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Système fourrager

Les recettes de méteil se précisent

Le méteil s'impose de plus en plus comme une alternative intéressante pour l'alimentation des troupeaux. L'observation régulière des semis réalisés aide à mieux repérer les bonnes associations.
Les recettes de méteil se précisent

Si l'intérêt du méteil n'est plus à prouver pour sécuriser le système fourrager des éleveurs, des questions demeurent pour trouver les bonnes espèces adaptées au bon système. Comme le souligne Jean-Pierre Manteaux, conseiller fourrage à la chambre d'agriculture de la Drôme, « ce n'est pas une science exacte, et ça l'est encore moins avec le changement climatique »
D'où l'intérêt de suivre avec attention les parcelles implantées. C'est ce que font régulièrement les techniciens de la chambre d'agriculture de l'Isère, en accompagnant les agriculteurs qui font des semis. Avant d'être récoltées courant juillet, plusieurs parcelles ont ainsi fait l'objet le 25 juin d'un tour de plaine, entre les communes de Pommier-de-Beaurepaire et de Diemoz.

Semis de prairies sous méteil

La première parcelle visitée est située à Pommier-de-Beaurepaire. Dans l'enceinte du captage du Mottier, Jacques et Philippe Mange du Gaec des Isles, expérimentent le semis de prairies sous méteil. « Cette technique est innovante car elle permet d'économiser un travail du sol », précise Chloé Baranowski, conseillère agronomie-environnement à la chambre d'agriculture de l'Isère. Elle a consisté à semer un mélange de type « sécurité stock *», composé de 80 kg/ha de triticale, 80 kg de blé et 30 kg de pois fourrager fin octobre 2019, et d'un autre de prairies, constitué de 12 kg/ha de ray gras hybride (mélange d'italien et d'anglais) et 12 kg de trèfle violet (des mélanges qui se complémentent bien) le 19 février 2020. « Le semis s'est fait au quad, à la volée, car à ce moment-là, le semoir avait du mal à entrer dans les champs », expliquent les deux associés. En terme de fertilisation, outre le fumier déposé à l'automne, les agriculteurs ont ajouté 80 unités d'azote. La pesée réalisée le 12 mai a fait état d'une estimation de récolte de 7,4 tonne de matière sèche à l'hectare. Le méteil a été fauché le 18 mai. La prairie devrait être fauchée en juillet. A condition qu'il pleuve. Sinon, elle sera laissée pour qu'elle graine.

En la voyant, techniciens et agriculteurs ont pu constater que « le semis au quad était adapté pour les légumineuses mais moins pour les graminées, restées de petite taille et présentes de façon plus hétérogène ». Ils préconisent donc de de les semer soit en même temps que le méteil pour qu'elles soient plus enfouies, soit lors d'un second passage pour qu'elles soient mises à 1 cm de profondeur. Pour Jean-Pierre Manteaux, il est intéressant de semer « dès que les conditions sont suffisantes en sortie d'hiver. Si cela est possible, c'est bien de viser février plutôt que mars ». Il indique également que le trèfle violet convient bien à la fauche, alors que le blanc est plus adapté à la pâture. Selon lui, ces mélanges sont particulièrement bien adaptés aux vaches allaitantes. Ce type de prairie est implantée pour deux ou trois ans.

La deuxième parcelle étudiée, toujours implantée par Jacques et Philippe Mange, était composée d'un mélange de méteil de 80 kg/ha de triticale, 80 kg de blé et d'une prairie constituée de 20 kg/ha d'un mélange Saint-Marcellin (dactyle, fétuque élevée, trèfle blanc et lottier), 4 kg/ha de trèfle violet et 5 kg de luzerne. Les semis ont été effectués dans les mêmes conditions que dans la première parcelle. Les constats et les recommandations se rejoignent. Le mélange proposé est intéressant. Le lottier s'est bien développé. Ce fut moins le cas de la fétuque élevée et du dactyle, mais pour Jean-Pierre Manteaux, « ils n'ont pas forcément été semés à la meilleure période, ni avec la technique la plus adaptée ».

Méteil grain

Les autres parcelles étudiées étaient semées de méteil grain classique.
Une première, implantée de 120 kg/ha de triticale et 25 kg/ha d'avoine, par Laurent Marchand, également à Pommier-de-Beaurepaire, a permis d'aborder la question de la verse. Pour l'éviter, les céréales implantées doivent être suffisamment résistantes pour être de bons tuteurs. Le constat est fait que, dans ce domaine, le seigle n'est pas intéressant. Il vaut mieux préférer l'orge en tant que premier tuteur, avant le développement du triticale, et l'avoine qui, en poussant en mai, peut servir de second tuteur. La fertilisation joue aussi un rôle important en la matière. Si la surface reçoit chaque année du fumier, et alors même qu'elle ne profite d'aucun apport complémentaire d'azote, le reliquat suffit pour favoriser la verse du méteil. « Il faut donc être très vigilant sur cette question », insiste Jean-Pierre Manteaux.
Dans l'exploitation de Christelle et Pascal Ollier, à Diemoz, dans l'enceinte du captage du Brachet, cela fait quatre ans qu'on implante du méteil. Le mélange est chaque année le même : « 30 kg/ha de vesce commune, 50 kg de pois fourrager, 80 kg de féveroles, 30 kg d'avoine blanche, 25 kg de triticale et 30 d'orge ». Il permet aux exploitants de faire de la farine qui sert à l'engraissement des génisses en remplacement d'aliments complets. « On essaie de faire à l'économie », explique-t-ils. S'il est atypique (à cause de la présence d'orge), le mélange donne satisfaction aux éleveurs. Le triticale joue le rôle de tuteur pour le pois et la vesce, comme l'avoine, qui fait office de deuxième tuteur.
Pour Jean-Pierre Manteaux, « la réussite de ce mélange montre bien qu'il faut avoir une réflexion territoire par territoire et exploitation par exploitation. Il n'est pas certain qu'il fonctionne ailleurs, mais dans ces terres qui n'ont pas trop de potentiel, il fonctionne bien. Il y a toujours un équilibre à trouver entre l'agronomie et le coût ». Autres intérêts des mélanges mis en avant par le technicien : leur pouvoir couvrant qui empêche la prolifération des adventices et des maladies. « Comme il y a moins de contacts entre chaque espèce que dans une parcelle dans laquelle il n'y a qu'une seule variété, les maladies ont moins de facilité à se développer », précise-t-il.

 

* Un mélange « sécurité stock » contient une large part de céréales

Isabelle Brenguier

 

En bref

Le ray gras hybride ne pousse plus au-dessus de 25 degrés. Ce n'est pas une espèce faite pour les fortes chaleurs.
La vesce velue se prête bien à une implantation en zone de montagne car elle est résistante au froid. Elle est adaptée aux mélanges destinés à l'ensilage mais pas à ceux prévus pour être récoltés en grain, car elle est toxique pour les petits ruminants.