Les producteurs veulent avoir le temps de produire
Les légumes, ça pousse, mais il faut s'en occuper. Et quand ils sont à maturité, il faut les récolter. Un détail que les auteurs du nouveau règlement des marchés de Grenoble ont apparemment occulté. En cherchant à faire évoluer le système pour le rendre plus transparent et l'adapter aux « réalités de terrain », la nouvelle équipe municipale de Grenoble a cru bien faire. Malheureusement pour elle, le « terrain » perçoit la « réalité » autrement. Depuis quelques semaines en effet, les producteurs, dont la Ville veut pourtant « favoriser la venue », marquent leur opposition. S'ils jugent positives certaines évolutions, comme les extensions d'horaires ou l'affichette indiquant qui est producteur, ils sont extrêmement critiques, notamment envers les nouvelles formules d'abonnement.
Trois formules d'abonnement
Auparavant, il n'existait qu'une seule option : l'abonnement permanent. Le nouveau règlement en propose trois : l'abonnement permanent (un emplacement pour tous les jours de marché, avec quatre jours de présence minimum), l'abonnement à la journée (valable un an, pour certains jours de la semaine définis au départ, avec la nécessité de choisir entre samedi et dimanche) et l'abonnement à la saison (même système que l'abonnement permanent, mais sur une saison seulement). L'intention est louable, mais elle ne correspond pas aux contraintes de nombre de producteurs, surtout ceux qui sont seuls sur de petites structures. « Etre présent sur le marché quatre jours par semaine ? Mais ils ne comprennent pas que le produit, il faut le cultiver, le travailler, voire le transformer ? Sinon, il nous est difficile d'aller sur le marché », s'emporte Marc Bardin, producteur de fruits rouges et de confitures à Charavines.
2017 étant considéré comme une période de transition, le système est encore en rodage. La Ville se laisse plusieurs mois pour le rendre opérationnel et propose des marges de manœuvre. « Les commerçants dont l'activité est incompatible avec les formules d'abonnement proposées auront la possibilité de saisir l'obtention d'un dérogation », indique le nouveau réglement, qui précise : « La liste des dérogations sera communiquée chaque année à la commission paritaire des marchés. »
Pour Virginie Thouvenin, conseillère pour la valorisation des produits fermiers à la chambre d'agriculture, cette phrase laisse le champ libre à la négociation. « Tout est ouvert : à nous de faire des propositions », a-t-elle rappelé à la petite vingtaine de producteurs réunis le 30 mars à la Maison des agriculteurs pour éplucher le nouveau règlement et réfléchir à des actions collectives pour discuter ce qui peut l'être. « La priorité, c'est de laisser les gens dans leurs champs ou leur labo, et de travailler sur cette question des quatre jours de présence », insiste Marc Bardin. Tous les producteurs sont d'accord sur ce point. « Ce règlement des quatre jours favorise les revendeurs et pénalise les agriculteurs qui doivent produire leurs légumes », s'inquiète Françoise Berthier, maraîchère à Semons qui « déballe » sur deux marchés grenoblois.
Attraction
D'où la nécessité d'identifier les producteurs, souligne le président de la chambre, Jean-Claude Darlet. « C'est vrai que les clients ne savent plus qui est qui, remarque Céline Lantheaume, productrice de volailles. Les panneaux, c'est une bonne idée pour s'y retrouver. » En revanche, comme nombre de ses collègues, l'éleveuse ne voit pas d'un bon œil que producteurs et revendeurs soient regroupés au même endroit, comme ça commence à être le cas, sur le marché de l'Estacade notamment. « Les revendeurs voient bien que le côté producteurs est de plus en plus dynamique, dénonce Marc Bardin. C'est nous qui créons l'attraction et ils veulent en profiter. » Une maraîchère de Vaulnaveys fait remarquer que, l'hiver, quand il y a moins de production, ce sont les revendeurs qui prennent le relais. Il faut donc trouver un consensus. C'est bien ce que les producteurs ont essayé de faire tout au long de l'après-midi. Des pistes de travail ont été esquissées. Les producteurs ont ainsi listé une série de critères pour l'obtention d'une dérogation à la règle des quatre jours. Il a également été question de créer un GIE de façon à pouvoir mutualiser les abonnements. Et même des associations de producteurs pour peser dans les négociatons avec la Ville.
En attendant, Virginie Thouvenin invite les producteurs à faire des demandes de dérogation à la Ville en expliquant qu'ils ne peuvent pas assurer plus de jours de présence sur les marchés grenoblois pour cause de... production. Avec copie à la chambre d'agriculture de façon à ce qu'elle puisse suivre les dossiers en commission consultative des marchés.