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Pôle agroalimentaire

Les traiteurs peinent à prendre leur marque

Si la marque Is(h)ere commence à être bien référencée dans les rayons, les traiteurs qui veulent travailler les produits agréés ont parfois du mal à s'approvisionner. En cause : la logistique et les volumes.
Les traiteurs peinent à prendre leur marque

Dans les épiceries fines et les rayons des supermarchés, chez les crémiers, les bouchers ou dans les cantines du Département, pas de problème : les produits agréés Is(h)ere trouvent preneurs. C'est plus compliqué pour les traiteurs et les restaurateurs. Non qu'ils rechignent à les mettre en avant, bien au contraire. La difficulté vient surtout d'un problème d'adéquation entre les contraintes des producteurs isérois et celles des artisans. « Les professionnels des métiers de bouche ont des demandes bien particulières en termes de délais, souvent courts, de livraison, de logistique et de conditionnement, constate un chef de projet en charge du dossier du Pôle agroalimentaire. Et les producteurs n'ont pas forcément l'offre disponible ou adaptée. »

Gros volumes

Pour les professionnels, la question n'est pas de savoir quels produits sont disponibles, mais plutôt où les trouver et comment obtenir les volumes nécessaires en temps et heure. « La liste, on l'a, mais ce sont les quantités qui posent parfois problème, explique Sandrine Polzella, responsable commerciale de Gaillard Traiteur, à Fontaine. Nous, il nous faut parfois de gros volumes. Récemment, nous avons eu besoin d'émincés de volaille pour un buffet. Le producteur nous a proposé des poulets entiers. Finalement, nous avons remplacé la volaille par du porc de chez Motte Viandes. Nous rencontrons aussi cette difficulté avec les fruits et légumes. Nous travaillons avec les produits de saison et avons du mal à trouver les volumes qu'il nous faut en Isère. Il nous arrive alors de les faire venir d'un département voisin. »

Pourtant, Gaillard Traiteur s'efforce, par conviction, de jouer la carte du local. « Nous l'avons toujours fait, assure Sandrine Pozzella. Mon beau-père était boucher et travaillait déjà comme ça. Nous nous sommes engagés là-dessus plus que sur le bio, car nous voulons consommer local. » Une démarche d'autant plus pertinente qu'elle est bien perçue par les clients. Mais elle tient parfois de la gageure. Car, à la différence d'un restaurateur, un traiteur peut rapidement se retrouver à devoir réaliser des prestations pour 100 à 150 personnes. Et passer les commandes correspondantes. Certains producteurs, comme Motte Viandes ou la Fromagerie des Alpes, se sont organisés pour, d'autres ont plus de mal. Dernièrement, le traiteur fontainois a réalisé un buffet de 400 personnes 100% Isère pour l'assemblée générale d'un grand opérateur grenoblois. « Nous avons eu d'excellents retours, se réjouit Sandrine Polzella. La difficulté, dans un cas comme celui-là, c'est qu'on ne peut pas s'avancer sur une viande, car nous ne savons pas ce qui sera disponible en quantité sous la marque Is(h)ere. Nous sommes obligés d'annoncer "viande façon wok" pour conserver une certaine latitude. » 

Anticiper les commandes

Consciente des difficultés des producteurs locaux, la responsable commerciale sait qu'elle doit anticiper au maximum ses commandes. Mais il arrive que les clients imposent des délais très serrés. D'où certains loupés, comme la fois où, n'ayant pu obtenir les volumes en trois jours, Gaillard Traiteur a dû renoncer à travailler de l'agneau local. Ce qui ne l'empêche pas de persévérer. « Le Département a lancé la marque Is(h)ere, c'est top ! applaudit Sandrine Polzella. Maintenant, il faudrait qu'on se réunisse, qu'on explique ce qui marche et ce qui ne marche pas, afin de faire remonter les problèmes rencontrés et de trouver des solutions ensemble. Parce que, parfois, on se sent un peu seuls... » Avec un brin d'humour, la jeune femme regrette aussi que certains producteurs n'aient pas l'esprit suffisamment commerçant : « Il arrive qu'à l'occasion d'une commande, on découvre qu'ils ont d'autres super produits qui peuvent nous intéresser. Mais il faut leur tirer les vers du nez pour le savoir... » 

Marianne Boilève