Les producteurs de semences testent la protection des cultures de demain
Cultiver, c'est prévoir. Confrontés à l'évolution constante de la réglementation, les agriculteurs ont tout intérêt à jouer la carte de l'anticipation. C'est ce qu'ont fort bien compris les multiplicateurs de semences depuis plusieurs années. Le délicat dossier des phytosanitaires leur en a donné maintes fois l'occasion, comme l'a rappelé Jean-Claude Plottier, le président du Sams de l'Isère, lors de l'assemblée générale du syndicat qui s'est déroulée début mars à Colombe. « Le nombre de produits homologués continue de baisser et nous devons poursuivre nos efforts pour améliorer nos pratiques, avec l'aide de la recherche », a-t-il souligné, tout en rendant hommage à l'expertise de la Fnams.
Lutte raisonnée
Par recherche, le Sams entend innovations scientifique et technologique, mais pas seulement. Depuis trois ans, les multiplicateurs de l'Isère se sont en effet lancés dans une opération pilote de lutte raisonnée contre le campagnol dans la plaine de la Bièvre qui préfigure ce que pourrait être « la protection des cultures de demain », selon l'expression de Louis-Marie Broucqsault, ingénieur régional de la Fnams sud-est. Pour se débarasser de leur ennemi public n°1, qui provoque des ravages dans les cultures et « sévit de plus en plus sévèrement dans le département », les agriculteurs ont mené une offensive originale, associant protecteurs de la nature, chasseurs et Fédération départementale de défense contre les organismes nuisibles (FDGDON). En complément de la lutte chimique à la bromadiolone, qui est efficace mais provoque des dégâts collatéraux sur le reste de la faune sauvage (les campagnols empoisonnés faisant partie de la chaîne alimentaire), les agriculteurs ont appris à faire appel aux rapaces. Avec l'aide de la LPO, ils ont installé des perchoirs amovibles afin de favoriser la prédation naturelle. En parallèle, des nichoirs ont été disposés de façon à permettre une meilleure reproduction dans la zone d'action. Depuis, la LPO assure le suivi de ces installations pour évaluer leur efficacité.
L'action ne s'arrête pas là. Extrêmement encadrée, la lutte contre le campagnol combine en effet différentes techniques, en particulier des méthodes préventives, comme la modification des pratiques agricoles, le piégeage et des mesures favorisant la prédation. Elle n'interdit pas (encore) le recours à la bromadiolone. Encore faut-il que les applicateurs soient correctement formés. Les multiplicateurs isérois ont donc suivi une fomation dispensée par la FDGDON, qui leur a délivré les fondamentaux concernant la réglementation, les dosages et les conditions d'application des préparations contenant de la bromadiolone.
Régulation
La démarche s'est avérée rapidement payante. Fin 2015, en dépit des dispositifs préventifs mis en place, la population de campagnols a en effet de nouveau augmenté et il a fallu la réguler. Des traitements à dosage très faible ont été effectués en 2015 (sept avis de traitement et 137 ha traités) et en 2016 (18 avis et une petite centaine d'hectares traités), ce qui a permis de faire baisser la pression de façon notable. Même si elle a fait ses preuves, cette façon de procéder est appelée à évoluer. « La bromadiolone est le seul produit à usage agricole actuellement autorisé, rappelle Louis-marie Broucqsault. Mais elle est en évaluation et nous ne sommes pas en mesure de savoir si la substance active continuera d'être inscrite, et donc approuvée, ou non. Les experts sont au travail. » Quelles que soient leurs conclusions, la commission européenne a décidé de soumettre au vote l'avis des experts. Il y a donc un risque pour que la bromadiolone soit interdite. D'où l'intérêt de développer des solutions de lutte alternative.