« Les secours sont toujours assurés »
Les grandes interventions, la lutte contre les incendies ont motivé leur engagement, mais le quotidien des sapeurs-pompiers volontaires (SPV) en milieu rural, c'est beaucoup de secours à la personne, quelques accidents et parfois des incendies. « Nous faisons de plus en plus d'interventions à domicile, des accidents cardiaques, des malaises, des personnes âgées équipées de systèmes d'alarmes qui chutent », constate le lieutenant Alain Dufour, chef de caserne à Chimilin. « Les interventions, ce n'est jamais deux fois les mêmes », reprend-il pour expliquer que, 32 ans après son engagement, la fibre est intacte.
Sapeur-pompier volontaire, ce n'est plus forcément une histoire de famille, où l'on était pompier de père en fils, ou en fille. Non, la motivation est davantage une question personnelle. « J'avais envie d'être au service des autres. Des anciens pompiers cherchaient de la relève pour remonter la compagnie », confie celui qui est devenu chef de caserne dix ans après son engagement. L'effectif de Chimilin compte 31 SPV dont neuf femmes. « C'est une petite caserne. En 2015, nous avons fait 330 interventions. Nous sommes assez sollicités. » Car « en 30 ans, les choses ont beaucoup évolué. Les interventions se sont multipliées. On regroupe plusieurs secteurs et il y a plus de demandes, explique-t-il. Mais les secours sont toujours assurés.»
Nouveaux moyens
Encore plus petite, la caserne de Chevrières, dans le sud du département, compte treize sapeurs-pompiers volontaires qui interviennent en premier appel dans les communes alentour. « Il y a une bonne équipe et une bonne ambiance. Nous ne faisons pas trop d'interventions pour ne pas être débordés, mais suffisamment pour que cela reste intéressant », raconte Damien Chanron, sapeur-pompier volontaire depuis 17 ans. Il n'y a pas d'ambulance à la caserne, de sorte que les équipes travaillent régulièrement avec celles de Chatte et de Saint-Marcellin. Même si elle n'a pas été facile à accepter partout, et plus particulièrement dans les casernes qui ont été fermées, les volontaires reconnaissent que la départementalisation a apporté de nouveaux moyens. Le parc véhicule est récent, le système d'alerte performant, le service a gagné en efficacité et à Chevrières, il y a même un projet d'agrandissement.
On trouve en moyenne une caserne pour cinq communes. « Dans les petits villages, c'est un truc qui compte, insiste Damien Chanron. Lorsque Murinais a fermé, ça a été un drame pour le village ». La vie de la caserne est orchestrée par son amicale, garante du lien qui unit les volontaires. Repas annuel, sorties, calendriers, bal des pompiers, arbre de Noël, voyages, « il est important de garder un bon esprit de famille et de rester tous en contact », souligne le chef de caserne de Chimilin. L'amicale représente aussi le corps à l'extérieur, dans les fêtes de la commune ou dans le cadre d'interventions dans les établissements scolaires.
Assurer le relève
Si le département de l'Isère n'est pas déficitaire en termes de recrutement, l'exercice demeure cependant compliqué pour les responsables. « Une section de jeunes sapeurs volontaires (JPV) a été créée il y a deux ans, réunissant les quatre centres du secteur, se réjouit Alain Dufour. Il y a quarante jeunes en tout. » La relève est presque assurée. A condition que ces jeunes de moins de 16 ans, tiennent sur la durée. « Car il faut être super motivé et dispo, avoir envie de venir le dimanche matin à la caserne », reprend-il. A cela s'ajoutent cinq semaines de formation en tout, qu'il vaut mieux caser pendant les vacances scolaires car une fois entré dans la vie active, cela devient compliqué. Chevrières attend aussi beaucoup de la promotion de JSP de Saint-Marcellin qui a intégré deux jeunes du village sur les douze recrues.
L'idéal pour une caserne, c'est d'accueillir des personnes mutées sur le secteur et déjà pompiers. Le jackpot, c'est quand il s'agit de deux pompiers professionnels comme à Chevrières. Professionnels de métier en semaine, volontaires au village le reste du temps, leur présence a donné un sacré coup de pouce au planning et, en tant que gradés, apporté un chef de centre à la caserne. « On a besoin de retraités car il y a peu de monde disponible en journée et il n'y a pas d'employés communaux pompiers volontaires qui pourraient être disponibles en journée », regrette cependant Damien Chanron.
« L'impression d'être utile »
La gestion des hommes s'est trouvée largement facilitée depuis la mise en place du nouveau système informatique. « On a la possibilité de se mettre disponible ou pas, souligne Alain Dufour. Le problème c'est qu'avec mon adjoint, Alain Budin, nous sommes les deux seuls chefs d'agrès disponibles en journée pour faire partir un véhicule. Alors on essaie de s'arranger pour qu'un des deux soit toujours là. » Les deux responsables de la caserne de Chimilin sont agriculteurs. Avec les employés communaux, il leur est moins délicat de se rendre disponibles en journée que les autres sapeurs-pompiers volontaires employés d'usine ou travaillant à l'extérieur. Idem pour Damien Chanron, agriculteur également, qui n'hésite pas à sauter de son tracteur dans le véhicule d'intervention. Parfois, mais très rarement, les vaches ont à patienter pour finir de se faire traire.
Témoins de toutes les douleurs humaines, les pompiers répondent toujours présents. « Certaines personnes sont en détresse, ne savent plus quoi faire, appellent au secours quand il n'y a plus personne. C'est là, qu'on essaie de les sortir, raconte le pompier chevronné de Chimilin. Ce ne sont pas des choses très intéressantes à faire, mais on le fait car on a l'impression d'être utile. » Une présence féminine permet parfois de mieux faire passer les choses.
