Les propriétaires ruraux, acteurs du renouvellement des générations
Foncier / Réunie à Rouen les 12 et 13 mars, la Section nationale des propriétaires ruraux (SNPR) a affiché sa détermination. Entre le renouvellement de son équipe dirigeante et la dénonciation d'un cadre législatif jugé sclérosant, les propriétaires entendent s'affirmer comme des acteurs prêts et responsables face aux mutations de l'agriculture française.
Le 79e congrès de la SNPR a marqué un tournant pour la section spécialisée de la FNSEA. Si Patrice Joseph (Eure-et-Loir) a été reconduit à la présidence pour un mandat de trois ans, il est désormais épaulé par une nouvelle secrétaire générale, Anne-Marie Leroy (Tarn). Avec l'arrivée de huit nouveaux administrateurs sur vingt-cinq, la SNPR mise sur une équipe rajeunie pour affronter des défis de plus en plus complexes : agrivoltaïsme, déploiement de la fibre optique dans les haies ou encore multiplication des contraintes écologiques. La question du renouvellement des générations a dominé les échanges. Pour la SNPR, le constat est sans appel : il n'y aura pas de relève agricole sans une politique forte en faveur du portage foncier. Si Patrice Joseph reconnaît l'utilité des foncières "citoyennes" ou des fonds publics et privés, il rappelle que ce sont des « solutions d’appoint » qui ne pourront jamais être massifiées à l'échelle du territoire. Pourtant, ce rôle crucial des propriétaires semble ignoré, voire découragé par le cadre actuel. Raymond Muller, secrétaire général sortant, a fermement dénoncé un statut du fermage devenu inadapté, créant chez les bailleurs un sentiment de dépossession. « Dans beaucoup trop d’endroits, la mise à bail entraîne une dévalorisation du foncier », a-t-il souligné, tandis que Patrice Joseph a pointé une « fiscalité foncière archaïque et trop souvent confiscatoire qui détourne les investisseurs de la terre ».
Statut du fermage
La frustration est d'autant plus vive au sein de la SNPR que les récentes lois agricoles ont totalement occulté la question foncière, ont tancé les différents intervenants. Raymond Muller n'a pas mâché ses mots en évoquant un « néant absolu » et un « grand trou noir » concernant l'évolution du statut du fermage, malgré les accords existants entre bailleurs et preneurs au sein de la FNSEA. Face à l'urgence démographique du secteur, la section appelle à ne plus fuir ce sujet, aussi sensible soit-il. Au-delà des revendications, le congrès a mis l'accent sur la responsabilité des propriétaires. Les experts réunis en table ronde ont insisté sur la nécessité de sécuriser les relations par des baux écrits précis et des états des lieux complets. Pour Marcel Lejosne, secrétaire général du think-tank AgriDées, l'acte de mettre à bail doit être perçu comme un véritable « acte citoyen », engageant le propriétaire dans le développement agricole et la préservation de l'environnement. Sur ce dernier point, la SNPR se dit prête à s'investir, tout en exprimant ses inquiétudes face aux zonages environnementaux croissants. Les propriétaires s'interrogent légitimement sur l'impact de ces mesures sur la valeur de leurs biens et sur les indemnisations prévues. La nouvelle mandature se fixe pour objectif de faire en sorte que les propriétaires ruraux soient enfin considérés comme des sources massives de solutions.
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