TechniTab 2010
Les producteurs de tabac veulent « se faire entendre »
Avec la fin de l'organisation commune de marché et des aides à la production, la filière tabacole vit une rupture sans précédent. La dernière journée technique organisée par Agri Tabac à Beaurepaire, le 16 septembre, a donc fait une large place aux questions économiques et politiques, réunissant plus de la moitié des membres de la coopérative.
Au-delà de l'organisation des chantiers en Virginie et des essais de dessiccation en Burley, la dernière journée technique organisée par la coopérative Agri Tabac le 16 septembre, à Beaurepaire, était l'occasion pour son président, Roland Primat, de dresser un état des lieux de la filière à la centaine d'adhérents de toute la région réunis en présence de responsables agricoles et politiques. Depuis le début de l'année, les tabaculteurs doivent en effet faire face à la fin de l'organisation commune de marché, ainsi qu'à une baisse de moitié des aides à la production. Le soutien à la production a aussi été entièrement découplé, ce qui entraîne au final une chute de deux tiers des aides versées aux producteurs de tabac.
Mais les tabaculteurs ne sont pas au bout de leurs peines. L'an prochain, c'est « un abandon pur et simple du soutien au tabac existant depuis quarante ans » qu'ils vont devoir affronter, a rappelé Roland Primat.
Langage de vérité
« Dans la situation que nous traversons, le conseil d'administration d'Agri Tabac a décidé d'être transparent, a déclaré le président de la coopérative. Nous savons que notre salut doit venir, pour l'essentiel, du marché et que le rapport de force ne nous y est pas forcément favorable. Nous sommes bien petits à côté des cigarettiers et, en France, du fait du coût de la main-d'oeuvre, nous ne pouvons pas être compétitifs sur le prix. Devant le jeu du chat et de la souris que pratiquent les industriels (qui demandent des annonces officielles) et les pouvoirs publics (qui exigent des efforts des fabricants de cigarettes) pour limiter leurs contributions respectives, nous aurions pu considérer que la partie était perdue d'avance. Malgré les nombreux points d'interrogation restés sans réponse, nous avons pourtant décidé de mettre en production. Pour que nos exploitations reviennent à l'équilibre, nous ne pouvons nous satisfaire des chiffres aujourd'hui avancés par les industriels. Les négociations ne sont pas finies. Elles viennent de reprendre après une interruption pendant l'été. Mais, pour l'instant, les cigarettiers n'envisagent pas d'apporter plus d'un euro supplémentaire au prix commercial d'1,6 euro à 1,7 euro par kilo pratiqué quand nous bénéficions d'un soutien communautaire. En restructurant nos organisations tabacoles, nous sommes déjà parvenus à économiser l'équivalent de cinquante centimes d'euro par kilo. Mais il reste encore environ un euro d'écart et je ne vois pas où nous pourrions encore presser le citron sans renoncer à un minimum de contacts avec les producteurs. Alors que nous savons que les industriels peuvent se serrer un peu plus la ceinture et que l'Etat s'est engagé à maintenir une filière tabacole en France. Il ne faut pas plus de vingt millions d'euros pour ce faire, alors que la hausse de 6 % des prix des cigarettes programmée dans la loi de finances 2011 devrait, elle, rapporter 800 millions. Les calculs sont clairs. Nous n'imaginons pas que nos interlocuteurs n'aient pas une réaction intelligente. Même si le tabac ne pèse "que" 2 000 producteurs à l'échelle nationale, il fait vivre autant de familles et de nombreux travailleurs saisonniers. Nous ne faisons pas l'aumône. Un soutien public serait un juste retour des gains de productivité obtenus par le biais de la spécialisation et de la concentration de nos exploitations. Mais nous devons nous faire entendre pour l'obtenir ».
Relais politiques
Les tabaculteurs peuvent compter sur les élus locaux pour relayer leurs messages. « Nous sommes tous prêts à nous retrousser les manches », a ainsi lancé Philippe Mignot, maire de Beaurepaire et conseiller régional. Le vice-président du conseil général de l'Isère en charge de l'agriculture, Christian Nucci, ayant été contraint de quitter la réunion après avoir suivi les visites de chantier, Philippe Mignot s'est fait le porte-parole des autres élus locaux en estimant que « la hausse des prix des cigarettes n'a de sens que si une partie revient aux producteurs. Il ne faudrait pas laisser des parts de marché à des producteurs qui n'ont pas les mêmes exigences de qualité et de traçabilité. Et, si les collectivités locales ont peu de leviers pour influencer les politiques européennes, elles peuvent, en revanche, aider les agriculteurs à mutualiser des moyens ».
