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Boucle du Rhône

Les systèmes herbagers à la loupe

Parmi les grands projets portés par le comité de territoire de la Boucle du Rhône en Dauphiné, l'étude réalisée par un étudiant d'Isara Lyon s'intéresse au potentiel des systèmes herbagers.
Les systèmes herbagers à la loupe

Le comité de territoire de la Boucle du Rhône en Dauphiné intervient désormais dans 53 communes, élargissant considérablement son territoire. « Le début de l'année 2017 est marqué par la naissance d'une nouvelle intercommunalité », explique Eric Rodamel, le président du CTBRD lors de l'assemblée générale qui s'est tenue à Trept, mi-mars. La Boucle du Rhône accueille notamment de nouveaux acteurs issus du comité Paturin, lequel se recentre sur la Capi. Le comité a pour ambition de partager avec les élus, les agriculteurs et les habitants des programmes d'actions prioritaires du point de vue des « problématiques agricoles et rurales sous l'angle de l'intérêt général ». La valorisation des productions locales, des déchets verts, le soutien à la création de filières intermédiaires, la préservation de la ressource en eau et la poursuite du PAEC sont autant de sujets d'actualité.

Pratiques locales vertueuses

Véronique Rochedy, l'animatrice du comité de territoire, indique que l'enveloppe financière du PAEC a été consommée à l'issue des deux premières années de sa mise en place (2015-2016). Près de 80 exploitations ont contractualisé des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). Il s'agira en 2017 d'accompagner les agriculteurs déjà engagés en partenariat avec la communauté de communes des Balcons du Dauphiné. Les financements européens demeurent incertains.
Complémentaire du PAEC, le programme de recherche Terrae conduit en Isère par Thomas Daubard, étudiant stagiaire de l'école d'ingénieurs agronomes Isara Lyon, s'intéresse à la transition des systèmes agricoles vers des pratiques plus durables. Le cœur de l'étude porte sur la revalorisation des systèmes herbagers, des pâturages et sur l'autonomie alimentaire. Elle s'intéresse à trois territoires, le Roannais, le PNR du Pilat et la Boucle du Rhône. Une série de petits reportages visibles sur le site d'Isara mettra en exergue la diversité des systèmes.

En Isère, Thomas Daubard a rencontré 35 agriculteurs du secteur pour échanger sur l'évolution de leurs pratiques d'un point de vue agro-écologique. Leurs attentes portent principalement sur la réduction des charges des exploitations, sur l'autonomie alimentaire et sur la valorisation par les prix. Le mémoire de fin d'étude que l'élève ingénieur soutiendra en juillet aura pour thème « La valorisation des herbages dans les systèmes agricoles du Nord-Isère » et se sera attaché sur le terrain à relever les pratiques locales et vertueuses. Le travail consiste en un recueil de données techniques à la parcelle (pousse de l'herbe etc.), en une étude de l'acceptation du changement et un examen des limites des changements des pratiques tant sur le plan législatif qu'économique.

Renforcer les liens

Désireux de mieux communiquer et de renforcer les liens entre agriculteurs et habitants du territoire, le CTBRD vient de réaliser trois fiches thématiques s'inspirant de l'esprit de la charte du Bien vivre ensemble. Les sujets agri-ruraux y sont présentés avec leurs enjeux et sous l'angle de l'intérêt général. On y découvre « la forêt », « l'eau » (sous ses aspects quantitatifs) et « Qui fait quoi dans le domaine agricole sur le territoire ? ». Ces fiches sont destinées à être diffusées auprès des habitants et des élus, mais aussi en ligne, le CTBRD étant à la recherche d'un site qui pourrait héberger ses informations. Un projet de journal en partenariat avec la MFR de Mozas est également dans les tuyaux.
Enfin, d'autres actions, comme l'élimination des pneus sont arrivées à leur terme. Mais pour Eric Rodamel, pas question de « lâcher l'affaire. Il existe encore 1 400 tonnes de gisement en tout », précise-t-il, car rien n'a été fait pour les pneus agricoles et ceux des poids lourds, « qui coûtent une fortune à éliminer ».

Isabelle Doucet
Changement

« La crise, c'est un mal pour un bien »

Lors de son assemblée générale, le CTBRD a invité quelques agriculteurs à faire part de leur expérience du changement. C'est le cas du Gaec de la Goula à Trept où Nicolas Roybin a opéré un virage à 180°, passant d'un système traditionnel au bio. Au pied du mur, les associés se sont engagés dans la conversion bio en mai 2016 pour les cultures et à l'automne suivant pour le troupeau. « Nous souhaitons produire du lait avec nos aliments. Nous visons une autonomie à 100% pour l'automne 2017, explique l'exploitant. Ca va être dur, mais nous allons y arriver. » C'est toute l'exploitation qui se trouve transformée : « Nous souhaitons encore mieux valoriser nos protéines avec des pratiques comme le toastage », reprend l'éleveur. Le pâturage tournant dynamique a été mis en place à l'automne. « La ration par vache a diminué et elles produisent plus qu'avant !, constate Nicolas Roybin. Nos coûts de production se sont bien arrangés. La crise, finalement, c'est un mal pour un bien. » Dans cette même dynamique, l'exploitation songe à aménager un séchage en grange pour la luzerne et le maïs épi. Mais très endettée notamment après l'installation d'un robot de traite, cette ferme qui produit 1,1 million de litres de lait livrés à Sodiaal, veut d'abord stabiliser sa trésorerie. En redevant attractif, le Gaec familial pourrait aussi intégrer de nouveaux associés.
Avec un recul d'une dizaine d'années, Philippe Allagnat, du Gaec de l'Abreuvoir à Saint-Sorlin-de-Morestel, explique comment son exploitation est « repassée à l'herbe après zéro pâturage ». Il explique : « L'objectif n'était pas de produire plus de lait, mais de valoriser au mieux notre production, produire le lait qu'on peut produire de la façon la plus économe possible, avec moins d'intrant et plus de marges. » L'exploitation est passée en 15 ans de 40 vaches laitières à 70, et de 25 hectares à 50. Remettre des vaches au près c'est économiser des milliers d'heures de tracteur et de mécanisation. D'un autre côté, la transformation à la ferme a permis de sérieusement redresser les marges et « de valoriser par deux les heures de travail », témoigne l'exploitant en rappelant qu'il s'agit « de pistes » et que les « résultats sont différents en fonction des exploitations ».
ID