« Coup de stress »
L'intervention du Smur n'est pas systématique. « Cela dépend de la gravité », explique Alain Dufour. En revanche, plus on s'éloigne des grands centres hospitaliers et plus les sapeurs-pompiers bénéficient de l'appui de l'hélicoptère. « On ne compte pas le nombre de fois où il vient. Surtout pour des infarctus, mais aussi lorsque la victime souffre trop et que les délais de transport sont trop longs ou difficilement supportables en ambulance », rapporte Damien Chanron.
Qui dit petite caserne, dit aussi proximité. « Ici, en milieu rural, on connaît les victimes. Quand l'alerte est donnée c'est un gros coup de stress si on reconnaît un nom sur le ticket d'alerte. » Ils ont beau être habitués, les pompiers, ce qui les secoue le plus reste les accidents de la route impliquant des jeunes. « C'est pire que tout, concède Alain Dufour, mais on part et on essaie de faire au mieux. » Il reprend : « Après une intervention difficile, on essaie d'en parler entre les quatre pompiers qui se sont déplacés pour évacuer un peu. Il faut penser à la suivante et remobiliser les troupes. »
Isabelle Doucet
Le service départemental d’incendie et de secours de l'Isère
L'organisation territoriale se divise en deux groupements territoriaux, 22 centres et 113 casernes.L'effectif compte 4 100 sapeurs-pompiers volontaires, 824 sapeurs-pompiers professionnels et 260 personnels administratifs. 16% sont des femmes.
91 casernes sont entièrement composées de SPV.
Les sapeurs-pompiers ont réalisé 71 261 interventions en 2015, dont 75% sont des secours à la personne (+4%), 6% des accidents de la circulation, 9% des incendies et 10% autres.
Questions au colonel Hervé Enard, directeur du Sdis
Y a-t-il eu beaucoup de regroupements de casernes en Isère ?Nous sommes passés de 201 à 113 casernes en 15 ans. C’est un effort important qui a été demandé aux sapeurs-pompiers volontaires, d’autant qu’ils participent très fortement aux opérations. 66% des actes sont réalisés par des volontaires, ce qui est énorme en France au regard de la taille du département.Quelles sont les conséquences sur l’organisation des interventions ?Avec les regroupements, on sait désormais à l’avance quels sont les pompiers disponibles car nous avons mis en place une programmation. D’autant qu’une caserne est une partie d’une l’unité opérationnelle qu’est le centre de secours, qui regroupe cinq à sept casernes.C’est un système qui repose sur le volontariat
Oui, les sapeurs-pompiers professionnels sont basés dans les grandes villes et ont une activité en journée. Le volontariat représente un engagement citoyen et nous devons veiller à ce qu’il ne se grippe pas. Les volontaires sont là parce qu’ils le veulent bien. Lorsqu’il y a quinze sapeurs pompiers volontaires dans une caserne, il ne faut pas les perdre. Il faut donc que le SDIS se mette à leur disposition et offre une organisation souple.Quelles sont les motivations de ces hommes et de ces femmes ?Ce qui incite les jeunes à entrer dans le système, c’est l’intervention. Il faut aussi offrir des conditions de travail confortables. Aujourd’hui, ils n’acceptent plus les mêmes choses qu’il y a vingt ans. Et il y a une exigence forte quant à la qualité des secours qu’attendent les administrés. Il est donc nécessaire que les gens soient formés, qu’ils disposent de matériel high-tech et que l’organisation soit au point.Et les jeunes ?Les jeunes aiment bien les interventions car c’est grisant. Ils ont besoin d’adrénaline et ce qu’ils font sort de l’ordinaire. D’autres ne sont pas hostiles à participer à avoir un projet en communauté. Ce qui change c’est qu’ils sont en connexion permanente et il peut-être difficile de susciter leur attention, mais on y arrive. Il y a un vrai travail fait par l’Union départementale. On compte 720 jeunes dans le département qui appartiennent à une trentaine d’associations. Ils apprennent les gestes de survie et les valeurs. L’Union départementale est l’âme des sapeurs-pompiers. Elle fédère toutes les amicales et favorise le lien social. Car une caserne, c’est un bâtiment dans une commune, mais avant tout des femmes et des hommes et un vrai réseau social.Existe-t-il un profil type du sapeur-pompier volontaire ?Il y a tout type de profils, les étudiants, des fonctionnaires, des personnes en recherche d’emploi, des cadres. C’est une copie de la société. On est moins sapeur-pompier de père en fils, mais certains l’ont dans les gènes.Est-il difficile de recruter de nouveaux sapeurs-pompiers ?300 jeunes entrent tous les ans et il y a un turn-over de 8,5%. Nous n’avons pas de problème de recrutement à condition de s’y employer et d’entretenir la machine. D’où l’idée du tram rouge, baptisé le « girotram » qui a circulé à Grenoble pendant un mois. Nous avons eu quelques appels suite à cette campagne. Mais c'est aussi le partenariats que nous avons mis en place avec l’université de Grenoble pour inciter les étudiants à rejoindre les sapeurs-pompiers volontaires, sachant que cela peut leur rapporter de points. Mais le volontariat n’est pas une histoire d’argent. Il s’agit d’entretenir la flamme plutôt que le porte-monnaie. La moyenne de la rémunération est d’environ 150 euros par mois.Propos recueillis par Isabelle Doucet