"Les résultats sont là"
« Je suis depuis longtemps confronté à la question des cultures intermédiaires pièges à nitrates car l'exploitation compte 50 hectares en plaine, en zone de captage d'eau potable. Si les nitrates y avaient approché le seuil de 50mg/l cela aurait représenté une source d'inquiétude. La chambre d'agriculture m'a donc incité à semer des Cipan et réduire mes doses d'azote. Mesures agro-environnementales (MAE) pendant 5 ans pour parvenir à 140 unités d'azote en moyenne sur l'exploitation, puis Contrat d'agriculture durable (CAD) pendant 5 autres années pour implanter les Cipan : on n'y vient pas comme ça », témoigne Richard Fragnoud, qui exploite une centaine d'hectares à Agnin, dont 85 en céréales, 8 en vergers et 7 en prairies temporaires. « Lorsque j'ai su que je serai obligé de semer des Cipan en zone vulnérable je me suis demandé que faire. On m'a proposé de procéder à des essais et j'ai été de suite d'accord. Ils ont duré trois ans, dans le cadre du CAD et avec la coopérative Dauphinoise, afin de savoir vers quel Cipan s'orienter : mettre seulement de la moutarde ou des mélanges plus recherchés ? Aujourd'hui sur une parcelle de maïs sous semis avec un mélange de chasse, et à rendement équivalent, je réalise 30 unités d'économie. Les résultats sont là, même si je ne sais pas si ce sera toujours comme ça.»
Mélange faunistique
Le mélange faunistique a été fourni par la Fédération de chasse pour un couvert d'automne. « C'est un très bon piège à azote, poursuit Richard Fragnoud. Il est composé de vesce, de phacélie, de sarrasin et d'avoine. Il a ensuite été étendu à tous les volontaires en Isère. La Fédération de chasse a ainsi pourvu 500 hectares, limités à 5 à 6 hectares par commune.» L'exploitant de l'EARL du Golat reconnaît qu'il a toujours été satisfait des couverts avant maïs, qui génèrent en moyenne 40 euros d'économie par hectare, l'équivalent d'une économie de 100 kilos d'azote, « ce qui paye une partie de l'investissement en couvert ».
Il a aussi mis en place une autre organisation du travail. « 90 % des terres sont en limons. Je n'utilise que des outils simples : une herse plate, un vibro et un déchaumeur à dents. Les Cipan, c'est du boulot pour l'implantation, il faut deux passages : le déchaumeur - mais je le faisais déjà avant - et un semis avec le semoir à blé classique, ce qui réclame une heure de travail supplémentaire à l'hectare quand les conditions sont bonnes, à raison de 7 à 8 hectares par jour. Il faut y penser. Je laboure à 20-25 cm de profondeur, mais j'ai déjà fait du maïs sans labourer ». L'EARL du Golat appartient au réseau des fermes Dephy Ecophyto.
Des effets multiples
« Le choix des couverts végétaux a été fait pour leur rôle dans la restructuration des sols. Ils ont été implantés dans une situation où la structure des sols n'était pas toujours favorable, cela en raison des cultures et des pratiques passées. Au terme des essais, nous avons observé trois effets du couvert. Un effet mécanique car la racine pénètre le sol, l'écarte et provoque des fissurations qui augmentent sa porosité. Le chevelu racinaire peut aussi avoir une action positive dans la cohésion du terrain. De plus, la végétation en se développant entraîne un phénomène d'évapo-transpiration, avec une alternance d'humectation et de dessiccation, de gonflement et de retrait des argiles, qui provoquent une restructuration naturelle du sol. Cela libère de petits agrégats, voire des particules de terre. Enfin, l'activité racinaire favorise le relâchement des substances carbonées, qui induit une activité microbienne avec la construction de micro puis de macro agrégats », analyse Jean-Paul Mure, conseiller à la chambre d'agriculture, sur les parcelles de Richard Fragnoud.
Isabelle Doucet
Combien ça coûte ?
Le prix des couverts intermédiaires pièges à nitrates varient du simple au triple :Moutarde : 20 euros par hectare
Couvert plus élaboré type avoine-vesce : 35 à 40 euros l'hectare
Couvert très élaboré : 60 à 70 euros pas hectare.
Il importe donc, avant une implantation, d'avoir une certitude de restitution au regard des économie en azote espérées.