Les produits locaux sur leur 31
Des colis de Noël garnis de produits du terroir, plutôt que de produits industriels ? L'idée séduit. A l'occasion des fêtes de fin d'année, les agriculteurs isérois sont de plus en plus nombreux à confectionner des paniers composés de produits locaux. Ils peuvent être destinés aux particuliers, à l'image de ceux préparés par les agriculteurs du point de vente collectif de Bourgoin-Jallieu, « La halle paysanne ». « Nous préparons des paniers composés de différents produits en vente libre, pour les personnes pressées ou qui n'ont pas d'idée précise. Mais nous sommes aussi à la disposition des clients qui souhaitent composer eux-mêmes leur panier, selon les goûts de la personne à qui ils souhaitent l'offrir et selon leur budget. Nous proposons ce type de colis toute l'année, mais, pour les fêtes, les producteurs s'attachent à rendre leurs produits plus festifs », explique Isabelle Badin, agricultrice à Maubec, qui commercialise une partie de ses produits à « La halle paysanne ».
Retombées partagées
D'autres agriculteurs organisent aussi une démarche qui cible les mairies de leur territoire : ils leur proposent des colis à offrir aux personnes âgées et aux employés communaux. C'est le cas dans le massif de Belledonne. L'Adabel (1) sollicite son réseau pour que les agriculteurs listent les produits qu'ils peuvent proposer. Les mairies se rapprochent ensuite directement des producteurs qui les intéressent. Cette année, huit exploitations s'associent pour proposer des rillettes, des pâtés, des confits d'oignons, du miel, du pain d'épices, des biscuits, des meringues, des confitures, des tisanes et même des savons. « Cette initiative complète le marché de Noël qui aura lieu au Pinet d'Uriage, et qui permettra aux particuliers de confectionner des paniers garnis de produits de Belledonne », détaille Audrey Abba, présidente de l'Adabel.
Démarche identique dans le sud-Grésivaudan, où, depuis cinq ans, les agriculteurs regroupés au sein de l'association des « Points fermiers en Dauphiné », envoient en septembre la liste de leurs produits (pâtés, noix et produits dérivés, miels, pain d'épices...) aux communes des cantons de Saint-Marcellin, Vinay et Pont-en-Royans, pour qu'elles choisissent ceux qu'elles mettront dans leur colis. Pour Jocelyne Revol, agricultrice à Saint-Hilaire-du-Rosier et membre de l'association, « la difficulté initiale a été de convaincre les élus que ces traditionnels présents pouvaient être composés avec des produits locaux. Depuis, les retours sont positifs. Des maires nous rapportent maintenant combien les personnes qui les reçoivent apprécient que ces ces terrines et autres confitures aient été fabriquées à côté de chez elles ». Aujourd'hui, l'association fournit chaque année entre 15 et 20 mairies ou CCAS (2), en charge de l'organisation de la distribution de ces colis.
Une initiative similaire existe en Chartreuse depuis une quinzaine d'années, mise en œuvre par le « Groupement des paysans, artisans et créateurs de Chartreuse ». « Avec succès, car cette année, nous préparons près de 1 000 colis pour une douzaine de communes situées dans l'enceinte du parc, dont 700 pour la seule commune de Crolles, qui, régulièrement s'approvisionne auprès de nous », indique André Pascal, apiculteur à Saint-Pierre-de-Chartreuse et président du groupement. Au bénéfice de tout le territoire. Les consommateurs apprécient l'origine des produits. Les élus sont satisfaits de faire travailler les exploitations et les artisans du secteur. Quant aux producteurs, en plus du chiffre d'affaires généré, variable d'une initiative à une autre, ils profitent d'une notoriété renforcée.
« Joyeux bazar »
La liberté qu'ont les communes de composer des colis « à la carte », selon leur budget (entre 20 et 50 euros en moyenne) et la palette des produits participent à la réussite de ces opérations. Et, pour l'ensemble des producteurs, la question de la présence ou non de foie gras ou de chocolats dans les paniers relève du dilemme, quand il n'y a pas de producteurs dans leur périmètre. Produits d'appel à l'occasion des fêtes, certains font le choix de s'en procurer un peu plus loin. D'autres estiment que l'opportunité qu'ont les communes de composer leurs paniers leur permet de s'approvisionner chez d'autres artisans, et ainsi, de faire travailler d'autres figures du commerce local. En Chartreuse, comme dans le sud-Grésivaudan, pour pallier la difficulté du démarchage individuel trop chronophage, les agriculteurs organisent, en amont des commandes, des soirées auprès des élus pour se présenter et faire déguster leurs produits. Maintenant que ces groupements ont trouvé leur rythme de croisière avec les communes, ils souhaiteraient étendre cette démarche commerciale auprès des comités d'entreprise qui offrent aussi ce type de colis à leurs employés. Mais, outre la crise qui a restreint les budgets concernant ces initiatives, les agriculteurs sont freinés par leur capacité à produire. Ces démarches restent « artisanales » et la préparation des colis relève plus du « joyeux bazar », que de la chaîne industrielle.
(1) Association pour le développement de l'agriculture de Belledonne
(2) Centre communal d'action social
Isabelle Brenguier
Paniers bio / « Mes voisins de panier », un réseau de fermes bio qui propose plus de deux-cents produits aux particuliers du nord-Isère et du voironnais. Entre la Boucle du Rhône, les vallons de La Tour et le Voironnais, c’est un solide réseau de fermes bio qui a créé, il y a une dizaine d’années, un système de paniers distribués tout au long de l’année. « Mes voisins de panier » fonctionne sur commande, via un site internet éprouvé, où le client sélectionne ses produits et la ferme où il pourra les retirer. « Chaque ferme vend directement. Nous procédons aux échanges de produits le jeudi après-midi ici, au Gaec de l’Abreuvoir à Saint-Sorlin-de-Morestel. En une heure de temps, tout est réglé. Tout est géré en commun », explique Philippe Allagnat, une des chevilles ouvrières du réseau, associé du Gaec et maire du village. Ce sont les clients qui constituent leurs paniers. Pas de contenu fixé à l’avance et pas de prix moyen donc, le panier peut varier d’une douzaine d’euros pour des légumes à une centaine d’euros pour qui fait le plein, car il y a plus de deux-cents produits référencés. On peut ainsi composer un assortiment de fruits et légumes de saison, de produits laitiers, de farines, de viandes (bovin, ovin, porcin sous toutes les formes), de volailles, de jus, de compotes, d’une multitude de pains, de tortillas ou pizzas etc. « Une partie des produits est transformée selon la saison », précise l’exploitant. Le réseau compte entre 300 et 350 clients. Il y a d’une part les typiquement bio qui font plusieurs dizaines de kilomètres pour s’approvisionner et la clientèle locale qui apprécie la proximité, la praticité du système ou simplement de se rendre à la ferme. « Il n’y a pas de commerce dans le village. A Saint-Sorlin, nous faisons la distribution le jeudi et le vendredi soir. C’est la sortie familiale », ajoute Philippe Allagnat. Le Gaec de l’Abreuvoir a ce côté original de disposer d’un troupeau de 70 vaches laitières composé de huit races (prim’holstein, montbéliarde, tarine, abondance, simmental, jersiaise, villarde et normande), qui vaut le détour.I.D.