Les " speed dating " de l'alimentation
La méthode est plus connue pour faire des rencontres amoureuses. Mais peu à peu, elle s'étend. Les « speed dating » conquièrent aujourd'hui de nouveaux horizons, et notamment celui des produits alimentaires. L'idée peut sembler tirer par les cheveux, mais à y regarder de plus près, s'avérer intéressante. Quand certains s'interrogent pour trouver de nouveaux débouchés pour leurs productions, alors que d'autres sont à la recherche de produits locaux, pourquoi ne pas essayer de créer le cadre pour leur permettre de faire connaissance ? C'est l'opération mise en œuvre par la chambre d'agriculture de l'Isère, en partenariat avec la chambre départementale de métiers et d'artisanat et la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble. Cet après-midi de rencontre aura lieu le 16 novembre au Min (Marché d'intérêt national) de Grenoble. « Au menu pour la centaine de participants attendus, huit rendez-vous de 15 minutes autour d'une table, chacun entrecoupés d'une pause, et terminés par un pot de clôture pour poursuivre ou entamer d'autres échanges », explique Geoffrey Lafosse, conseiller à la chambre d'agriculture de l'Isère. Les organisateurs ne veulent pas brider les rendez-vous. Les participants auront le champ libre pour apporter des produits, et aborder tous les sujets relatifs à une potentielle relation commerciale comme les volumes ou les prix. « Ce sera à eux de se vendre et de mettre en avant leurs atouts », explique Aurélien Clavel, responsable du comité installation. Mais pour optimiser la réussite des rencontres, les participants indiquent en amont leur vœux de rendez-vous avec leurs priorités et leurs critères.
Faire du commercial
D'un côté, des agriculteurs, des maraîchers, des éleveurs, laitiers, allaitants, caprins, ovins, porcins, des arboriculteurs, des producteurs fermiers, des entreprises agro-alimentaires, installés ou en cours d'installation, qui produisent des volumes plus ou moins important et qui cherchent à diversifier leurs débouchés. De l'autre, des commerçants, des épiciers, des boulangers, des patissiers, des restaurateurs, des traiteurs, des collectivités locales, des supermarchés... Les listes ne sont pas exhaustives. « Tous les professionnels de l'alimentation du département sont invités à se rencontrer au sein de ces petits rendez-vous arrangés, qui ont vocation à établir une relation commerciale », précisent, d'une même voix, les représentants des trois chambres consulaires. Si l'initiative est loin d'être démocratisée, elle a pourtant déjà été mise en place. Dans le département du Calvados, on n'en est d'ailleurs plus au stade de l'expérimentation, L'opération est reconduite cet automne pour la troisième année consécutive. Selon Frédérique Salmon, chargée de mission développement local à la chambre d'agriculture du Calvados, « les enquêtes de satisfaction réalisées auprès des participants laissent penser que ces rencontres sont un succès, puisque les réponses sont positives sur le développement de leur réseau de fournisseurs, les ventes réalisées, le chiffre d'affaires généré, ou la reconduction de leur participation ». « Nous insistons aussi auprès des participants sur la nécessité de poursuivre et de relancer les échanges avec les contacts pris bien au-delà de cette seule journée. Dans la foulée, il faut faire du commercial », met en garde Frédérique Salmon. Maud Marie, maraîchère en agriculture biologique à Vaux-sur-Aure, a été convaincue. « Lors de notre première participation en 2013, les huit rendez-vous que nous avions eu ont abouti à sept nouvelles relations commerciales qui se sont installées dans la durée », indique-t-elle. « Pour nous, qui avions arrêté la production laitière dans l'Orne, et avions commencé une toute nouvelle activité de maraîchage et de vente directe dans le Calvados en 2006, cela nous a aidé à développer notre réseau. Au-delà du gain de temps réalisé, j'estime que nous avons beaucoup gagné de cette opération, qui nous a permis de travailler avec un chef étoilé, qui a utilisé nos légumes pour les repas servis aux présidents lors du 70ème anniversaire du Débarquement. Une conséquence de ces rencontres que nous mettons en avant lors de nos démarchages », se satisfait-elle.
« Marrant »
En Isère, ils ne savent pas trop à quoi s'attendre, mais ils sont bien décidés à tenter l'aventure. « Je n'ai jamais participé à ce genre d'opération, mais je pense que ces rendez-vous peuvent représenter une opportunité pour rencontrer des gens, présenter mes produits et établir des contrats. Je sais que je serai intéressé par des contacts avec des épiceries fines, mais pas avec des grandes surfaces », avance Jean-François Manant, gérant de la distillerie La Salettina à Corps, motivé par ce speed-dating pour développer son chiffre d'affaires et renouveler sa clientèle. Un intérêt que partage Nicolas Dufour, co-gérant et chef de cuisine du restaurant La Clairefontaine à Grenoble, qui cherche à utiliser le plus de produits locaux pour sa carte, mais qui rencontre des difficultés pour les trouver. « L'utilisation de ces produits est importante pour nous car nous sommes en passe d'obtenir le titre de maître restaurateur. Nous estimons que cet après-midi peut nous aider à trouver de nouveaux fournisseurs ». « Et puis, le principe est marrant et limité dans le temps. Nous pourrons rencontrer du monde rapidement. Et si on ne trouve pas d'intérêt à un participant, on passe au suivant », ajoute-t-il.
Isabelle Brenguier
Renseignements pratiques :
Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 18 octobre sur www.rendezvous-alimentation-isere.fr