« Sauver la culture du tabac n'est pas une compétence départementale ni régionale, mais les différents échelons d'administration ont l'habitude de coopérer dans nos territoires », a renchéri le député de l'Isère Georges Colombier, qui a rappelé la proposition du groupe d'études sur le tabac de l'Assemblée nationale (dont il est vice-président) de réserver 0,4 % des taxes sur les paquets de cigarettes aux producteurs. « Le problème est de savoir comment verser cette aide à la filière dans le cadre réglementaire actuel ». L'Union européenne semblant aujourd'hui plus encline à reconnaître une exception agricole dans le principe de libre concurrence, cette idée devrait être approfondie. « Suite à la première rencontre organisée avec le ministre de l'Agriculture en novembre dernier, le groupe d'études sur le tabac s'apprête à solliciter un nouveau rendez-vous avec Bruno Le Maire », a indiqué le parlementaire.
En conclusion, Roland Primat a invité les tabaculteurs à « rester mobilisés. Je crois que la filière lait a montré ce qu'il fallait faire pour imposer des prix permettant de couvrir les charges. Nous devons nous faire entendre, mais l'image d'un producteur de tabac dans l'opinion publique n'est pas celle d'un éleveur. Il faudra donc faire preuve d'imagination. Nous envisageons de construire quelque chose autour de la hausse des prix des cigarettes ».
Cécile Fandos
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Burley
Des essais de dessiccation encourageants
Les premiers résultats obtenus en séchant le Burley sur cadres semblant démontrer que le recours à des automotrices GCH permettant des gains de productivité soit possible dans la région.
La dernière journée technique organisée par Agri Tabac le 16 septembre, à Beaurepaire, visait notamment à présenter les essais de dessiccation menés en Burley. Contrairement au Virginie, cette variété est en effet peu mécanisée. Dans une optique de réduction des coûts de production, la coopérative s'est donc penchée sur la machine utilisée depuis 2006 aux Etats-Unis pour récolter le Burley.
Une économie de 70 centimes d'euro par kilo
« L'approche économique démontre que l'on pourrait économiser 70 centimes d'euro par kilo en investissant collectivement dans une automotrice GCH au lieu de s'équiper individuellement en récolteuses Kirpy », affirme le responsable technique d'Agri Tabac, Régis Genève. Même si une automotrice GCH coûte 325 000 euros, le surcoût de l'amortissement de cette machine par rapport à une récolteuse Kirpy ne dépasse pas 300 euros par hectare et par an, d'après les calculs de la coopérative (sur les bases d'un taux de subvention de 40 %, d'un amortissement sur sept ans et en prenant en compte le différentiel de matériel de séchage -soit 30 000 euros par hectare pour les cadres nécessaires au séchage du tabac récolté avec une machine GCH contre 24 000 euros par hectare pour des serres). Mais, comme l'automotrice GCH permet d'exploiter des surfaces bien plus importantes qu'une machine Kirpy et de se passer de main-d'œuvre, cet investissement s'avèrerait finalement plus rentable. Agri Tabac estime le gain pouvant ainsi être réalisé à 2 043 euros par hectare.
« En voyage aux Etats-Unis au sein d'une délégation française pour la seconde fois en deux ans, notre administrateur Pierre Moriconi a vu la récolteuse GCH fonctionner et nous atteste qu'elle marche bien, signale Régis Genève. Nous pourrions mener des tests machine dès l'année prochaine et d'autres devraient avoir lieu à l'échelle nationale, dans les autres régions productrices de France. Mais beaucoup de questions sur la mise en oeuvre du séchage en plein air dans des petites exploitations de 500 à 600 pieds restaient en suspens. C'est pourquoi nous avons organisé ces tests de dessiccation à Thodure, chez Florent Comballot, et à Aoste, au Gaec des Treize pas. Le premier résultat est que, contrairement à ce que nous avons pu craindre au départ, nous n'avons pas tout brûlé en couvrant les cadres de bâches. Par contre, nous avons pu vérifier, comme l'ont constaté nos collègues américains, qu'il valait mieux attendre sept à dix jours avant de couvrir les cadres, sauf en cas de pluie. La comparaison avec des plants témoins séchés en serre démontre que le tabac évolue beaucoup plus vite sur les cadres ».
« Une opportunité qu'il ne faut pas laisser passer »
Pour le président d'Agri Tabac, Roland Primat, ces premiers retours sont le signe que l'automotrice GCH est « une opportunité qu'il ne faut pas laisser passer. La récolteuse Virginie est arrivée des Etats-Unis. Pendant des années, nous avons tenté de mettre au point des machines qui ne marchaient pas car nous ne voulions pas adopter une solution qui ne nous semblait pas adaptée à nos exploitations. Nous ne devons pas faire en Burley les mêmes bêtises qu'en Virginie et avoir encore une guerre de retard. La diversité des chantiers en Virginie montre qu'il n'y a aura pas un système de production avec l'automotrice GCH. Nous allons sans doute nous casser les dents au début, mais nous ne sommes pas plus bêtes que les Américains, je parie que nous trouverons les façons d'adapter cet équipement à nos réalités locales. Surtout que le climat du Kentucky n'est pas si différent du nôtre. »
Engageant les adhérents à se projeter sur la prochaine campagne et au-delà, « même si c'est très compliqué, car personne ne sait à quel prix la production sera vendue », le président d'Agri Tabac invite aussi les producteurs de la région à se positionner assez vite. « Il faut que vous soyez suffisamment nombreux pour démontrer que c'est possible ».
