les rendements isérois sont dans la  moyenne nationale. Et lorsque le président du Sams Isère, Jean-Claude Plottier, s'inquiète de savoir si la demande de gazon est toujours d'actualité, le représentant de la maison Barenbrug répond par l'affirmative : « On augmente en gazonnante, car on gagne des parts de marché. Nous travaillons beaucoup avec la grande distribution : il faut faire du volume. » La tendance est différente chez les Graines Loras, qui réduisent leur production de graminées pour augmenter les légumineuses « en raison de la demande ».
MB