Les risques, la représentativité, le foncier et l'innovation
Environ 80 agriculteurs ont sacrifié aux travaux des champs que permettait le temps clément pour participer au grand rendez-vous syndical annuel.
En invitant Joël Limouzin, le vice-président de la FNSEA et président de l'association du Fonds national agricole de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE), il a forcément été question de couverture des risques, lors du dernier congrès de la FDSEA de l'Isère, qui s'est déroulé vendredi dernier au lycée agricole de La Côte-Saint-André. Mis en place en 2012, bénéficiant de 65% de fonds publics pour 35% de fonds privés mobilisés, cet outil de solidarité est déjà opérationnel dans la filière fruitière. Il a été déclenché pour couvrir les pertes de 2013 dues à la sharka des prunus, l'enroulement chlorotique de l'abricotier et du prunier, le feu bactérien des rosacées et le cynips du châtaignier. En 2014, il viendra indemniser les pertes dues à la lutte obligatoire contre le ver parasite méloïdogyne. Le vice-président a fait part de son désir de voir une section ruminants - petits et grands - se mettre en place « le plus rapidement possible ». Mais le débat a été porté au sein de GDS France, qui dispose depuis 2010 de son propre Fonds de mutualisation sanitaire (FMS), abondé seulement par des fonds privés. Joël Limouzin espère pouvoir s'appuyer sur ce réseau, « sinon, le FMSE section ruminants se fera quand même avec les associations spécialisées et les filières animales qui le désirent », a-t-il indiqué, rappelant qu'il ne serait pas supportable que deux dispositifs se concurrencent inutilement. Son argument : que les cotisations soient utilisées à bon escient. Pour le vice-président, le système assuranciel et mutualisé est l'avenir des aides. Il incite donc à la réflexion dans le cadre de la révision à mi-parcours de la Pac en 2017, de façon « à donner une vraie légitimité aux soutiens ».
Représentativité
En période électorale, il a également été fortement question de représentativité. Répondant à une question de Sylvie Budillon-Rabatel sur les relations entre représentants agricoles et élus locaux, Pascal Denolly, a indiqué son désir de voir des partenaires « porteurs de dossier suffisamment affirmés pour nous défendre », face aux collectivités, notament grâce à des cycles de formation dédiés. Le syndicat est d'ailleurs parti à la conquête de nouveaux adhérents « pour ramener dans nos réseaux des personnes qui s'impliquent », a insisté son président dont l'objectif est de 200 nouveaux membres. Pour Joël Limouzin, l'interlocuteur direct du maire, particulièrement en matière de politique foncière, est le président de syndicat local. « La chambre d'agriculture doit être un outil à la disposition du réseau de la FDSEA, cela afin de permettre aux professionnels sur le terrain d'être accompagnés ». Idem pour les Safer. « Le lien FDSEA - JA - chambre d'agriculture doit être majeur », a insisté le vice-président de la FNSEA, qui constate que certains départements savent « se fédérer avec les organisations professionnelles devant l'administration pour donner leurs choix en matière d'orientations et d'accès au foncier ». Il a ensuite rejoint Pascal Denolly dans son combat pour la compensation agricole.
Dans ses conclusions, le président de la FDSEA38 a encouragé les agriculteurs à l'innovation. « Toute activité qui se prive d'avancées techniques prend du retard. Est-il raisonnable de se priver d'irrigation, d'OGM, même si je suis réservé sur cette question ? Il faut avoir une logique de compétitivité et non de disette. L'eau dans ce département est une chance car abondante. Il faut donc penser stockage et ressources alternatives. La croissance de la rentabilité de l'agriculture en Isère s'inscrit dans la recherche de valeur ajoutée ». Le président a cité l'exemple du secteur des semences, de la diversification des productions, de l'export, des points de vente collectifs. « Il ne faut pas s'interdire d'avoir des projets avec d'autres partenaires. »
Isabelle Doucet
Question de méthanisation
« Comment valoriser nos investissements improductifs », interrogeait Jean Robin-Brosse, l'ex-président de la FDSEA, au regard des contraintes imposées par la directive nitrates. « Comment proposer des solutions collectives, avec quels partenaires, qui soient à la fois un plus pour l'agriculture et pour les collectivités ? » Pascal Denolly, son successeur en Isère, insiste sur la co construction, à l'échelle d'un territoire de projets de méthanisation, qui permettraient de recycler branches d'élagage, lisier, fumier et déchets nobles, pour générer de l'énergie et récupérer le digestat. Il a insisté sur « l'indispensable maîtrise du digestat ».
Paroles d'élus / Jacky Laverdure, maire de La Côte-Saint-André jusqu'au week-end dernier, Christian Nucci, vice-président du conseil général, Jean-Pierre Barbier et François Brottes, députés de l'Isère, avaient répondu présents à l'invitation de la FDSEA38.
Reprise des négociations
« La régulation ne se fait que dans le rapport de force, a constaté François Brottes pour qui, le problème de l'agriculture est que, la plupart du temps, elle n'a pas le choix de son client (et que) sa production dépend d'une filière qui lui impose un prix. » Il a invité les agriculteurs à mutualiser leurs forces. Sur la question du foncier, le député de l'Isère a mentionné la future loi Alur qui devrait assurer « un retour des terres à l'agriculture grâce à une densification urbaine.»Christian Nucci, le vice-président du conseil général en charge de l'agriculture a assuré ses partenaires agriculteurs de la poursuite des concertations dans le cadre de la commission dédiée qui réunit chambre d'agriculture et conseil général. Les points discutés portent sur l'application à l'échelle départementale de la loi d'avenir de l'agriculture, la prise en compte négociée avec la région, dans le cadre de la nouvelle Pac, de l'application du Feader en Isère, mais aussi la rediscussion de points délicats sur le foncier, le maintien du niveau des aides du département aux structures agricoles, la question de la mutualisation du laboratoire d'analyses avec les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie, les subventions aux projets d'irrigation, indiquant que le dossier de la Zac des Espinasses dans le Sud Grésivaudan bénéficierait « d'une mise en cohérence »... Le député de la circonscription Jean-Pierre Barbier, s'est posé en « défenseur d'une agriculture de production » et d'un allègement des charges, « à la condition qu'il y ait une réciprocité sociale en Europe ». Il estime que « la loi d'avenir agricole est un rendez-vous manqué pour l'instant », mais juge « l'agroécologie intéressante », bien qu'il ne croit pas aux GIEE*.ID*Groupements d'intérêt économique et environnemental