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Tabac

Les producteurs veulent croire en leur avenir

C'est dans un contexte économique tendu qu'ont eu lieu, mi-décembre, les assemblées générales de la coopérative Agri tabac, de la caisse d'assurance mutuelle agricole des producteurs de tabac sud-est et de la fédération régionale tabacole sud-est. Ce fut l'occasion de dresser le bilan de l'année 2009, qui même s'il est positif, ne fait pas oublier aux professionnels les difficultés financières de l'année 2010.
Les producteurs veulent croire en leur avenir
« La récolte 2009 a été exceptionnelle. La météo a permis d'avoir un rendement important », annonce Gilles Charbonnel, vice-président de la coopérative Agri tabac, lors de son assemblée générale, mi-décembre. Une assemblée générale couplée avec celles de la caisse d'assurance mutuelle agricole des producteurs de tabac sud-est et de la fédération régionale sud-est. Ainsi, le bilan de la saison 2009 est plutôt positif et marque une rupture avec les années précédentes. « Nous n'avons pas vu ça depuis 2003. En Virginie, nous avons ramassé 3 160 kilos par hectare et en Burley, 3 310 kilos par hectare. Au total, nos 583,41 hectares ont produit 1 842 tonnes de tabac », ajoute le vice-président. Un constat sur lequel le rejoint Jean Candy, président de la caisse d'assurance mutuelle agricole des producteurs de tabac sud-est. « La récolte 2009 se caractérise par une sinistralité très faible et pour la première fois dans l'histoire de la caisse d'assurance, permet un résultat d'exercice largement positif. En Virginie, aucun hectare n'a été touché par la grêle, mais il y a eu des pertes assez importantes dues au virus Y, essentiellement sur la sous-variété 31 612 ». Il ajoute : « L'année 2010 va vraisemblablement confirmer cette tendance. Seuls 2,65 hectares sur 580 ont été détruits par la grêle, mais cela est nuancé par un faible rendement à l'hectare, une qualité médiocre en Virginie et des prix très bas ». Le contexte est également différent, puisque pour la première fois cette année, l'assurance récolte a été mise en place. Le taux de sinistres étant très faible - 2 % -, il n'a donc pas été possible de tester réellement les avantages et les inconvénients de ce dispositif. Seul regret : « Les sinistrés seront indemnisés sur une base individuelle et historique, totalement déconnectée des rendements en poids et en argent des tabaculteurs non sinistrés. Des adaptations paraissent nécessaires », précise Jean Candy.

Des inquiétudes pour l'avenir
Malgré ce tableau qui semble plutôt positif, les inquiétudes des professionnels demeurent. En novembre, les tabaculteurs n'avaient d'ailleurs pas hésité à manifester devant l'assemblée nationale. Leurs revendications ? Une aide de l'Etat de 12 millions d'euros (soit 0,65 euro par kilos) pour faire face à l'abandon des soutiens communautaires dus à la réforme de l'OCM* tabac et assurer la survie de leurs exploitations. Cette demande était notamment motivée par l'annonce de la hausse de 6% du prix des cigarettes qui permettra à l'Etat d'engranger 700 millions d'euros supplémentaires, « qui profitera à l'ensemble de la filière aval, industriels et débitants, sauf à nous, les producteurs », précise Roland Primat, président de la coopérative Agri tabac.
Autre sujet sensible : la revalorisation de 10 % des droits à paiement unique (DPU). « Cela fait deux ans que l'on s'éreinte à demander au ministère un accompagnement sur le prix au kilo. On vient d'apprendre par une Direction départementale des territoires d'un autre département que les dispositions concernant ces 10 % de revalorisation ont été arrêtées et que les producteurs vont être bientôt crédités. Or, ces 10 % vont être calculés sur une référence des surfaces de 2006 ! Sur les sept millions d'euros qui doivent être versés, 40 % de cette somme iront conforter des exploitations qui ne font plus de tabac. Cela va renforcer les divisions », s'indigne Roland Primat.

Une nouvelle ère pour les tabaculteurs
Dans ce contexte économique tendu et alors que les aides publiques à l'agriculture diminuent, dresser des perspectives d'avenir semble être un exercice de style difficile. Pourtant, « il faut croire en l'avenir. La période est extrêmement délicate, mais il faut avoir le courage de regarder devant et de prendre les bonnes décisions. Il faut que l'on se groupe de plus en plus et que l'on diminue nos charges de structure. Arrêtons la mécanisation individuelle et relançons les Cuma ! Je sais que cela ne fait pas plaisir à tout le monde, mais j'assume ce discours car il n'y a que comme ça que nous arriverons à installer des jeunes », affirme Gérard Seigle-Vatte, président de la Chambre d'agriculture de l'Isère. Le discours de Roland Primat s'inscrit d'ailleurs dans la même veine. Pour lui, « les tabaculteurs sont dans une nouvelle ère. Après 40 ans de total soutien des pouvoirs publics, c'est désormais le grand vide. Avec les industriels, ils testent notre capacité de résistance. Mais, nous voulons croire en nos chances et c'est notre capacité à nous remettre en cause qui fera la différence ». Redimensionnement des moyens, adaptation de la politique commerciale et industrielle ou encore volonté de sortir de « ce dialogue de sourds entrepris avec les pouvoirs publics », font partie des projets évoqués par le président d'Agri tabac pour que la filière s'extirpe de cette situation. A la veille de la campagne 2011, alors que règnent encore beaucoup d'incertitudes, un soutien exceptionnel pour 2010 va être mis en place. « Cela pourra venir de nos fonds propres. Il s'agit d'investir pour l'avenir sur trois niveaux d'intervention : l'abandon des marges pour la coopérative sur la récolte 2010, ce qui représenterait 150 000 euros ; un avoir sur le forfait à l'hectare annuel réservé aux surfaces engagées en 2011, soit une somme de 300 000 euros; enfin, une réduction sur les cotisations 2010 sera décidée après le bouclage de l'exercice comptable, ce qui représenterait entre 200 et 300 000 euros », annonce Roland Primat. Le calendrier reste encore à définir, mais pour ce dernier, « il y a des réelles raisons d'espérer et cela ne pourra se concrétiser qu'avec conviction, détermination et courage. Après toute phase de crise, il y a forcément des lendemains plus heureux ».
Lucile Ageron
* Organisation commune de marché