C.F.
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Mais les tabaculteurs ne sont pas au bout de leurs peines. L'an prochain, c'est « un abandon pur et simple du soutien au tabac existant depuis quarante ans » qu'ils vont devoir affronter, a rappelé Roland Primat.
Langage de vérité
« Dans la situation que nous traversons, le conseil d'administration d'Agri Tabac a décidé d'être transparent, a déclaré le président de la coopérative. Nous savons que notre salut doit venir, pour l'essentiel, du marché et que le rapport de force ne nous y est pas forcément favorable. Nous sommes bien petits à côté des cigarettiers et, en France, du fait du coût de la main-d'oeuvre, nous ne pouvons pas être compétitifs sur le prix. Devant le jeu du chat et de la souris que pratiquent les industriels (qui demandent des annonces officielles) et les pouvoirs publics (qui exigent des efforts des fabricants de cigarettes) pour limiter leurs contributions respectives, nous aurions pu considérer que la partie était perdue d'avance. Malgré les nombreux points d'interrogation restés sans réponse, nous avons pourtant décidé de mettre en production. Pour que nos exploitations reviennent à l'équilibre, nous ne pouvons nous satisfaire des chiffres aujourd'hui avancés par les industriels. Les négociations ne sont pas finies. Elles viennent de reprendre après une interruption pendant l'été. Mais, pour l'instant, les cigarettiers n'envisagent pas d'apporter plus d'un euro supplémentaire au prix commercial d'1,6 euro à 1,7 euro par kilo pratiqué quand nous bénéficions d'un soutien communautaire. En restructurant nos organisations tabacoles, nous sommes déjà parvenus à économiser l'équivalent de cinquante centimes d'euro par kilo. Mais il reste encore environ un euro d'écart et je ne vois pas où nous pourrions encore presser le citron sans renoncer à un minimum de contacts avec les producteurs. Alors que nous savons que les industriels peuvent se serrer un peu plus la ceinture et que l'Etat s'est engagé à maintenir une filière tabacole en France. Il ne faut pas plus de vingt millions d'euros pour ce faire, alors que la hausse de 6 % des prix des cigarettes programmée dans la loi de finances 2011 devrait, elle, rapporter 800 millions. Les calculs sont clairs. Nous n'imaginons pas que nos interlocuteurs n'aient pas une réaction intelligente. Même si le tabac ne pèse "que" 2 000 producteurs à l'échelle nationale, il fait vivre autant de familles et de nombreux travailleurs saisonniers. Nous ne faisons pas l'aumône. Un soutien public serait un juste retour des gains de productivité obtenus par le biais de la spécialisation et de la concentration de nos exploitations. Mais nous devons nous faire entendre pour l'obtenir ».
Relais politiques
Les tabaculteurs peuvent compter sur les élus locaux pour relayer leurs messages. « Nous sommes tous prêts à nous retrousser les manches », a ainsi lancé Philippe Mignot, maire de Beaurepaire et conseiller régional. Le vice-président du conseil général de l'Isère en charge de l'agriculture, Christian Nucci, ayant été contraint de quitter la réunion après avoir suivi les visites de chantier, Philippe Mignot s'est fait le porte-parole des autres élus locaux en estimant que « la hausse des prix des cigarettes n'a de sens que si une partie revient aux producteurs. Il ne faudrait pas laisser des parts de marché à des producteurs qui n'ont pas les mêmes exigences de qualité et de traçabilité. Et, si les collectivités locales ont peu de leviers pour influencer les politiques européennes, elles peuvent, en revanche, aider les agriculteurs à mutualiser des moyens ».
« Sauver la culture du tabac n'est pas une compétence départementale ni régionale, mais les différents échelons d'administration ont l'habitude de coopérer dans nos territoires », a renchéri le député de l'Isère Georges Colombier, qui a rappelé la proposition du groupe d'études sur le tabac de l'Assemblée nationale (dont il est vice-président) de réserver 0,4 % des taxes sur les paquets de cigarettes aux producteurs. « Le problème est de savoir comment verser cette aide à la filière dans le cadre réglementaire actuel ». L'Union européenne semblant aujourd'hui plus encline à reconnaître une exception agricole dans le principe de libre concurrence, cette idée devrait être approfondie. « Suite à la première rencontre organisée avec le ministre de l'Agriculture en novembre dernier, le groupe d'études sur le tabac s'apprête à solliciter un nouveau rendez-vous avec Bruno Le Maire », a indiqué le parlementaire.En conclusion, Roland Primat a invité les tabaculteurs à « rester mobilisés. Je crois que la filière lait a montré ce qu'il fallait faire pour imposer des prix permettant de couvrir les charges. Nous devons nous faire entendre, mais l'image d'un producteur de tabac dans l'opinion publique n'est pas celle d'un éleveur. Il faudra donc faire preuve d'imagination. Nous envisageons de construire quelque chose autour de la hausse des prix des cigarettes ».
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La dernière journée technique organisée par Agri Tabac le 16 septembre, à Beaurepaire, visait notamment à présenter les essais de dessiccation menés en Burley. Contrairement au Virginie, cette variété est en effet peu mécanisée. Dans une optique de réduction des coûts de production, la coopérative s'est donc penchée sur la machine utilisée depuis 2006 aux Etats-Unis pour récolter le Burley.
Une économie de 70 centimes d'euro par kilo
« L'approche économique démontre que l'on pourrait économiser 70 centimes d'euro par kilo en investissant collectivement dans une automotrice GCH au lieu de s'équiper individuellement en récolteuses Kirpy », affirme le responsable technique d'Agri Tabac, Régis Genève. Même si une automotrice GCH coûte 325 000 euros, le surcoût de l'amortissement de cette machine par rapport à une récolteuse Kirpy ne dépasse pas 300 euros par hectare et par an, d'après les calculs de la coopérative (sur les bases d'un taux de subvention de 40 %, d'un amortissement sur sept ans et en prenant en compte le différentiel de matériel de séchage -soit 30 000 euros par hectare pour les cadres nécessaires au séchage du tabac récolté avec une machine GCH contre 24 000 euros par hectare pour des serres). Mais, comme l'automotrice GCH permet d'exploiter des surfaces bien plus importantes qu'une machine Kirpy et de se passer de main-d'œuvre, cet investissement s'avèrerait finalement plus rentable. Agri Tabac estime le gain pouvant ainsi être réalisé à 2 043 euros par hectare.
« En voyage aux Etats-Unis au sein d'une délégation française pour la seconde fois en deux ans, notre administrateur Pierre Moriconi a vu la récolteuse GCH fonctionner et nous atteste qu'elle marche bien, signale Régis Genève. Nous pourrions mener des tests machine dès l'année prochaine et d'autres devraient avoir lieu à l'échelle nationale, dans les autres régions productrices de France. Mais beaucoup de questions sur la mise en oeuvre du séchage en plein air dans des petites exploitations de 500 à 600 pieds restaient en suspens. C'est pourquoi nous avons organisé ces tests de dessiccation à Thodure, chez Florent Comballot, et à Aoste, au Gaec des Treize pas. Le premier résultat est que, contrairement à ce que nous avons pu craindre au départ, nous n'avons pas tout brûlé en couvrant les cadres de bâches. Par contre, nous avons pu vérifier, comme l'ont constaté nos collègues américains, qu'il valait mieux attendre sept à dix jours avant de couvrir les cadres, sauf en cas de pluie. La comparaison avec des plants témoins séchés en serre démontre que le tabac évolue beaucoup plus vite sur les cadres ».« Une opportunité qu'il ne faut pas laisser passer »
Pour le président d'Agri Tabac, Roland Primat, ces premiers retours sont le signe que l'automotrice GCH est « une opportunité qu'il ne faut pas laisser passer. La récolteuse Virginie est arrivée des Etats-Unis. Pendant des années, nous avons tenté de mettre au point des machines qui ne marchaient pas car nous ne voulions pas adopter une solution qui ne nous semblait pas adaptée à nos exploitations. Nous ne devons pas faire en Burley les mêmes bêtises qu'en Virginie et avoir encore une guerre de retard. La diversité des chantiers en Virginie montre qu'il n'y a aura pas un système de production avec l'automotrice GCH. Nous allons sans doute nous casser les dents au début, mais nous ne sommes pas plus bêtes que les Américains, je parie que nous trouverons les façons d'adapter cet équipement à nos réalités locales. Surtout que le climat du Kentucky n'est pas si différent du nôtre. »
Engageant les adhérents à se projeter sur la prochaine campagne et au-delà, « même si c'est très compliqué, car personne ne sait à quel prix la production sera vendue », le président d'Agri Tabac invite aussi les producteurs de la région à se positionner assez vite. « Il faut que vous soyez suffisamment nombreux pour démontrer que c'est possible ».----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------